Le nombre de migrants pourrait encore augmenter, prévient Ottawa

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De larges tentes ont été installées par les Forces armées canadiennes au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, dans le but d'accueillir des migrants désireux de quitter les États-Unis pour s'installer au Canada.

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Alors que la situation se corse déjà au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle depuis quelques jours, le gouvernement Trudeau prévient que le nombre important de demandeurs d'asile que l'on voit arriver à la frontière canado-américaine pourrait bien connaître une hausse marquée. En outre, il s'attend à ce que les nouveaux arrivants ne soient plus majoritairement d'origine haïtienne.

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De larges tentes ont été installées par les Forces armées canadiennes au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, dans le but d'accueillir des migrants désireux de quitter les États-Unis pour s'installer au Canada.

La Presse canadienne, Graham Hughes

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De larges tentes ont été installées par les Forces armées canadiennes au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, dans le but d'accueillir des migrants désireux de quitter les États-Unis pour s'installer au Canada.

Archives, La Presse canadienne

Moins de 24 heures après qu'une centaine de soldats des Forces armées canadiennes eurent terminé d'installer de larges tentes à ce poste frontalier pouvant héberger 500 migrants désireux de quitter les États-Unis pour s'installer au Canada, des sources gouvernementales ont indiqué à La Presse jeudi qu'Ottawa se préparait maintenant à une hausse du nombre de demandeurs d'asile. Et on n'écarte pas l'hypothèse que de plus en plus de ressortissants du Salvador se pointent ainsi à la frontière canado-américaine. Quelque 465 000 ressortissants du Salvador se trouvent illégalement aux États-Unis en ce moment.

Déjà, mercredi, le nombre de demandeurs d'asile a atteint un nouveau sommet au poste frontalier - plus de 600 personnes, selon des sources sur les lieux consultées par La Presse. Près de 500 migrants auraient été accueillis par les agents douaniers la veille. Après que l'administration de Donald Trump eut fait savoir que les Haïtiens sans papiers qui se trouvaient aux États-Unis depuis le tremblement de terre survenu en Haïti en 2010 devraient quitter le sol américain au plus tard en janvier 2018, beaucoup ont décidé de mettre le cap vers le Canada.

50 000 HAÏTIENS SANS PAPIERS AUX ÉTATS-UNIS

En tout, on dénombre quelque 50 000 Haïtiens sans papiers qui devront tôt ou tard plier bagage de leur plein gré ou être expulsés par les autorités américaines. Dans les officines gouvernementales à Ottawa, on ne s'attend pas à ce que ces ressortissants haïtiens soient tentés de rentrer en Haïti ou de gagner le Mexique.

« Nous sommes bien au courant de ces chiffres. C'est un dossier assez complexe. Le phénomène auquel on assiste en ce moment pourrait bien n'être que la pointe de l'iceberg. Nous sommes au fait de la situation. Mais il n'y a pas de solution magique à tout cela », a indiqué une source gouvernementale, qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat afin de pouvoir discuter plus librement de ce dossier.

« Nous nous préparons à tous les scénarios, y compris une hausse du nombre de demandeurs d'asile », a laissé savoir une autre source gouvernementale, qui s'exprimait aussi sous le couvert de l'anonymat.

Selon nos sources, avant de se stabiliser, cette situation pourrait se corser pour deux raisons. Primo : certains ressortissants font le voyage jusqu'à la frontière canado-américaine en présumant qu'ils seront automatiquement acceptés par les autorités canadiennes. De fausses informations circulent abondamment à ce sujet parmi ces ressortissants et ceux d'autres communautés qui pourraient être touchés par les politiques d'immigration plus contraignantes de l'administration Trump.

Secundo : les autorités canadiennes ont aussi constaté que de plus en plus d'Haïtiens se rendaient aux États-Unis en prétextant vouloir visiter le pays, alors qu'en réalité, ils cherchent à se rendre au Canada. Selon nos informations, le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale avait déjà abordé cette question avec son homologue américain responsable de la Sécurité intérieure, John Kelly, qui a été promu au poste de chef de cabinet de Donald Trump le mois dernier.

« Tout cela alimente la situation que nous observons aujourd'hui. Mais ces gens doivent savoir que leur admission est loin d'être assurée. En fait, les chiffres démontrent que la demande d'environ 50 % des gens a été rejetée et qu'ils ont été renvoyés soit aux États-Unis, soit en Haïti. Nous sommes clairs : il n'y a pas de billet d'entrée gratuit au Canada. Il faut suivre les règles. Nous avons l'intention d'appliquer ces règles », a expliqué une source gouvernementale.

En coulisses, le gouvernement Trudeau envisage maintenant de faire un blitz publicitaire destiné aux États-Unis pour signifier l'importance de respecter les règles en matière d'immigration et rappeler que toute tentative de franchir illégalement la frontière canado-américaine comporte des risques, dont celui de voir sa demande d'asile rejetée.

UN PLAN CONCRET, DIT LE NPD

La porte-parole du NPD en matière d'affaires étrangères, Hélène Laverdière, soutient que le gouvernement Trudeau devait se doter d'un meilleur plan d'action pour composer avec une possible hausse du nombre de demandeurs d'asile.

Selon elle, il faut anticiper que la hausse sera marquée au cours des prochains mois en raison de la ligne dure de l'administration Trump en matière d'immigration.

« Les ressortissants d'Haïti regardent vers le Canada, mais aussi vers le Chili. La situation n'est pas comparable à celle au Canada, mais le Chili reçoit énormément d'Haïtiens en ce moment. Il y a des liens entre le Chili et Haïti, a dit Mme Laverdière. Ceci dit, je ne sais pas si c'est la pointe de l'iceberg, mais c'est certain que les politiques de l'administration Trump vont avoir un effet, et un effet à long terme, sur le Canada. »

« C'est pour cela qu'il faut adopter un plan concerté pour être en mesure de faire face à cette situation. Jusqu'ici, le gouvernement a l'air de minimiser la chose tout le temps. Les ministres sont à peu près absents. On envoie l'armée bâtir ce qui est quasiment un camp de réfugiés à la frontière du Canada. Mais quel est leur plan à long terme ? On dirait que le gouvernement joue à l'autruche et se met la tête dans le sable. Il agit comme s'il n'y avait pas eu d'élections américaines », a-t-elle ajouté.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, juge cette situation inquiétante, au point qu'il compte prendre une pause de sa tournée du pays pour critiquer la gestion de ce dossier par le gouvernement Trudeau au cours des prochains jours, selon nos informations.

IMMIGRANTS ILLÉGAUX AUX ÉTATS-UNIS

  • 11 millions, selon les estimations des autorités américaines
  • MEXIQUE : 6,2 MILLIONS
  • GUATEMALA : 723 000
  • SALVADOR : 465 000
  • HONDURAS : 337 000
  • CHINE : 268 000
  • INDE : 267 000
  • AUTRES PAYS : 2,3 MILLIONS




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