Blanchet promet de la rigueur, pas du militantisme

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Pauline Marois et Yves-François Blanchet, au moment de la nomination du nouveau ministre de l'Environnement, la semaine dernière à Québec.

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(Québec) Le nouveau ministre du Développement durable et de l'Environnement, Yves-François Blanchet, n'est pas du genre à mettre des gants blancs pour plaire. «Je n'ai pas l'intention d'être le porte-voix des militants écologistes. Ce sont des groupes de pression qui font leur travail; ce n'est pas le mien. Mais je n'ai pas l'intention d'estampiller des projets à caractère économique sans exercer toute la portée de mon mandat.»

Son prédécesseur, Daniel Breton, militant devenu ministre, a démissionné dans la controverse il y a quelques jours. M. Blanchet vient tout juste de s'installer dans son bureau. Les cadres sont encore au sol, sauf une caricature de René Lévesque. Il y a aussi un trophée Félix pour son travail d'imprésario avec Éric Lapointe. La statuette est près de la fenêtre, au 30e étage du Complexe G. Le panorama - le plus beau de la capitale - donne des idées de grandeur.

Le nouveau ministre a été qualifié de «bouillant» par sa chef. Durant la crise au Parti québécois (PQ), on le surnommait le goon. Il ramenait à l'ordre certains collègues qui se promenaient le couteau entre les dents. «Les circonstances exigeaient que je complète mes mises en échec», raconte-t-il.

Mais il ne deviendra pas le pitbull de l'environnement. «Je n'entrevois pas mon rôle ainsi. Mon travail, c'est de vérifier si les conditions permettent de réaliser un projet et de l'encadrer comme il faut si la réponse est oui. Il faut un cadre d'analyse rigoureux, une évaluation méthodique de chaque dossier. Je ne veux pas être doctrinaire.»

D'autant plus, ajoute-t-il, que plusieurs dossiers sont très émotifs. Il croit toutefois qu'il sera bien soutenu, car plusieurs de ses collègues du Conseil des ministres seraient particulièrement sensibles aux questions environnementales. «On n'a plus le choix. Les ressources non renouvelables sont limitées et la demande augmente. C'est un problème planétaire.»

Il a tout juste eu le temps de prendre connaissance de ses dossiers. La pile est épaisse. On attend le plan d'action contre les changements climatiques pour que Québec réduise en 2020 ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport au taux de 1990. Une consultation est aussi attendue pour diminuer de 60 % la consommation de combustibles fossiles d'ici à 2030.

Dans les jours qui viennent, Québec doit également confirmer par décret sa participation au marché du carbone avec la Californie. Une décision est aussi attendue pour hausser de 5 à 10 cents la consigne des bouteilles. Le ministre annonce qu'il réfléchit à une autre voie dans ce dossier.

Après le roulement de têtes au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), il veut moderniser l'institution pour la rendre «plus efficace». «Si un projet mérite de recevoir un bulletin sévère ou de se faire dire non, je veux que le BAPE ait tous les outils pour le faire», affirme-t-il.

Un BAPE générique sur l'uranium pourrait aussi être demandé. Il choisit prudemment ses mots. «Ce qui est certain, c'est qu'il faut qu'on traverse une fois pour toutes la question de l'uranium. On ne recommencera pas le débat chaque fois.»

Comme le gouvernement libéral, il veut protéger 50% du territoire du Nord. Mais avec une méthode différente. «Avec les libéraux, c'était le syndrome de la Cisjordanie. L'industrie sélectionnait des portions de territoire qui l'intéressaient, et le reste allait à la conservation. On ne procédera pas comme cela.»

Le pétrole et la souveraineté

À la Fête nationale en 1996 sur les plaines d'Abraham, en pleine déprime post-référendaire, on voyait moins de fleurdelisés qu'à l'habitude. Avec Éric Lapointe, M. Blanchet s'était assuré d'en apporter sur scène. «On avait même des pancartes du Oui», se souvient-il.

Ses années avec Éric Lapointe l'ont habitué à gérer des crises. Il a la réputation de rester droit durant les tempêtes.

À l'été 2011, quand on se demandait combien de péquistes resteraient dans la barque à la fin de l'année, il lançait à un reporter dubitatif: «ce sont les libéraux s'inquiètent, car ils savent qu'on va gagner les prochaines élections».

Il a finalement eu raison.

M. Blanchet, diplômé en anthropologie, a aussi été entrepreneur dans le domaine de la culture. À 25 ans, il a fondé Diffusion YFB et Productions Paradigme. Il a par la suite présidé l'ADISQ. Plusieurs le voyaient au Conseil des ministres après l'élection du PQ. Il a finalement été nommé whip.

Bon soldat, il assurait qu'il était heureux dans ce poste où on ne se fait pas d'amis. Il a eu le temps de mener la bataille pour retirer l'unifolié du Salon rouge. Il ne cache cependant pas sa joie d'hériter de ses nouvelles responsabilités. «Quand je me suis présenté [aux élections de 2008], si on m'avait demandé de quel ministère je rêvais, j'aurais répondu l'Environnement, assure-t-il. Ça exige une vision large qui doit guider l'ensemble du gouvernement. Pour un anthropologue, c'est passionnant.» Il a par ailleurs déjà présidé le conseil du Jour de la Terre et a participé à l'organisation de la portion montréalaise du concert Live Earth, initiative d'Al Gore.

L'été dernier, dans leur évaluation des engagements électoraux, les environnementalistes avaient donné au PQ la meilleure note parmi les trois partis. Le PQ devançait même Option nationale et le Parti vert. Mais la lune de miel semble terminée. La première ministre a autorisé la semaine dernière le projet controversé de minicentrale hydroélectrique à Val-Jalbert. Elle s'est aussi dite «déterminée à exploiter le pétrole» au Québec. Elle a formé un groupe de travail avec l'Alberta pour échanger de l'information, notamment au sujet du projet d'oléoduc Enbridge, qui pourrait acheminer du pétrole des sables bitumineux au Québec et créer des emplois aux raffineries de Montréal-Est et de Lévis.

M. Blanchet commandera-t-il un BAPE sur ce projet?

«On va procéder par étapes, répond-il. On va d'abord obtenir toute l'information du groupe de travail avant de prendre une décision sur le type d'évaluation à faire.»

Comme souverainiste, ressent-il une pression pour exploiter le pétrole québécois et démontrer qu'un Québec souverain serait prospère?

«Je ne vois pas le lien, dit-il. Le pétrole restera là, qu'on soit une province ou un pays. Si on l'exploite, cela devra se faire de façon impeccable d'un point de vue environnemental, au-dessus de tout soupçon.»

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