Course à la tête du PLQ: les listes, les poings et les idées

Dès qu'ils ont quitté les blocs de départ... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Dès qu'ils ont quitté les blocs de départ cet automne, Philippe Couillard, Raymond Bachand et Pierre Moreau ont parcouru le Québec pour courtiser les militants.

Photo: Robert Skinner, La Presse

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(Québec) La course à la direction du Parti libéral n'est pas le spectacle le plus couru en ville. Peu de gens regardent les candidats sur la scène pendant que l'action se déroule surtout derrière les rideaux.

Vrai, la série de cinq débats commence seulement en 2013. «Mais ce n'est pas là que ça va se jouer», croit un organisateur. La guerre des machines est déjà commencée. C'est le propre de la course aux listes, la formule prévue par la constitution du parti. Dans chacune des 125 circonscriptions, les membres doivent élire 24 délégués qui voteront au congrès de la direction le 17 mars.

Lors de la dernière course en 1983, le chef sortant Claude Ryan dénonçait ce système avec ses «délégations plus ou moins cuisinées d'avance», qui servirait «les cabaleurs d'élections» et permettrait de faire «ressortir des limbes» des gens qui ne militaient pas activement dans le parti.

Étape par étape

Chose certaine, c'est un système étapiste. Dès qu'ils ont quitté les blocs de départ cet automne, Philippe Couillard, Raymond Bachand et Pierre Moreau ont parcouru le Québec pour courtiser les militants. Et leurs organisateurs ont minutieusement préparé le terrain auprès des militants et de leurs associations de circonscriptions.

Cela continuera durant les débats, qui se dérouleront du 13 janvier au 2 février. Puis une étape peut-être encore plus décisive suivra du 4 février au 10 mars: l'élection des délégués dans chaque circonscription.

Les candidats peuvent amasser un maximum de 650 000 $. Un maximum de 100 000 $ peut être dépensé pour payer les frais de déplacement et d'hébergement des délégués au congrès.

À la fin d'octobre, certains militants libéraux exprimaient leurs réserves. «On ne veut pas d'une campagne où les candidats paient pour des votes», disait Gérald Gardner, militant de la circonscription de Robert-Baldwin. M. Couillard s'était lui-même avoué «un peu inconfortable» avec cette pratique. Il s'est aussi imposé une limite de 500 $ par don individuel, soit la moitié de la limite permise.

M. Moreau, qui a la plus modeste machine de financement, se vante de respecter un plafond de 450 000 $.

«Il n'y a pas de mode de scrutin parfait», concède Michel Rochette, porte-parole du parti. Mais il défend le système des listes. On empêche que la participation se limite à un clic ou un vote en forçant les militants à se rencontrer pour débattre, explique-t-il. On évite aussi que le scrutin se transforme en concours de popularité où celui qui vend le plus de cartes de membres gagne.

Représentativité

En outre, poursuit M. Rochette, on assure une certaine représentativité régionale. Chaque circonscription a un nombre égal de délégués. Et parmi ces délégués, on protège la parité homme-femme et on réserve le tiers des votes aux moins de 26 ans.

Même si on paie leurs dépenses, les délégués sont protégés par le vote secret, ajoute

M. Rochette. Ils peuvent donc changer d'avis. En 1983, Daniel Johnson comptait plus de délégués que Pierre Paradis, mais il a obtenu moins de votes. L'imprévisibilité augmente s'il y a un deuxième tour. Par exemple, même si M. Moreau voulait jouer les faiseurs de rois, rien ne garantit que ses délégués répondraient à son appel et appuieraient le candidat voulu.

Les libéraux devraient aussi être protégés contre Infoman. L'émission satirique a déjà exploité les failles du scrutin universel en faisant voter le feu dictateur Omar Bongo pour l'adéquiste Gilles Taillon et le chihuahua Pixel pour André Boisclair.

Gants au visage et des idées

La course devient moins courtoise. À la fin novembre, Raymond Bachand a passé le gant au visage de Philippe Couillard, qu'il a accusé d'avoir déjà voulu faire un «putsch» contre Jean Charest. Puis juste avant le congé de Noël, Pierre Moreau a jeté les gants. Au Devoir, il a dit craindre que des gens - pas lui - s'interrogent sur l'intégrité de MM. Bachand et Couillard. Il a pris soin de rappeler aux gens ce à quoi ils pourraient penser. M. Bachand, ancien péquiste, a travaillé au Fonds de solidarité FTQ, qui entretenait des relations d'affaires avec Tony Accurso.

Et M. Couillard a eu des liens d'affaires avec le Dr Arthur Porter, impliqué dans le fiasco du CUSM et qui se cache désormais aux Bahamas. Le lancer de la boue pourrait devenir encore plus répandu en 2013.

Pour l'aile parlementaire libérale, la course devient un casse-tête. Le chef intérimaire Jean-Marc Fournier doit négocier avec un gouvernement péquiste minoritaire sur des enjeux encore débattus par les candidats. Par exemple, en octobre, M. Couillard proposait de plafonner les dépenses électorales. Les libéraux n'avaient pas encore de position.

Même situation délicate pour le plafonnement des dons individuels. À la rentrée, péquistes, caquistes et solidaires se liguaient pour abaisser la limite à 100 $.

M. Moreau ne voulait pas prendre position. M. Couillard s'est montré favorable à la diminution de la limite. M. Bachand a par la suite proposé une limite de 200 $, avec une nouvelle formule. Puis, l'aile parlementaire libérale s'est ralliée au projet de loi péquiste, qui a été adopté à l'unanimité.

Le contexte ne facilite pas le débat d'idées. Les candidats veulent incarner le renouveau après la défaite du 4 septembre. Mais ils ont eu peu de temps pour élaborer une plateforme. Et leurs nouvelles idées risquent de contredire leurs positions passées ou celles défendues par leur parti à l'Assemblée nationale.

Une difficulté que n'éprouve toutefois pas Philippe Couillard, qui a quitté la politique en 2008. C'est sans compter le fait que les candidats veulent laisser un certain espace de débat aux militants, après le règne de 14 ans de Jean Charest. Et avant le leur.

***

Les organisations

- Raymond Bachand

Financement: 248 000$/320 donateurs

Nombre de députés: 10

Présidente de la campagne: Lise Thériault

Organisateur en chef: Jean Masson

Responsable du financement: Jacques Ménard

- Philippe Couillard

Financement: 315 000$/910 donateurs

Nombre de députés: 12

Coprésidents de la campagne: Sam Hamad (Est) et Kathleen Weil (Ouest)

Organisateur en chef: Stéphane Billette

Responsable du financement: Marc Tanguay

- Pierre Moreau

Financement: 65 935$/148 donateurs

Nombre de députés: 13

Présidente de campagne: Filomena Rotiroti

Organisateur en chef: Pierre Paquin

Responsable du financement: Jean-Pierre Cadieux

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