Justin Trudeau: «On ne rouvre pas la Constitution»

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Justin Trudeau

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Mylène Crête
La Presse Canadienne
Ottawa

Justin Trudeau s'est empressé, jeudi, de crever le ballon constitutionnel de Philippe Couillard, avant même que ce dernier n'ait présenté sa Politique d'affirmation du Québec et des relations canadiennes.

Dès son arrivée à la réunion de son conseil des ministres, M. Trudeau a rappelé sa position sur la question constitutionnelle: il ne veut pas en parler.

«Vous connaissez mes opinions sur la Constitution. On ne rouvre pas la Constitution», a-t-il lâché en s'éloignant vers son bureau.

À l'Assemblée nationale, cette première réaction a provoqué, elle aussi, sa part de réactions.

Le chef péquiste y a vu «une gifle». «Le premier ministre du Canada vous a dit non ce matin sans même vouloir vous lire», s'est offusqué Jean-François Lisée en interpellant le premier ministre Couillard.

«Le Canada ne se résume pas à la personne du premier ministre du Canada, ni même au gouvernement actuellement à Ottawa, ou au parti politique formant le gouvernement», a répondu le premier ministre Couillard.

«Pour ce qui est de la réaction du premier ministre du Canada, il aura l'occasion, je crois, de reprendre lorsqu'il aura lu le document», a-t-il ajouté.

Au bureau de M. Trudeau, on confirme que Québec n'a pas encore envoyé de copie du document en question. On affirme vouloir l'étudier avant d'y réagir davantage.

Les ministres québécois à Ottawa ont fait écho à la position de leur chef tout en rappelant que leur gouvernement a d'autres priorités.

«On est confiant que notre relation avec le Québec est une bonne relation et qu'on s'adresse aux priorités des Québécois et je le répète, c'est l'économie, ce sont les emplois», a souligné le ministre des Transports, Marc Garneau.

«On est en 2017, moi je suis rendue à autre chose», a affirmé la ministre du Revenu national, Diane LeBouthillier.

«On a une belle collaboration avec toutes les provinces, incluant avec le Québec. Alors, on va continuer à bâtir là-dessus»,  a pour sa part affirmé la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau.

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a fait valoir que les relations entre le Québec et le Canada sont loin d'être tendues.

«La Chambre des communes a reconnu la nation québécoise, a-t-elle rappelé. On a financé la fête nationale pour la première fois de notre histoire la semaine passée. Alors, c'est de bonnes nouvelles. On a de bonnes relations avec les Québécois.»

Tout comme Justin Trudeau, le nouveau chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a fermé la porte au débat constitutionnel.

«J'ai travaillé très fort au Québec, a-t-il rappelé. J'ai voyagé dans beaucoup de régions, parlé avec beaucoup de gens et aussi partout au Canada et je n'ai pas le sentiment qu'il y a un appétit pour un nouveau débat constitutionnel.»

Les députés conservateurs québécois Alain Rayes, Gérard Deltell, Luc Berthold et Joël Godin se sont ralliés derrière leur chef tout en reprochant à Justin Trudeau d'avoir rapidement fermé la porte.

«Je pense qu'avant de répondre comme l'a fait le premier ministre, on pourrait au moins lire le document», a critiqué Alain Rayes.

«Hautain, méprisant et arrogant»

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) a applaudi l'initiative de Philippe Couillard, mais a eu des mots beaucoup plus durs à l'endroit du premier ministre fédéral.

«J'ai trouvé ça méprisant et arrogant que M. Trudeau ferme la porte à toute discussion sans avoir lu le document», a dénoncé Thomas Mulcair.

«C'est hautain, c'est méprisant, c'est arrogant, mais c'est du grand Trudeau en ce qui concerne le Québec, a-t-il continué. C'est ce que son père faisait, c'est ce que lui fait. Il essaie toujours de faire de la politique sur le dos du Québec.»

Il entend bien glisser un mot à Philippe Couillard pour que d'éventuelles négociations constitutionnelles incluent l'abolition du Sénat.

Le chef parlementaire du Bloc québécois, Xavier Barsalou-Duval, a qualifié la réaction du premier ministre canadien de «fédéralisme radical» tout en saluant l'initiative de Québec.

«M. Trudeau ne fait pas preuve d'ouverture, il n'écoute pas les gens. Il ne veut même pas aborder la question, savoir ce qui est proposé par M. Couillard, a-t-il lancé. Ce n'est pas une façon de diriger un pays de manière dogmatique comme ça.»

Certains députés fédéraux démontrent toutefois plus d'appétit pour la réouverture du débat constitutionnel que le premier ministre Trudeau.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, croit qu'il s'agit d'un bon moment pour le faire.

«Pourquoi pas? Nous ne sommes pas dans une crise, a-t-elle dit. C'est important d'avoir ces conversations quand le climat politique est plus calme.»

Elle y voit une approche pour discuter d'autres questions comme la réforme du Sénat ou même enchâsser la protection de l'environnement dans la Constitution.

Guy Caron, candidat à la direction du NPD, croit que le fruit est mûr pour «corriger une situation historique» qui devra l'être tôt ou tard.

«Je suis très déçu de la manière cavalière dont le premier ministre (Trudeau) a refusé la demande tout à fait légitime de M. Couillard», a-t-il dit.

«Je ne pense pas que l'approche du Québec était confrontationnelle et, en ce sens, je pense qu'on devrait accueillir cette demande, a-t-il ajouté. Au moins, d'avoir des pourparlers initiaux.»

Ailleurs au pays

Loin de rejeter l'initiative du Québec, le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, y va de ses propres demandes constitutionnelles.

«En tête de liste, il y aurait la péréquation, un système qui prend 500 millions annuellement de la Saskatchewan même si notre économie est touchée par la crise du prix des ressources, tout en remettant 11 milliards au Québec chaque année.»

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, réclamait lui aussi en décembre la réouverture de la Constitution pour définir la place des peuples autochtones dans la fédération canadienne.

Le premier ministre Justin Trudeau avait également rejeté cette demande.




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