Gauchistes, syndicalistes et djihadistes

Stephen Harper... (PHOTO BEN NELMS, ARCHIVES REUTERS)

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Stephen Harper

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Joël-Denis Bellavance

ANALYSE

La Presse

(Ottawa) Stephen Harper a déjà confié à certains de ses plus proches collaborateurs que le Parti conservateur maximise ses chances de remporter la victoire chaque fois qu'il réussit à provoquer un affrontement entre les idées de la gauche et celles de la droite durant une campagne électorale.

Quand un tel duel se produit, les partis qui logent à droite sur l'échiquier politique sortent gagnants dans la majorité des cas, avait-il argué, en observant les tendances non seulement dans les provinces comme la Colombie-Britannique, la Saskatchewan et même l'Ontario, mais aussi en Europe.

Depuis qu'il est au pouvoir, Stephen Harper s'est ainsi évertué à faire en sorte que les batailles des idées devant les électeurs se fassent entre la gauche et la droite partout au pays... sauf au Québec, où la présence du Bloc québécois rendait impossible une telle dynamique politique.

La quasi-disparition du Bloc québécois aux élections du 2 mai 2011 lui ouvre toute grande la porte pour lancer une première offensive en ce sens en prévision du prochain scrutin, prévu le 19 octobre.

D'autant plus que le Bloc québécois a été pratiquement rayé de la carte électorale par le NPD, un parti qui défend des idées dites de gauche.

En août, alors qu'il effectuait une tournée du Québec, le ministre des Affaires intergouvernementales et lieutenant politique de Stephen Harper, Denis Lebel, affirmait sans rougir que bon nombre de Québécois étaient des conservateurs qui s'ignorent puisqu'ils appuient, selon lui, les politiques fiscales et budgétaires du gouvernement et ils endossent la lutte contre la criminalité qu'il mène depuis 2006.

De nouveaux mots

Alors que le compte à rebours électoral est bien engagé, de nouveaux mots sont soudainement apparus dans le vocabulaire des troupes de Stephen Harper afin de déstabiliser leurs adversaires au Québec : gauchistes, syndicalistes, djihadistes et niqab.

En visite dans la région de Québec, il y a 10 jours, Stephen Harper ne s'est ainsi pas gêné pour décrier l'intention des syndicats comme la FTQ ou la CSN de faire campagne contre son parti aux prochaines élections.

« Je demeure convaincu que les Québécois ne sont pas des gauchistes », a aussi lancé le premier ministre dans une entrevue au FM93, une station de radio privée de la ville de Québec.

Dans cette même entrevue, M. Harper a aussi décoché une flèche à l'endroit des journalistes de Radio-Canada. « Je comprends très bien qu'il y a beaucoup [de gens] à Radio-Canada qui détestent ces valeurs, mais je pense que ces valeurs sont les vraies valeurs d'un grand pourcentage de Québécois », a-t-il soutenu.

La même semaine, Stephen Harper a annoncé, alors qu'il se trouvait à Victoriaville, que son gouvernement ferait appel d'une récente décision de la Cour fédérale selon laquelle Ottawa ne peut interdire le port du niqab lors des cérémonies d'assermentation pour recevoir la citoyenneté canadienne, comme il le fait depuis 2011.

« Franchement, je pense que la plupart des Canadiens et des Canadiennes trouveraient choquant qu'une personne cache son identité au moment même où elle souhaite se joindre à la famille canadienne », a-t-il lancé aux journalistes en conférence de presse, fort conscient que la question des accommodements raisonnables touche une corde sensible au Québec.

Le Parti conservateur a d'ailleurs lancé depuis une pétition en ligne invitant les Canadiens à appuyer la décision du gouvernement. « Au Canada, les femmes sont des membres de la société à part entière. Y compris quand elles prêtent serment pour devenir des citoyennes canadiennes. Signez si vous êtes d'accord », peut-on lire sur le site internet du parti.

Aux Communes, la semaine dernière, les élus conservateurs du Québec ont entonné le même discours. Même le ministre de l'Immigration, Chris Alexander, a dénoncé, en français, le port du niqab durant des cérémonies officielles.

« Ces pratiques n'ont pas leur place dans nos cérémonies de citoyenneté où nous insistons pour confirmer l'identité de nos nouveaux citoyens, ainsi que leur engagement à respecter nos lois, notre souveraineté, nos valeurs et nos traditions. »

Dans ce dossier, les conservateurs ont aussi tendu un piège à Justin Trudeau. Et il a mordu à l'hameçon en disant que Stephen Harper n'a pas soumis de bons arguments pour en appeler de la décision de la Cour fédérale. Depuis lors, M. Trudeau se fait narguer par le ministre Alexander sur les médias sociaux.

« Nous croyons qu'une grande proportion de Québécois et de Québécoises sont d'accord avec notre gouvernement concernant l'allégement du fardeau fiscal, la baisse des taxes et des impôts, des avantages directs aux familles et la lutte contre la criminalité et le terrorisme, plutôt qu'avec un parti [le NPD] qui veut hausser les taxes et les impôts, qui apporte des avantages à des bureaucraties et des syndicats et qui ne prend pas au sérieux la lutte contre les terroristes, les djihadistes et les criminels », a aussi affirmé Stephen Harper aux Communes la semaine dernière.

Gauchistes. Syndicalistes. Djihadistes. Voilà des vocables qu'on entendra souvent durant la prochaine campagne au Québec.

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