Les militaires tenus à l'écart de La Meute

S'impliquer auprès de La Meute serait incompatible avec... (Photo Alice Chiche, archives Agence France-Presse)

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S'impliquer auprès de La Meute serait incompatible avec l'énoncé d'éthique des Forces armées, se sont fait dire des militaires.

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(Québec) Plusieurs membres des Forces armées canadiennes affirment avoir reçu comme consigne dans les derniers mois de se tenir loin de La Meute, selon des sources de La Presse et selon un cofondateur du groupe identitaire, lui-même un ancien soldat qui a servi en ex-Yougoslavie.

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S'impliquer auprès de La Meute serait incompatible avec l'énoncé d'éthique des Forces armées, se sont fait dire des militaires.

Photo Renaud Philippe, archives Reuters

S'impliquer auprès de La Meute serait incompatible avec l'énoncé d'éthique des Forces armées, se sont fait dire des militaires. Malgré tout, au moins une dizaine de soldats sont actuellement membres du groupe Facebook public de La Meute.

« Ils ont clairement interdit aux militaires actifs de faire partie de La Meute. Des ordres ont été passés, assure Patrick Beaudry, cofondateur du groupe. Ils ont fait ça sans savoir ce qu'était La Meute. Ils se sont fiés à des racontars, qui ont décidé que La Meute était raciste et violente. On me l'a rapporté clairement, parce que j'ai plusieurs amis et parents encore dans les Forces. »

M. Beaudry est l'un des trois fondateurs de La Meute. L'ancien militaire explique avoir servi en ex-Yougoslavie dans les années 90, puis avoir été parachutiste membre des forces spéciales avant de prendre sa retraite. Il a ensuite rempli un contrat civil en Afghanistan en 2011, avant de fonder le groupe opposé à l'islam radical en 2015 aux côtés d'un autre ex-militaire, Éric Venne.

Dans les derniers mois, il a entendu parler de la bouche de plusieurs militaires d'un « boycott » de La Meute. Ceux-ci auraient été prévenus par des supérieurs de ne pas s'impliquer dans le groupe. 

Des militaires confirment l'information sous le couvert de l'anonymat.

Les Forces armées canadiennes n'ont pas voulu confirmer ou nier l'information. Une porte-parole a dit ne pas trouver trace « d'un ordre clair et précis » à cet effet. La capitaine Kimberly Lemaire a toutefois tenu à rappeler que les militaires canadiens « doivent s'abstenir de critiquer publiquement le gouvernement du Canada ».

« Les attitudes racistes sont tout à fait contraires à l'éthique militaire et nuisent à l'efficacité du service militaire ; par conséquent, tout comportement qui traduit de telles attitudes ne sera pas toléré, explique Mme Lemaire. Les comportements racistes sont donc interdits et entraîneront des mesures administratives, disciplinaires, ou les deux, pouvant même inclure la libération des Forces armées canadiennes. »

Difficilement compatible

Malgré tout, une recherche de La Presse parmi les membres du groupe Facebook de La Meute a permis de trouver une dizaine de personnes qui disent travailler pour les Forces armées canadiennes.

M. Beaudry affirme ne pas savoir si certains membres actuels sont des militaires actifs. « Ça, c'est comme l'origine ethnique ou l'orientation sexuelle : on ne s'en occupe pas », dit-il.

Il admet toutefois que le groupe a certains liens avec le monde militaire. Deux de ses fondateurs sont allés en Afghanistan - Éric Venne a servi là-bas.

M. Beaudry admet que ce passage en Afghanistan, où il a travaillé selon lui pour une entreprise de logistique, a pu teinter sa vision de l'islam. « Est-ce que ç'a influencé ? J'imagine que oui. Moi, je vivais parmi les Afghans, je mangeais avec les Afghans. J'ai vu des Afghans tuer des Afghans là-bas », dit-il.

«J'ai vu que les gens les plus atteints par les islamistes et l'islam politique, ce sont avant tout les musulmans eux-mêmes.»

Patrick Beaudry
cofondateur de La Meute

Mais La Meute, au début presque entièrement préoccupée par une supposée « montée de l'islam radical » au Québec, s'est graduellement intéressée aux questions plus larges de l'immigration. Sa manifestation du 20 août à Québec était en réponse à l'arrivée d'immigrants d'origine haïtienne aux frontières. Plusieurs pancartes contre le gouvernement Trudeau ont été brandies.

Selon un spécialiste de l'éthique militaire, un membre des Forces armées ne peut tout simplement pas s'impliquer auprès de La Meute. « Les valeurs de La Meute semblent très difficilement compatibles avec l'énoncé d'éthique des Forces canadiennes », note Marc Imbeault, professeur de philosophie au Collège militaire royal du Canada.

« Le premier principe de l'énoncé d'éthique que doit respecter tout militaire consiste à respecter la dignité de toute personne. Ce qui veut dire qu'il faut favoriser la diversité. Donc si un militaire se prononce en faveur de thèses qui font la promotion de l'exclusion, alors il heurte l'énoncé d'éthique, tranche ce membre du Centre d'expertise et de formation sur les intégrismes religieux et la radicalisation. Ça ne cadre pas avec les principes fondamentaux des Forces armées canadiennes. »

Renvoi possible

Les militaires qui ne respectent pas l'énoncé d'éthique s'exposent à de nombreuses sanctions, allant jusqu'au renvoi des Forces armées.

Cet été, cinq militaires ont été sanctionnés pour des prises de position publiques. Ces membres des Proud Boys, un groupe « d'Occidentaux chauvins », s'étaient rendus à une cérémonie micmaque à Halifax visant à dénoncer les atrocités commises contre les Premières Nations. Ils brandissaient le Red Ensign canadien, drapeau apprécié de la droite conservatrice et des monarchistes.

Les militaires ont été réprimandés, ont été placés sous probation, mais n'ont pas été expulsés de l'armée. Ils ont repris leurs fonctions depuis.

Patrick Beaudry se dit en désaccord avec la consigne de l'armée concernant La Meute, mais assure qu'il la comprend.

« Le commandant en chef de l'armée canadienne, c'est le premier ministre, dit le cofondateur du groupe. Moi, si j'étais commandant d'unité et que je voyais mes hommes aller manifester contre ça, alors on entre en conflit assez directement. »

La Presse a envoyé des messages sur Facebook à plusieurs membres de La Meute qui disent travailler pour les Forces armées. Aucun n'a répondu à nos demandes d'entrevue.

- Avec Thomas de Lorimier, La Presse

LE SCANDALE SOMALIEN

En mars 1993, un Somalien de 16 ans est torturé à mort par des militaires canadiens. Une commission d'enquête est mise sur pied par le gouvernement fédéral. C'est elle qui a recommandé de mieux encadrer les membres des Forces armées. « Il y a eu un tournant sur ces questions-là à l'armée canadienne suite à l'affaire de la Somalie. Jusqu'alors, il régnait un flou dans l'armée », explique Marc Imbeault, professeur de philosophie au Collège militaire royal du Canada. « Là, ç'a donné lieu à une commission royale d'enquête qui a fait état de la présence de racisme au sein des Forces armées canadiennes. Ils ont recommandé de prendre des mesures importantes pour éradiquer toute forme de racisme. L'énoncé d'éthique a été mis en place à ce moment », rappelle l'expert.




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