Les libéraux ne profiteraient pas forcément du vote préférentiel

Si Justin Trudeau parvenait à instaurer le vote préférentiel, les libéraux... (Archives, La Presse canadienne)

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Joan Bryden
La Presse Canadienne
Ottawa

Si Justin Trudeau parvenait à instaurer le vote préférentiel, les libéraux dérocheraient-ils systématiquement la majorité dans les scrutins à venir ? Les conservateurs allèguent que ce serait le cas, alors que reprennent, lundi prochain, les audiences du comité parlementaire sur la réforme électorale.

Les partisans de la représentation proportionnelle, les experts et les sondeurs partagent une vision à peine moins apocalyptique. Ils prévoient que le vote préférentiel accorderait certainement un avantage à la formation politique centriste.

En vertu du vote préférentiel ou alternatif, les électeurs placent les candidats en ordre de préférence. Si aucun candidat n'obtient plus de 50 pour cent des votes à titre de premier choix, celui qui a récolté le moins de voix est éliminé du décompte - et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'un candidat décroche la majorité absolue.

Lorsque les Canadiens ont été appelés aux urnes en 2015, les libéraux ont recueilli 55 pour cent des sièges à la Chambre des communes avec 39 pour cent des voix. Si le vote préférentiel avait alors été en place, les intentions de vote indiquent que la formation de Justin Trudeau aurait consolidé une « fausse » majorité encore plus importante.

Néanmoins, le comportement de l'électorat était alors dicté par le système majoritaire uninominal à un tour, qui peut inciter au vote dit stratégique. De nombreux militants du Nouveau Parti démocratique (NPD) ou encore du Parti vert avaient donc décidé d'appuyer les libéraux afin d'augmenter leur chance d'écarter les conservateurs du pouvoir.

Si ces électeurs avaient pu se prononcer en faveur de plus petits partis tout en désignant les libéraux comme leur second choix, le gouvernement fédéral aurait un tout autre visage, avancent les experts. D'ailleurs, les appuis du NPD ne se seraient pas effrités à ce point.

Il n'y a pas que les électeurs qui auraient agi différemment avec un tel mode de scrutin. Les partis eux-mêmes auraient été contraints à s'adresser à un public plus large pour se tailler une position confortable pour les premiers et les seconds choix.

Le professeur de l'Université York, Dennis Pilon, est d'avis qu'il est « beaucoup trop simpliste » de prétendre que le vote préférentiel garantirait un avantage aux libéraux. Il est d'avis que si c'était le cas, les conservateurs n'auraient que leurs propres tendances extrémistes à pointer du doigt.

« Un des arguments en faveur du vote alternatif est que nous aurions peut-être un Parti conservateur moins extrême. Le système uninominal majoritaire à un tour permet au Parti conservateur d'être plus extrême parce qu'il n'a pas à gagner 50 pour cent ou près de 50 pour cent pour remporter des circonscriptions », expose M. Pilon.

Donc quel parti profiterait le plus du vote préférentiel ? Dur à dire.

Arend Lijphart, de l'Université de Californie à San Diego, estime qu'il rendrait service aux plus petites formations politiques, souvent mises à l'épreuve par le vote dit stratégique.

Comme d'autres experts interrogés par La Presse canadienne, M. Lijphart est un adepte de la représentation proportionnelle, un système où le nombre de sièges alloués à un parti reflète le pourcentage de votes qu'il a récolté. Expert mondial en modes de scrutin, il reconnaît que le vote alternatif demeure préférable au système actuellement en vigueur au pays.

« Je crois qu'on obtient un choix plus exact avec le vote préférentiel et ça devient aussi beaucoup plus facile et direct pour l'électeur puisqu'il n'a plus à calculer comment son vote va compter », précise-t-il.

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