Le Québec, «la seule bonne nouvelle» pour les conservateurs, dit Maxime Bernier

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«Le Québec, c'est la seule bonne nouvelle de la campagne électorale pour nous», lance sans détour le député Maxime Bernier, réélu avec 58,9 % des voix dans sa circonscription de Beauce.

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
OTTAWA

Le 19 octobre, tous les projecteurs étaient braqués sur Justin Trudeau. Grâce aux 40 sièges raflés au Québec, ses libéraux déjouaient les pronostics en remportant une victoire électorale sans appel. On a peu parlé, ce soir-là, de l'«autre» victoire au Québec: celle des troupes conservatrices.

Les conservateurs y ont réalisé un exploit qu'ils n'ont pu accomplir ailleurs au pays: ils ont fait des gains. Le parti a été complètement rayé de la carte dans les provinces de l'Atlantique et il s'est carrément effondré en Ontario. Mais au Québec, il a plus que doublé son nombre de sièges.

Jamais la récolte n'avait été aussi fructueuse pour le Parti conservateur de Stephen Harper au Québec. Le caucus québécois a grossi, passant de cinq membres à la dissolution de la Chambre à 12 lors de la rentrée parlementaire, en décembre.

«Le Québec, c'est la seule bonne nouvelle de la campagne électorale pour nous», lance sans détour le député Maxime Bernier, réélu avec 58,9 % des voix dans sa circonscription de Beauce.

La ville de Québec et ses rives nord et sud ont été peinturées bleu. Il s'agit traditionnellement d'un terreau fertile pour les formations politiques conservatrices, fait remarquer Réjean Pelletier, professeur à la retraite du département de sciences politique de l'Université Laval.

«La grande région de Québec reste une région profondément conservatrice au sens idéologique du terme. Il y a un conservatisme social, économique et, je dirais, anti-étatique», avance-t-il.

Une inclinaison que viennent nourrir les fameuses radios parlées de Québec. «Ça ne vient pas créer le phénomène, mais les gens qui l'écoutent se disent: «Oui, c'est ce qu'on pense'. Et donc ça vient amplifier le phénomène, conforter les gens dans leur pensée», soutient M. Pelletier.

Mais cette victoire est aussi le fruit d'un travail qui s'est amorcé il y a environ deux ans et qui s'est articulé autour d'une stratégie axée sur les valeurs, confie l'un des principaux architectes de la campagne des conservateurs.

«On s'est donné un plan avec des objectifs qui comprenait entre autres de tendre la main aux Québécois pour expliquer c'est quoi, être conservateur, qu'ils étaient peut-être plus conservateurs qu'ils ne le pensaient, et que leurs priorités étaient nos priorités», détaille cette source.

À l'instar des députés qui ont été élus sous la bannière conservatrice, ce stratège souligne à gros traits le rôle joué par le lieutenant québécois Denis Lebel. Il a recruté de grosses pointures, dont le populaire maire de Victoriaville, Alain Rayes, et l'ancien député caquiste Gérard Deltell.

À Québec, «l'effet Deltell» a d'ailleurs certainement joué un rôle dans des circonscriptions limitrophes, où il a «peut-être pu faire la différence», constate le professeur Réjean Pelletier.

Pendant ce temps, ailleurs au Canada, on observait l'effet inverse: le vote conservateur reculait au fur et à mesure que la campagne avançait. Et pour cela, Maxime Bernier ne blâme pas seulement le désir de changement de l'électorat: il pointe du doigt les tacticiens derrière cette campagne.

«Certaines personnes dans d'autres provinces se sont plaintes que la campagne était très centralisée et que les gens sur le terrain étaient plus ou moins consultés sur la stratégie électorale», signale le député.

«Au Québec, M. Lebel et l'équipe québécoise, on avait de la latitude pour gérer la campagne électorale au Québec. Et je pense que ça nous a bien servis», enchaîne M. Bernier, l'un de ceux qui songent à lancer dans la course à la succession de Stephen Harper.

La division du vote a également donné un coup de pouce aux conservateurs, relève une des victimes du phénomène, l'ex-député du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jonathan Tremblay, battu par la conservatrice Sylvie Boucher dans Beauport-Côte-de-Beaupré-Île d'Orléans-Charlevoix.

«Pour la région de Québec, ça se passait entre les conservateurs et le NPD. Il y a eu une montée des libéraux au Québec, ils ont aussi augmenté à Québec, mais pas suffisamment pour battre les conservateurs. Le vote NPD-libéral s'est divisé et ça a laissé passer les conservateurs», dit-il.

Le débat sur le port du niqab aux cérémonies de citoyenneté, en particulier, a considérablement nui aux troupes de Thomas Mulcair, croit M. Tremblay.

«C'est sûr que le niqab a été le tournant majeur pendant la campagne. On voyait qu'on était en avance au départ, mais à partir du moment où le débat s'est imposé, ça s'est emballé», relate-t-il.

Le conservateur Pierre Paul-Hus est l'un de ceux qui ont su tirer leur épingle du jeu. Il a remporté une victoire décisive dans la circonscription de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles.

«Dans mon cas, j'étais vraiment agréablement surpris, j'ai eu une majorité de plus de 11 000 voix. Je m'attendais peut-être de gagner avec 1000 ou 2000 de majorité», se réjouit-il.

L'ancien militaire pense que «la lune de miel ne sera pas longue» entre le nouveau premier ministre Justin Trudeau et les Canadiens et prédit qu'aux prochaines élections, ce seront les conservateurs qui emprunteront les voies ensoleillées.

«Avec la façon dont les libéraux ont commencé à travailler et en voyant vers où ils s'en vont, c'est sûr et certain que dans quatre ans, on reprend le pouvoir, et c'est sûr qu'on va augmenter le nombre de sièges conservateurs au Québec», lance M. Paul-Hus.

Ce n'est évidemment pas l'avis du libéral Antoine Bujold, qui s'est incliné après une chaude lutte à trois dans la circonscription de Beauport-Limoilou, ravie au NPD par le conservateur Alupa Clarke, un jeune réserviste des Forces armées canadiennes.

«Nous, les libéraux, on partait de très loin dans Beauport-Limoilou. Là, on est rendu à 25 %, souligne-t-il. J'aspire à beaucoup pour le futur, je pense qu'on a établi une belle base.»

En fait, M. Bujold n'a pas besoin d'être consolé, assure-t-il, retournant les projecteurs dans la cour des libéraux.

«Je rappellerais à tous ceux et celles qui me regardent et qui me disent: «Ça doit être plate» que c'est loin d'être plate! On a gagné! Moi, je suis un libéral, et j'ai gagné! C'est sûr que je ne suis pas député, mais j'ai gagné pareil!»

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