Services fournis par Ottawa: les francophones attendent davantage

Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge.... (Photo Sean Kilpatrick, La Presse canadienne)

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Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge.

Photo Sean Kilpatrick, La Presse canadienne

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Mylène Crête
La Presse Canadienne
Ottawa

Les francophones doivent attendre plus longtemps que les anglophones pour obtenir des services en français du gouvernement fédéral, selon le commissaire aux langues officielles.

Raymond Théberge, qui est en poste depuis janvier seulement, a déposé son premier rapport annuel mardi. Le mandat de sa prédécesseure, qui a occupé l'intérim, avait été prolongé vu la lenteur du gouvernement à nommer un nouveau commissaire.

«Les services en personne ne sont pas toujours à la hauteur», a-t-il constaté lors d'une conférence de presse où le ton était évasif.

Des 894 plaintes recevables, plus de la moitié concernent les communications et la prestation de services du gouvernement fédéral. Le nombre de plaintes est en baisse de 12 pour cent. Elles avaient été exceptionnellement élevées l'année précédente, selon le commissariat.

Le commissaire a fait appel à une agence externe pour tester les services de dix institutions fédérales en personne, au téléphone et en ligne.

Il constate que «le droit de communiquer avec les institutions fédérales et d'en recevoir les services dans la langue officielle de son choix constitue toujours un problème majeur».

Par exemple, deux fois sur trois, les voyageurs francophones dans les aéroports se font répondre en anglais même si les employés de l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien les accueillent avec la formule consacrée «Hello, bonjour» dans 70 pour cent des cas.

«Ce qui est important, c'est de s'assurer qu'on éduque et qu'on informe les autorités aéroportuaires de leurs obligations et comment elles doivent les respecter», a affirmé M. Théberge.

Les communications en ligne sont également déficientes. Le commissaire a constaté que les réponses en français par courriel ou à un formulaire web étaient plus lentes.

À ce chapitre, l'Agence des services frontaliers et le ministère des Ressources naturelles étaient les deux entités qui performaient le moins bien.

«Ce n'est pas normal et c'est déplorable, a commenté la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly. En matière de langues officielles, on peut toujours faire mieux et maintenant, on a un plan d'action qui donne davantage de ressources pour aborder cette question-là.»

Le commissaire a d'ailleurs l'intention de surveiller la mise en oeuvre du Plan d'action sur les langues officielles, qui prévoit 500 millions supplémentaires sur cinq ans.

Un rapport trop timide ?

«On a un rapport de transition, c'est clair et net, mais le prochain rapport devra être solide et, entre autres, sur le dossier de Netflix, ça va prendre un poing très fort sur la table», a mis en garde le député néo-démocrate François Choquette, tout en voulant donner la chance au coureur.

Quatre plaintes concernant l'entente du gouvernement avec Netflix, dont une soumise par le NPD en novembre, font toujours l'objet d'une enquête. M. Théberge n'a pas voulu indiquer s'il avait pu obtenir l'entente secrète signée par le gouvernement avec le géant du web.

Son rapport est constitué d'une série de vignettes sur toutes sortes de sujets différents sans recommandations retentissantes.

M. Théberge émet seulement deux recommandations de nature purement administrative au gouvernement, dont celle de faire un examen des outils d'évaluation des institutions fédérales en matière de langues officielles.

«Qu'il commence de façon tiède, je pense que c'est à nous, les communautés, de nous assurer qu'il commence à bouillonner un peu», a affirmé le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Jean Johnson.

«Je suis prêt à lui donner une marge pour l'instant parce qu'il entre en poste, mais c'est sûr que nous, on a de très grandes ambitions pour la modernisation de la loi», a-t-il ajouté.

M. Théberge signale dans son rapport le besoin de réviser la Loi sur les langues officielles, qui aura 50 ans en 2019. Un tel exercice n'a pas été effectué depuis 1988.

Le gouvernement devrait profiter de l'exercice pour lui accorder plus de pouvoirs, selon les conservateurs.

«Si le commissaire avait des pouvoirs coercitifs ou s'il y avait un tribunal administratif pour les langues officielles, il pourrait dire aux ministères vous devez absolument changer vos pratiques (pour respecter la Loi sur les langues officielles)», a expliqué le député Alupa Clarke.

Le chef intérimaire du Bloc québécois, Mario Beaulieu, invite le gouvernement à cesser de «saupoudrer des services en français dans l'ensemble du Canada» et de faire du français la langue commune là où «il y a une masse critique de francophones» pour contrer l'assimilation.




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