Hymne: des sénateurs veulent bloquer la modification des paroles pour le 150e

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

Des sénateurs conservateurs usent de manoeuvres dilatoires pour éviter que l'hymne national qui sera chanté le 1er juillet, en ce 150e anniversaire du Canada, soit la version plus «inclusive» que souhaitait feu Mauril Bélanger.

Les amendements et sous-amendements en provenance des banquettes conservatrices se multiplient dans le débat sur le projet de loi C-210 à la chambre haute, alors que la fin de la session parlementaire se pointe à l'horizon.

«C'est clair qu'il y a une stratégie pour retarder ce vote-là, pour ne pas que ça se fasse avant la fête du Canada», a souligné mercredi en entrevue téléphonique la sénatrice indépendante Chantal Petitclerc.

La médaillée paralympique trouve «très, très frustrant» de constater que les conservateurs fassent preuve d'un manque de «fair-play» en refusant d'approuver un projet de loi qui a franchi toutes les étapes législatives.

«Utiliser des lois, des amendements, manipuler la procédure pour quelque chose qui n'est pas légitime, à quelque part, ça me déçoit un petit peu. Dans mon ancienne vie, on performait, et à un moment donné, tu gagnes, tu perds, tu acceptes le résultat», a-t-elle tranché.

L'une des sénatrices qui mènent la fronde, la conservatrice Lynn Beyak, a été claire sur son objectif: elle a dit souhaiter «que, à l'occasion du 150e anniversaire du Canada, les Canadiens chantent notre hymne national traditionnel comme ils le chantent depuis des décennies».

Elle a plaidé, dans un discours livré lundi, que le Sénat ne devrait pas appuyer ce projet de loi modifiant les paroles de la version anglaise du Ô Canada simplement parce que l'autre chambre l'a approuvé «par compassion et tristesse pour un collègue mourant».

Le député libéral qui a parrainé le projet de loi, Mauril Bélanger, s'est éteint en août dernier après une bataille publique contre la sclérose latérale amyotrophique (SLA), communément appelée maladie de Lou Gehrig.

Invitée à commenter les propos de Mme Beyak, la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, a affirmé que la sénatrice a «droit à son opinion», mais qu'elle-même est «en faveur de l'égalité des sexes» et que c'est «exactement ce que voulait faire» son ex-collègue avec C-210.

«Son projet de loi vaut vraiment la peine non seulement d'être étudié, mais d'être mis en vigueur, a-t-elle lâché. Et j'espère vraiment, sincèrement, que rapidement, le Sénat va pouvoir résoudre cette question», a-t-elle affirmé mercredi matin en mêlée de presse.

Le chef conservateur Andrew Scheer n'a pas non plus réagi directement à ce qui a été avancé par la sénatrice, qui s'était retrouvée sur la sellette un peu plus tôt cette année après avoir affirmé qu'il y avait de bonnes intentions derrière les pensionnats autochtones.

Il a toutefois fait valoir que lorsqu'il a voté contre C-210, c'était en se basant sur le contenu de la mesure législative et signalé qu'il s'opposait aux modifications à cet hymne qui appartient «à tous les Canadiens, pas seulement au Parti libéral» - pas pour des motifs personnels.

«J'ai voté contre chaque projet de loi (en fonction) des principes qui sont dans le projet de loi, rien d'autre. C'est le projet de loi seul que je regarde quand je prends une décision, et c'est la même chose pour notre caucus», a-t-il dit en point de presse, mercredi.

La sénatrice Petitclerc est aussi d'avis que les parlementaires des deux chambres ont travaillé avec diligence, selon leur conscience, et en se fondant sur le mérite du projet de loi. Elle balaie donc du revers de la main l'argument mis de l'avant par sa collègue Beyak.

«Oui, on peut avoir de la compassion, mais ce n'est pas comme ça qu'on prend nos positions. Ça, moi, je n'y crois pas du tout», a-t-elle laissé tomber.

«Et même si ça avait été le cas, on est rendu ailleurs, a-t-elle tranché. On est au Sénat, on a le projet de loi avec nous, les débats ont été faits, on a les études en comité qui sont revenues sans amendement. Et on n'a aucune raison de penser qu'il y a un mouvement contre C-210.»

La mesure législative vise à remplacer, dans la version anglaise de l'hymne, l'extrait «true patriot love in all thy sons command» («un vrai amour de la patrie anime tous tes fils») par «true patriot love in all of us command» («un vrai amour de la patrie nous anime tous»).

Les députés de la Chambre des communes ont adopté le projet de loi d'initiative parlementaire en troisième lecture le 15 juin 2016.

Deux mois plus tard, Mauril Bélanger décédait. Lors de sa cérémonie funéraire, les centaines de personnes massées dans la basilique-cathédrale Notre-Dame d'Ottawa ont spontanément entonné «sa» version du Ô Canada.

Le débat sur C-210 devait reprendre mercredi après-midi au Sénat avec un vote sur un amendement sur un sous-amendement, proposé par le sénateur conservateur Michael MacDonald, qui porte sur la date de l'entrée en vigueur de la loi.

Les travaux de la chambre haute ont cependant subi des réaménagements en raison de la partie de ping-pong législatif qui s'est engagée avec la Chambre des communes concernant l'adoption du projet de loi omnibus sur le budget C-44.




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