Aide internationale: un financement déjà faible «en déclin»

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Contrairement à «la plupart» de ses alliés traditionnels, Ottawa n'a «aucun plan» pour implanter nationalement le programme de développement international post-2015 et en assurer le suivi.

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

La contribution financière du Canada en matière de développement international, déjà «relativement faible», est «en déclin», reconnaît-on dans un document gouvernemental confidentiel.

Le ministère du Développement international dit aussi, dans une note de breffage obtenue par La Presse Canadienne, qu'il n'y a «aucun plan» de mise en oeuvre nationale du programme de développement international pour l'après-2015.

Ces orientations sont précisées dans des documents préparés pour le titulaire du ministère, Christian Paradis, dans le cadre de la Conférence de Montréal qui s'est déroulée la semaine dernière.

On y détaille les intentions du Canada à l'aube de la 3e Conférence internationale sur le financement du développement qui se tiendra en juillet à Addis Abeba, en Éthiopie.

Au chapitre du financement, le ministère estime que des «pressions significatives» sont à prévoir en ce qui concerne l'atteinte de la cible internationale de 0,7 pour cent du revenu national brut (RNB) pour l'aide publique au développement (APD).

Le Canada est bien loin d'atteindre cet objectif fixé en 1969 par une commission des Nations unies chapeautée par l'ex-premier ministre Lester B. Pearson, qui a été reconduit à plusieurs reprises depuis.

«Peu de pays développés ont atteint cette cible. Mais le ratio ADP/RNB du Canada est relativement faible, et il est en déclin», spécifie la note de breffage datée du 2 juin.

Le gouvernement Harper n'évoque pas publiquement ce fléchissement, mais d'autres, comme le directeur parlementaire du budget (DPB), l'ont déjà fait.

La part du RNB consacrée à l'aide internationale est passée de 0,34 pour cent en 2010-2011 à 0,27 pour cent en 2013-2014, selon un rapport publié en janvier par le DPB, puis au 0,24 pour cent cité dans le document ministériel.

«Et en plus, ce taux (0,24) peut être trompeur, car il ne tient pas comptes des sommes allouées qui ne sont finalement pas dépensées par les ministères», a souligné la porte-parole néo-démocrate en matière de développement international, Hélène Laverdière.

Elle s'explique mal pourquoi le Canada n'arrive pas à s'approcher de la cible au lieu de s'en éloigner continuellement.

«L'un de nos partenaires du G7, la Grande-Bretagne, a récemment réussi à atteindre le 0,7 pour cent malgré une économie peu florissante», a-t-elle illustré en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, dimanche.

La communauté internationale planche sur les suites à donner aux objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations unies, qui viennent à échéance en 2015.

Les négociations officielles entre les différents États membres ont été amorcées en janvier 2015 après plusieurs années de travaux préparatoires.

Le programme pour l'après-2015 est fondé sur le principe de l'universalité. Celui-ci veut que les OMD s'appliquent à tous les États membres, même les pays développés comme le Canada.

Mais là encore, il y a de la résistance du côté d'Ottawa. Des «pressions nationales et internationales» seront exercées sur le gouvernement, préviennent les fonctionnaires du ministère du Développement international.

Car contrairement à «la plupart» de ses alliés traditionnels, Ottawa n'a «aucun plan» pour implanter nationalement le programme de développement post-2015 et en assurer le suivi.

«C'est assez aberrant», a réagi la députée Laverdière, selon qui le gouvernement fait preuve d'«hypocrisie».

«On le voit avec les Premières Nations, on a des problèmes de développement au Canada. Il y a des communautés autochtones en Ontario qui doivent faire bouillir leur eau depuis 17 ans», a-t-elle lancé à l'autre bout du fil.

De son côté, le Parti libéral du Canada estime que «si le Canada n'adopte pas le concept d'universalité, nous deviendrons encore un paria sur la scène internationale, comme c'est le cas pour les changements climatiques», a écrit dans un courriel Cameron Ahmad, attaché de presse du chef libéral Justin Trudeau.

Le bureau du Christian Paradis n'a pas répondu à la demande d'entrevue de La Presse Canadienne, dimanche.

Les orientations et le bilan du gouvernement Harper ne sont probablement pas de la musique aux oreilles de Bono, qui doit s'entretenir lundi avec le chef conservateur et les deux chefs de l'opposition pour discuter de développement international.

Le bureau de M. Harper a précisé vendredi que la rencontre, sollicitée par l'entourage du chanteur et philanthrope, porterait sur «l'initiative du premier ministre sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants et le leadership du Canada pour sauver des vies».

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