Vote de confiance: douche froide pour Martine Ouellet

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Soumise à un vote de confiance, la chef du Bloc québécois Martine Ouellet a récolté un famélique 32% des appuis des militants de son parti. La voici lors d'une conférence de presse en mars dernier.

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Isabelle Hachey

Un référendum a eu lieu au Québec en fin de semaine, mais ce n'était pas celui dont rêvait Martine Ouellet.

Pas du tout.

Soumise à un vote de confiance, la chef du Bloc québécois a récolté un appui famélique de 32% des militants de son parti. Après des mois de querelles intestines, ces derniers avaient été appelés à se prononcer sur le leadership de leur chef.

Leur verdict est sans appel.

Devant un résultat aussi implacable, Martine Ouellet n'aura sans doute pas d'autre choix que d'annoncer sa démission ce matin. Une conférence de presse est prévue à 10h30 aux bureaux montréalais du parti.

«Mme Ouellet est évidemment très déçue des résultats», a commenté dimanche le vice-président du Bloc, Gilbert Paquette. «C'est déplorable parce qu'on va se priver d'une extraordinaire porte-parole. Le mouvement souverainiste va souffrir de cette décision. Mais c'est la démocratie qui a joué, et on va la respecter.»

Il y a des mois que le Bloc est à la dérive. Sept des dix députés ont claqué la porte en février, incapables de supporter davantage le style de gestion de leur chef.

Mais Mme Ouellet s'accrochait aux commandes du Bloc, soutenant que ces démissions ne s'expliquaient pas par sa propre intransigeance, mais par une vision divergente de la mission fondamentale du parti.

Dimanche, elle a perdu son pari.

Appel à la reconstruction du parti

«Cela a été un bien triste spectacle, mais aujourd'hui, les membres ont décidé d'y mettre fin», a déclaré le président du Bloc québécois, Mario Beaulieu, appelant au dialogue et à la reconstruction du parti en vue des élections fédérales de 2019.

«Les membres ont voté, ils ont tranché, ils veulent un changement. Ils veulent qu'on se tourne vers l'avenir et on les a entendus, c'est ce qu'on va faire.»

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Le vice-président du Bloc québécois, Gilbert Paquette, Gilbert Paquette.

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Selon toute vraisemblance, M. Beaulieu deviendra chef intérimaire et aura la lourde tâche de ressouder les troupes. Il n'a cependant pas l'intention de redevenir chef du parti. «Mon objectif va être vraiment de réunifier le parti. On va consulter toutes les instances, on verra à quel moment il y aura une course à la chefferie.»

«La porte est ouverte à tous les députés qui veulent réintégrer notre parti», a-t-il ajouté, ayant bon espoir de rallier les sept députés démissionnaires. Il a eu de bons mots pour Martine Ouellet, disant souhaiter qu'elle continue «à jouer un rôle important au sein du mouvement indépendantiste».

M. Beaulieu, qui avait désavoué publiquement sa chef au cours des dernières semaines, a appelé à une «trêve médiatique» pour permettre au parti de panser ses plaies. «Je pense que cela a fait très mal, cela a causé des blessures, mais le parti va survivre.»

«Il faut qu'on se parle»

«On est capables de se relever de cela, j'en suis convaincu, a assuré son collègue Yves Perron, président du Bloc dans Berthier-Maskinongé. Il faut qu'on se parle, les différents groupes qui se sont entredéchirés dans les derniers mois. [...] La première étape, c'est le dialogue. On n'est pas rendus là.»

Malgré le départ imminent de Mme Ouellet, ceux qui ont mené la fronde avaient le triomphe modeste, dimanche. «Personne n'est heureux, a dit Valérie Tremblay, présidente du Bloc dans Chicoutimi-Le Fjord. Cette crise qui aurait dû être brève a duré trop longtemps et a laissé de grandes cicatrices dans les troupes. La chefferie est désormais réglée. [...] C'est maintenant l'heure de se parler.»

«Aujourd'hui, ce n'est pas seulement une page qui se tourne, c'est carrément le tome 2 de notre histoire au Bloc québécois qui s'amorce», a déclaré Camille Goyette-Gingras, présidente du Forum Jeunesse du Bloc québécois.

«Le départ de Martine Ouellet, ce n'est pas la mort d'un indépendantisme volontaire et proactif. Aujourd'hui, c'est la fin d'un leadership de division, mais pas la fin de la cause qu'on défend.»

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Camille Goyette-Gingras

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65% pour la promotion de la souveraineté

Les militants bloquistes devaient aussi se prononcer en fin de semaine sur le mandat du parti. Soixante-cinq pour cent d'entre eux se sont dits favorables à ce que le Bloc soit «dans ses actions quotidiennes, et non pas seulement en théorie, le promoteur de l'option indépendantiste en utilisant chaque tribune», comme le souhaitait Mme Ouellet.

«Là, c'est clair, les gens, ce qu'ils veulent, c'est une promotion active, assumée, de l'indépendance», s'est réjouie Marilène Gill, l'une des deux députés restés fidèles à Mme Ouellet jusqu'à la fin.

Yves Perron juge néanmoins que ce score de 65% «n'est pas très élevé comme pourcentage quand on pense que c'est un vote pris dans un bassin de personnes qui sont à 100% indépendantistes». À son avis, la question était «un peu truquée», puisqu'elle passait sous silence la défense des intérêts du Québec à Ottawa.

Les deux concepts ne sont pourtant pas antinomiques, insistent les opposants de Mme Ouellet. «J'ai été élu avec le mandat de ramener l'indépendance à l'avant-plan, a illustré M. Beaulieu, mais cela n'a jamais voulu dire qu'on abandonne la défense des intérêts nationaux du Québec» au Parlement fédéral.

«Pas à l'agonie»

Au total, 8681 des 14 700 militants bloquistes se sont prononcés lors du référendum, par téléphone ou en ligne. Il s'agit d'un taux de participation de 59%. Un taux que Gilbert Paquette a jugé «très satisfaisant». Selon lui, c'est la preuve que «le Bloc québécois n'est pas à l'agonie».

«Le Bloc québécois est bien vivant, bien actif», a indiqué le vice-président du parti.

Membre de la garde rapprochée de Mme Ouellet, cet ancien ministre du gouvernement de René Lévesque pourrait lui aussi tirer sa révérence sous peu. «Laissez-moi réfléchir. C'est un très dur coup», a-t-il laissé tomber avec amertume.

Il a blâmé la «campagne médiatique qui s'est étalée, le nombre de commentateurs qui sont intervenus, l'ancien chef du parti, les anciens députés» pour la gifle infligée à Mme Ouellet.

Au cours des derniers jours, l'ancien chef Gilles Duceppe prédisait notamment «la fin du Bloc québécois» si sa successeure restait en poste.

Mais les militants bloquistes n'ont eu besoin de personne pour prendre leur décision, a rétorqué Valérie Tremblay : «Les membres ne sont pas dupes.» Ils «ont été en mesure de faire leur choix» en fonction des «propres discours» de Martine Ouellet.




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