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Une pétition pour retirer à Aung San Suu Kyi sa citoyenneté canadienne honoraire

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi... (Archives, Agence France-Presse)

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La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi

Archives, Agence France-Presse

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
OTTAWA

Le premier ministre Justin Trudeau ne semble pas avoir l'intention de répondre favorablement à une demande de dépouiller la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi de son titre de citoyenne honoraire canadienne.

Une requête en ce sens a notamment été formulée dans une pétition lancée par un homme de Gatineau. Mise en ligne tard lundi soir par Fareed Khan, qui se présente comme un militant des droits de la personne, ladite pétition avait recueilli plus de 7000 signatures, jeudi en début de soirée.

Selon l'instigateur de la démarche, Aung San Suu Kyi ne mérite plus cette distinction à caractère symbolique compte tenu de son refus persistant de dénoncer les exactions commises contre la minorité musulmane rohingya.

Les critiques sur le silence de la conseillère d'État de la République de l'Union du Myanmar (la Birmanie) se font de plus en plus vives depuis la reprise des violences dans l'État de Rakhine, une région de l'ouest du pays.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a indiqué jeudi que 164 000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh depuis le 25 août, lorsque des insurgés rohingyas ont attaqué les forces de l'ordre birmanes. L'armée a riposté avec une opération de «nettoyage».

Dans un entretien téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont un compte rendu a été publié mardi sur Facebook, la dirigeante birmane a prévenu qu'il ne s'agissait là que de la «pointe d'un immense iceberg de désinformation».

Elle a soutenu que cette campagne, qui sert les intérêts de «terroristes», passait notamment par la publication de «fausses photos journalistiques» prises ailleurs dans le monde, selon le résumé de la conversation bilatérale.

L'étoile de la lauréate du prix Nobel de la paix de 1991 a considérablement pâli ces dernières années- surtout depuis qu'elle dirige de facto le gouvernement birman - en raison de son mutisme sur la situation de la minorité apatride des Rohingyas.

Son silence a été déploré par plus d'un récipiendaire de cette distinction internationale, dont le leader spirituel tibétain, le 14e dalaï-lama, et l'archevêque Desmond Tutu, qui s'est battu contre le régime de l'apartheid en Afrique du Sud.

La plus récente en lice à avoir adressé des reproches à Aung San Suu Kyi  a été la jeune Malala, dimanche dernier.

En plus de faire partie du club sélect des lauréats du prix Nobel de la paix, les deux femmes font partie de la courte liste de six dignitaires qui détiennent la citoyenneté honoraire canadienne.

La dirigeante birmane l'a obtenue en 2007, alors qu'elle était toujours assignée à sa résidence de Yangon (Rangoun).

Or, compte tenu de son inaction face à la répression de la minorité rohingya, il faut maintenant la lui retirer, a plaidé Fareed Khan en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

«Quand on lui a offert cet honneur, on a expliqué dans les discours en Chambre qu'elle incarnait les idéaux de démocratie, de liberté, de droits humains et de primauté du droit», a-t-il exposé.

«Il semble qu'elle a totalement abandonné ces idéaux», a fait valoir M. Khan.

La démarche du Gatinois s'inscrit dans la lignée de celle d'un ressortissant indonésien qui avait lancé, il y a environ un an, une pétition demandant qu'on retire à Aung San Suu Kyi son prix Nobel de la paix. Les événements des derniers jours ont donné un second souffle à la pétition, qui avait recueilli plus de 377 000 signatures, jeudi soir.

Le secrétaire du comité Nobel, Olav Njølstad, a toutefois déclaré au cours des dernières heures à l'Agence France-Presse que la chose était impossible puisque «ni le testament d'Alfred Nobel ni les statuts de la Fondation Nobel n'ouvrent la possibilité qu'un prix Nobel (...) soit retiré».

Trudeau semble écarter l'idée

À l'issue de la retraite du caucus libéral, à Kelowna, en Colombie-Britannique, Justin Trudeau a semblé fermer la porte à l'idée de révoquer la citoyenneté canadienne honoraire de la «Dame de Rangoun».

«Nous devons continuer à travailler avec le gouvernement du Myanmar, avec Aung San Suu Kyi, avec tous les acteurs de la région, pour nous assurer que ceux qui sont affectés par ce conflit soient en sécurité, qu'il y ait une désescalade des actions de l'armée », a-t-il dit.

Le premier ministre a par ailleurs signalé qu'il avait fait état de la «profonde préoccupation» du gouvernement canadien concernant la situation de la minorité rohingya lorsqu'il a rencontré la dirigeante birmane à Ottawa en juin dernier.

L'opposition officielle à Ottawa estime que le gouvernement libéral ne «parle pas adéquatement de cette question avec le gouvernement birman et sa dirigeante, Aung San Suu Kyi».

Dans un communiqué publié jeudi, le député conservateur Garnett Genuis a regretté que le premier ministre Trudeau «ne réclame pas publiquement» auprès de la citoyenne honoraire qu'elle fasse tout en son pouvoir pour mettre un terme aux violences dans l'État de Rakhine.

Un enjeu délicat

En coulisses, au gouvernement, on fait valoir qu'il pourrait s'avérer périlleux de remettre en question la citoyenneté honoraire de la dirigeante de facto du gouvernement du Myanmar ou encore de formuler de trop vifs reproches sur son leadership, car l'armée - qui a régné sur le pays pendant des décennies avant de jeter un peu de lest dans la foulée des élections de 2015 - pourrait saisir l'occasion pour plomber la légitimité d'Aung San Suu Kyi et entraver ainsi le laborieux chemin vers la démocratie qui s'est entamé dans la nation de l'Asie du Sud-Est.

Affaires mondiales Canada a néanmoins publié jeudi en fin de journée un deuxième communiqué en l'espace de trois jours seulement afin de réclamer la fin des hostilités. Cette fois, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a lancé cet appel en interpellant la dirigeante birmane.

«Reconnaissant que la conseillère d'État Aung San Suu Kyi et les dirigeants de l'armée ont la responsabilité partagée de diriger la nouvelle démocratie au Myanmar, le Canada rappelle à ces derniers leur devoir de travailler ensemble et d'agir de manière responsable pour faire face à la crise humanitaire actuelle», a-t-elle déclaré.

«La violence doit cesser immédiatement. Les Rohingyas devraient être respectés et reconnus dans le pays. Leur refuser la place qui leur revient au Myanmar ne fait qu'affaiblir la vision démocratique pour laquelle Mme Aung San Suu Kyi s'est battue toute sa vie», a poursuivi Mme Freeland.

«Le Canada veut que le gouvernement démocratiquement élu réussisse. Nous appuierons tous les efforts visant à bâtir une société inclusive, diversifiée et stable au Myanmar. Les Canadiens s'attendent à ce que les droits des Rohingyas - et de tout autre groupe ethnique - soient respectés», a-t-elle ajouté.




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