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«Le gouvernement ne paie pas ses comptes», se plaint Hexagone

Les comptes impayés par les corps publics pour... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les comptes impayés par les corps publics pour des travaux réalisés par Hexagone totaliseraient 68 millions.

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La fragilité financière du Groupe Hexagone, dont les actifs ont été mis en vente, s'expliquerait en partie par le manque d'empressement du gouvernement, des organismes publics et des municipalités à payer leur dû à l'entreprise. Au total, Hexagone est aux prises avec au moins 68 millions de comptes impayés, a appris La Presse.

L'image d'Hexagone, entachée par les scandales et les enquêtes concernant l'ancien propriétaire Tony Accurso, de même que les controverses entourant celui qui a pris la relève à titre de PDG d'Hexagone, le libéral Joël Gauthier, favoriserait un certain «relâchement» des corps publics. C'est du moins ce que croit le président du conseil d'administration d'Hexagone, Mario Bertrand.

«Le gouvernement ne paie pas ses comptes. On envoie des factures, des lettres, mais il ne répond pas. On est coincés parce que dans le contexte politique, avec la commission Charbonneau, on ne peut pas faire de lobbyisme pour ça», a-t-il expliqué à La Presse, la semaine dernière.

Selon M. Bertrand, Hexagone fait face à des comptes clients totalisant 68 millions. Trois sources bien au fait du dossier estiment que le problème pourrait même avoisiner les 100 millions.

«Hexagone a failli frapper un mur en juin», raconte une de ces personnes, qui ne souhaite pas être nomée. «Le problème, ce sont les retenues. Le gouvernement et les villes prennent plus de temps pour payer, et ça paraît bien politiquement», ajoute-t-elle.

Mauvais payeur ou nouvelle vigilance?

À lui seul, le ministère des Transports (MTQ) doit

39 millions à l'entreprise. Mario Bertrand est formel: il s'agit de factures correspondant à des travaux complètement terminés.

De son côté, le MTQ refuse de se prononcer sur le dossier d'Hexagone, étant donné qu'il y a «un processus judiciaire en cours». On se borne à donner des explications techniques pour justifier les délais: litige, travaux à corriger ou sous-traitants non payés par l'entrepreneur, par exemple. Ainsi, on laisse planer l'idée selon laquelle le Ministère retient des paiements pour une ou l'autre de ces raisons.

À la Ville de Montréal, les sommes dues à Hexagone s'élèvent à 12 millions. Le porte-parole Philippe Sabourin a indiqué, après des «vérifications sommaires», que 7 des 12 millions sont des sommes retenues pour trois raisons: montant garantissant les travaux pendant une année (clause habituelle), déficiences constatées sur le chantier pour 1 million et des extras nécessitant des négociations.

«On n'est pas un mauvais payeur. Quand tout est OK, le paiement se fait en

30 jours», a affirmé M. Sabourin. «Montréal fait la démonstration qu'elle gère avec efficience les deniers publics en faisant des vérifications», a-t-il ajouté.

En plus du MTQ et de la Ville de Montréal, d'autres corps publics, dont l'Agence métropolitaine de transport (AMT) et la Ville de Laval, tarderaient également à payer leurs comptes à Hexagone. À Laval, on note que les délais s'expliquent notamment par les nouvelles règles de paiement pour les extras, qui font en sorte qu'il n'y a plus de versement en cours de travaux. «Il est vrai que cela peut avoir un impact sur les liquidités des fournisseurs», a reconnu la porte-parole de la Ville, Nadine Lussier.

Mario Bertrand se désole que les extras soient devenus un symbole de mauvaise gestion des chantiers. «La construction, c'est une business qui fonctionne dans l'imprécision. C'est ce qui entraîne des extras», a indiqué Mario Bertrand. Selon ce dernier, il ne faut pas confondre les extras légitimes avec les «faux extras» dont il a été question lors des audiences de la commission Charbonneau.

Nécessaire loi sur l'intégrité

La situation découlant des comptes impayés s'ajoute à la sous-capitalisation dont souffre Hexagone. Devant ses multiples difficultés financières, l'entreprise cherche de nouveaux investisseurs, qui ne se bousculent pas au portillon. Par contre, plusieurs entreprises étrangères (Dragados, Fayolle, Aecon et Vinci) souhaiteraient mettre la main sur différents actifs d'Hexagone, comme la division des grands travaux ou le secteur des infrastructures locales (routes, trottoirs, égouts, par exemple). Des revues diligentes sont en cours et doivent se terminer d'ici la fin de l'été.

Lorsque le Groupe Hexagone a été créé, au printemps 2013, à partir de la moitié de l'empire Accurso, le carnet de commandes était bien rempli. Mais l'obligation, dorénavant, pour les entreprises d'obtenir une autorisation de l'Autorité des marchés financiers (AMF) afin de contracter avec les organismes publics a eu un effet désastreux pour Hexagone. Mario Bertrand fait le constat que Hexagone a perdu

150 millions de projets parce que la certification de l'AMF ne lui a été accordée que huit mois après sa création.

M. Bertrand souligne également que la Loi sur l'intégrité en matière de contrats publics soulève une certaine inquiétude du côté des entreprises étrangères pressenties pour le rachat d'Hexagone. Malgré tout, il maintient que le gouvernement du Québec a eu raison de resserrer la vis. «Il était temps qu'on agisse!», lance-t-il.

Exemple de travaux impayés

MTQ

  • Pont Monseigneur-Langlois (1,9 million)
  • Échangeur à la jonction des autoroutes 640 et 15 (1,9 million)
  • Pont de l'île Thomas (6,2 millions)

Ville de Montréal

  • Pont CP/Décarie: 1,7 million




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