Des femmes font part de leurs difficultés en tant que politiciennes

Joanne Bernard... (Photo Andrew Vaughan, archives La Presse Canadienne)

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Joanne Bernard

Photo Andrew Vaughan, archives La Presse Canadienne

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Michael MacDonald
La Presse Canadienne

Joanne Bernard se souvient du choc qu'elle a éprouvé lorsqu'elle a quitté le secteur à but non lucratif pour travailler en politique provinciale. Elle dit être devenue à ce moment la cible de critiques acerbes en ligne, certains s'attaquant à son poids, d'autres à son orientation sexuelle.

Mme Bernard affirme avoir rapidement appris qu'elle n'était pas la seule politicienne canadienne à subir ce sort, citant les cas de Kathleen Wynne en Ontario, de Rachel Notley en Alberta et de Christy Clark en Colombie-Britannique.

«Ce n'est pas quelque chose pour laquelle les femmes sont préparées», a confié Mme Bernard, qui était ministre des Services communautaires en Nouvelle-Écosse avant d'être défaite aux dernières élections générales du mois de mai.

«La plupart d'entre nous avons différents parcours de vie, où ça ne fait pas partie de notre réalité. C'est lorsque j'ai été élue que je suis devenue une cible», a-t-elle ajouté.

Cathy Bennett a démissionné de son poste de ministre des Finances à Terre-Neuve-et-Labrador, lundi, évoquant des raisons personnelles. Bien qu'elle n'ait pas donné de détails sur son départ, il y a seulement six mois, elle avait convoqué des journalistes femmes pour leur faire part des «abus infâmes et sexuellement explicites» dont elle avait fait l'objet sur la toile.

Mme Bennett avait cité plusieurs courriels dans lesquels on la traitait de «monstre» et de «sorcière». L'auteur d'un message lui souhaitait même «de s'étouffer dans son déjeuner» et de «faire une faveur au monde en se tuant».

Joanne Bernard dit avoir parlé à Mme Bennett de cyberintimidation le mois dernier, lorsque les deux femmes ont participé à une entrevue sur le sujet. «Elle (Mme Bennett) a affronté plusieurs attaques personnelles horribles», a-t-elle dit.

Cathy Bennett n'a pas répondu aux demandes d'entrevue, mardi.

Malgré toutes les avancées des femmes en politique au Canada, les politiciennes subissent les contrecoups de ces progrès sur les réseaux sociaux, selon Mme Bernard.

En novembre dernier, deux femmes avaient abandonné la course à la direction du Parti progressiste-conservateur en Alberta et la députée de Calgary Sandra Jansen dit avoir subi de l'intimidation en ligne pendant sa campagne.

«S'il vous plaît, opposez-vous (à l'intimidation). Ne l'ignorez pas. Ne regardez pas ailleurs. Parce que nos filles nous regardent», avait-elle déclaré à l'Assemblée législative lorsqu'elle avait quitté son parti pour se joindre au Nouveau Parti démocratique. Elle avait été ovationnée par tous les députés de la chambre.

Toujours en Alberta, en 2015, la ministre de l'Énergie Marg McCuaig-Boyd disait faire l'objet de menaces et de cyberintimidation après avoir présenté un plan pour changer les règles de santé et de sécurité dans les fermes. En essuyant ses larmes, elle avait même affirmé qu'elle s'était inquiétée de retourner chez elle.

L'année suivante, le chef de l'opposition albertain Brian Jean avait dû s'excuser pour avoir fait une blague à l'idée de «battre» la première ministre néo-démocrate Rachel Notley.

De son côté, la première ministre ontarienne Kathleen Wynne a été bombardée d'insultes homophobes sur les médias sociaux. Quant à l'ex-première ministre de la Colombie-Britannique, Christy Clark, elle s'était fait demander par un animateur de radio comment elle se sentait à l'idée d'être une «MILF» - faisant référence à un terme anglophone décrivant une femme attirante sexuellement.

À Halifax, la politicienne Lenore Zann, s'est souvenu de sa propre expérience d'intimidation, en 2013, lorsqu'un internaute avait publié une photo d'elle les seins nus. Mme Zann, une députée de la région de Truro, avait porté plainte.

L'ancienne actrice et productrice dit avoir été harcelée sur Twitter pendant deux semaines par un jeune homme qui avait publié une photo d'elle, qui était apparue les seins nus dans la série «The L Word».

L'internaute avait refusé de retirer la photo et d'autres renchérissaient en partageant l'image et en y ajoutant des insultes vulgaires.

«Beaucoup de femmes voient ce qui arrive et se disent: »Je ne veux pas aller en politique«», a témoigné Mme Zann.

La politicienne, qui a plus tard retiré sa plainte, dit être restée loin de Twitter pendant un an. «Je ne voulais pas subir ce genre d'intimidation et de harcèlement sexuel.»

MMes Zann et Bernard estiment qu'il faut s'attaquer à l'anonymat des internautes.

«Quand ils mettent cette cape (d'anonymat), ils se sentent invisibles», a souligné Mme Zann.




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