10+1 questions avec Line Beauchamp

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

Nathalie Collard
La Presse

Chaque semaine, Nathalie Collard rencontre une personnalité qui s'est retrouvée au premier plan médiatique et lui pose 10 questions en lien avec la couverture dont elle a été l'objet. La 11e question provient du public. Cette semaine, notre journaliste s'est entretenue avec la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.

1 Vos bureaux ont été saccagés hier. On assiste à une escalade de la violence depuis quelques jours. Tous les regards sont tournés vers vous afin que vous fassiez un geste pour calmer les esprits. Allez-vous le faire?

Il faut faire preuve de nuance quand on décrit la situation. Je remarque aussi qu'il y a de plus en plus d'étudiants qui suivent leurs cours. Lors des premiers votes de boycott, il y avait eu des actes de vandalisme importants et la majorité des individus arrêtés n'étaient pas des étudiants. Nous sommes fermes sur la question de la hausse des droits de scolarité. Cela dit, notre porte a toujours été ouverte pour discuter d'enjeux comme l'accessibilité aux études ou la question de la transparence de la gestion des universités. De leur côté, les leaders étudiants disent que la question, c'est celle du gel des droits de scolarité. Or ce n'est pas le bon sujet de discussion.

2 Est-ce qu'on peut s'attendre à ce que, au cours des prochaines heures, vous fassiez un geste pour calmer le jeu ou ouvrir votre porte aux étudiants?

Premièrement, il faut dénoncer le recours au vandalisme: on le dénonce sur les chantiers de construction, on le dénonce à l'école. Je défends un projet de loi sur l'intimidation à l'école, on ne peut pas me demander de céder à l'intimidation. Par ailleurs, je pense que nous avons bougé quelques jours avant Pâques. Nous avons été à l'écoute de plusieurs étudiants et familles de la classe moyenne en changeant les paramètres du régime des prêts et bourses. Or je n'ai rien vu bouger du côté des leaders étudiants. C'est éternellement la même chose: je veux un gel des droits de scolarité, je ne veux pas payer cette part que vous me présentez. Il faut que les étudiants comprennent qu'une décision peut être prise légitimement du côté gouvernemental et que le gel des droits de scolarité n'est pas une option. Notre décision est ferme.

3 Attendez-vous que le mouvement de contestation étudiant s'essouffle?

Je constate qu'il y a de plus en plus d'étudiants qui sont en classe en train de suivre leurs cours. Que d'autres étudiants ont décidé de faire valoir leurs droits en ayant recours aux tribunaux par des injonctions. Nous sommes devant un boycott et des étudiants demandent d'avoir accès à leurs salles de cours et je pense que, de façon responsable, c'est ce qui doit se passer.

4 Un regroupement de professeurs de cégep exige votre démission. Que leur répondez-vous?

Je pense que le monde de l'éducation n'est pas monolithique et qu'il est très difficile, voire impossible, d'y faire l'unanimité.

5 Vous encouragez les institutions à offrir des cours malgré les votes de grève. Vous employez le mot «boycott» plutôt que «grève». Vous préférez parler de la hausse du financement des universités plutôt que de la hausse des droits de scolarité. Vous n'avez pas l'impression que cette attitude jette de l'huile sur le feu?

J'emploie des mots exacts qui décrivent la réalité. Je vous ferai remarquer qu'on est devant un mouvement de boycott et non une grève telle qu'on la conçoit, encadrée par des lois reliées au monde du travail. J'ai beaucoup de difficulté à comprendre qu'on puisse me dire qu'utiliser le mot «boycott» met de l'huile sur le feu pendant que certains groupuscules ont recours au vandalisme et à des gestes de violence. J'insiste pour qu'on relativise ce qui appartient à qui dans ce débat.

6 La bonification des prêts et bourses annoncée il y a quelques semaines n'a pas trouvé grâce aux yeux des étudiants. Le gouvernement a-t-il une autre offre à leur faire?

Je pense que vous décrivez la réaction des leaders étudiants. Or on ne s'attendait pas à ce que cette annonce leur plaise et ce n'était pas le but. Quand je vois les demandes d'information et les commentaires des contribuables, je pense que cette annonce montre qu'on a écouté les recommandations du comité d'évaluation du régime d'accessibilité aux études supérieures. Les leaders, eux, imposent un seul sujet: le gel des droits de scolarité.

7 Cette semaine, la Fédération des cégeps a dit que si les élèves ne retournaient pas en classe bientôt, la situation serait catastrophique. Qu'allez-vous faire pour éviter ce scénario?

On va s'assurer que les calendriers de cours se déploient et qu'on soit capables d'organiser le retour en classe. La vraie solution serait de permettre aux gens qui le souhaitent d'aller à leurs cours. Cela dit, on parle d'exceptions. Dans ces cinq ou six établissements, s'il n'y a pas de retour rapide, cela voudra dire un prolongement de la session d'hiver au début de l'été, en tout respect des conventions collectives des professeurs.

8 Que dites-vous aux étudiants qui s'opposent à la grève, mais qui ne votent pas dans les assemblées?

Je pense qu'il faut aller dans les assemblées, mais je pense aussi que le mouvement étudiant a la responsabilité que les débats se fassent sans intimidation, que le vote soit secret. Bon nombre de directeurs d'établissement disent que ça se passe correctement, mais j'entends aussi des témoignages d'étudiants qui se disent victimes d'intimidation.

9 Vous êtes une ministre populaire et aimée au sein de ce gouvernement. Avez vous peur que cette histoire vous coûte personnellement sur le plan politique?

Je ne fais pas ce métier pour être aimée. Je prends mes responsabilités et je trouve mes gratifications personnelles ailleurs.

10 Cela doit quand même être difficile ces jours-ci. Vous ne devez pas pouvoir sortir de chez vous. Vivez-vous bien avec cette pression?

Je fais mon épicerie, je fais ma marche le matin et je dors bien. Je suis convaincue de ce que nous faisons et on ne me verra jamais plier devant l'intimidation. Jamais. Je ne veux pas donner l'impression d'un certain «je-m'en-foutisme» en disant que je dors bien. C'est un dossier qui m'occupe, à l'évidence, mais je suis aussi ministre d'autres réseaux et je continue à faire mon travail. Quand on fait ce métier-là, on sait que ça peut arriver. L'important, c'est que la vraie vie continue, ça aide à prendre de bonnes décisions.

TWITTER +1 de Samuel Larochelle@SamuelLarochel

Daniel Thibault (@danielthibault sur Twitter): L'intransigeance devant les étudiants vient-elle du fait qu'ils ne constituent pas une base électorale pour le PLQ?

Les gens veulent mettre ce débat dans un contexte électoral alors que la décision a été prise il y a plus d'un an, dans le budget de 2011, dans un cadre budgétaire de cinq ans pour les universités, et les yeux fixés sur l'avenir du Québec.

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