Lutte à la pauvreté: où se trouvent les enfants les plus à risque?

C'est à Montréal-Nord que l'on trouve la population... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE)

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C'est à Montréal-Nord que l'on trouve la population d'enfants la plus à risque de tout le Québec au chapitre de la pauvreté sociale et économique.

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De toutes les régions du Québec, c'est à Montréal-Nord que l'on trouve la population d'enfants la plus à risque au chapitre de la pauvreté sociale et économique. Une étude qui sera rendue publique ce matin dans le cadre du 5e Symposium de pédiatrie sociale en communauté dresse une carte de la vulnérabilité infantile de tout le Québec. Des 30 quartiers ayant un indice de défavorisation socioéconomique chez les enfants parmi les plus élevés, 16 sont situés à Montréal.

Des zones à risque

C'est à l'initiative de la Fondation du Dr Julien que Tonino Esposito, professeur adjoint à l'École de service social de l'Université de Montréal, et sa collègue de l'Université McGill Catherine Roy ont lancé une recherche afin de savoir où se trouvaient les enfants les plus à risque sur le plan de la pauvreté sociale et économique au Québec. L'objectif était d'aider éventuellement le gouvernement et la Fondation du Dr Julien à établir la liste des quartiers qui pourraient le plus bénéficier de l'implantation de centres de pédiatrie sociale.

Nombre de ménages québécois recevant des prestations d'aide de dernier recours : 307 108, dont 89 238 enfants

Cibler les plus jeunes

En utilisant différentes données gouvernementales, comme le revenu médian des familles, les chercheurs ont mesuré le niveau de défavorisation socioéconomique par territoire de CLSC au Québec. Cette donnée a ensuite été pondérée en fonction de la proportion d'enfants sur chaque territoire. De cette façon, les chercheurs se sont par exemple assurés qu'une communauté isolée présentant une population vulnérable, mais majoritairement âgée, ne figurait pas dans le haut de la liste de vulnérabilité de l'étude. « Car établir un centre de pédiatrie sociale dans ces communautés ne serait pas logique », illustre M. Esposito.

Des informations sur la concentration de services en protection de la jeunesse et sur les retards scolaires et le décrochage ont également été recensées. Les chercheurs ont toutefois déterminé qu'il était impossible de regrouper ces indices pour évaluer la vulnérabilité des enfants. Selon eux, l'indice socioéconomique demeure celui ayant le plus d'impact à ce sujet.

Liste des territoires

Des 30 premières régions où l'on trouve les enfants les plus vulnérables dans la province, plus de la moitié se trouvent à Montréal. Il faut toutefois noter que les communautés autochtones ont été exclues de l'étude, notamment pour des raisons d'accès aux données. « Mais aussi parce que cette réalité est différente. Toutes ces communautés auraient été dans le haut du classement », note M. Mena. Des travaux parallèles sont toutefois en cours sur le sujet.

Rang de défavorisation socioéconomique pondéré par la population d'enfants par territoire de CLSC au Québec

  1. Montréal-Nord
  2. Saint-Michel
  3. Parc Extension
  4. Côte-des-Neiges
  5. Saint-Léonard
  6. Hochelaga-Maisonneuve
  7. Limoilou-Vanier (Québec)
  8. Snowdon
  9. Saint-Laurent
  10. Pointe-Saint-Charles
  11. Saint-Henri
  12. LaSalle
  13. Longueuil-Ouest
  14. Pabok (Chandler)
  15. Saint-Paul
  16. Bordeaux-Cartierville
  17. Centre-de-la-Mauricie (Shawinigan)
  18. Denis-Riverin (Sainte-Anne-des-Monts)
  19. Drummond
  20. Antoine-Labelle
  21. Montréal-Centre-Sud
  22. Murdochville
  23. Des Forestiers (Sainte-Cécile de Magnan)
  24. Matawinie (Chertsey)
  25. Villeray
  26. Rosemont
  27. Maskinongé (Louiseville)
  28. Québec-Basse-Ville
  29. Valleyfield-Beauharnois
  30. Asbestos

Poches de pauvreté

M. Esposito précise qu'il ne faut pas penser que parce que certaines collectivités semblent globalement plus fortunées qu'aucune pauvreté n'y existe. « Prenons par exemple Pierrefonds à Montréal. Cette région est très basse dans les indicateurs de défavorisation socioéconomique. Mais il y a pourtant des aires de diffusion sur ce territoire où la vulnérabilité est parmi les plus élevées de la province », nuance M. Esposito. « On parle de poches de pauvreté, et ça, il y en a vraiment partout dans la province. J'ai été surpris de voir l'éparpillement de la vulnérabilité au Québec. Ça explique pourquoi tant de gens depuis des années nous appellent de partout pour établir des services de pédiatrie sociale », explique le directeur du Transfert des connaissances à la Fondation du Dr Julien, Diego Mena.

Territoires de CLSC présentant les plus faibles indices de défavorisation socioéconomique pondérés par la population d'enfants

  1. Lac-Saint-Louis
  2. Lajemmerais 
  3. Laurentien 
  4. Saint-Bruno-Beloeil-Saint-Hilaire
  5. Les Chutes-de-la-Chaudière 
  6. Vaudreuil-Soulanges
  7. Saint-Constant-La Prairie
  8. Sainte-Rose-de-Laval
  9. Mont-Royal
  10. Loretteville

Concentration d'enfants vulnérables

L'analyse qui sera rendue publique aujourd'hui a aussi voulu raffiner ses données afin de déterminer plus précisément les zones où l'on trouve les plus fortes concentrations d'enfants vulnérables. Les chercheurs ont ciblé des « aires de diffusion », qui regroupent de 400 à 700 personnes. Sur le territoire du quartier Côte-des-Neiges à Montréal, 96,1 % des aires de diffusion sont parmi les plus vulnérables au Québec, soit la proportion la plus élevée de la province. « Sur ces territoires, la présence d'un centre de pédiatrie sociale pourrait être plus intéressante », note M. Esposito.

Proportion d'aires de diffusion figurant dans le premier quintile de défavorisation économique au Québec

  • CLSC Parc-Extension : 96,1 %
  • CLSC Saint-Michel : 82,1 %
  • CLSC Côte-des-Neiges : 70,9 %
  • CLSC Montréal-Nord : 67,6 %
  • CLSC Pabok : 60,6 %
  • CLSC Snowdon : 60 %
  • CLSC Denis-Riverin : 54,2 %

Guider les décisions

La Fondation du Dr Julien a ouvert son premier centre de pédiatrie sociale en communauté en 1997 dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. Depuis, l'initiative a fait des petits. « On reçoit chaque année au moins deux demandes pour établir de nouveaux centres dans différentes régions du Québec », explique M. Mena. En 2015, le gouvernement du Québec a aussi annoncé des investissements afin de desservir 20 000 enfants vulnérables d'ici 2020. Le besoin d'identifier les zones à risques est devenu encore plus pertinent, explique M. Mena. Ce dernier mentionne toutefois que l'étude diffusée aujourd'hui se veut un indicateur parmi d'autres afin de guider les décideurs dans leur volonté d'implanter des centres de pédiatrie sociale au Québec. « D'autres facteurs, comme la complémentarité avec les autres services du territoire et l'engagement clinique, entre autres, doivent être considérés », dit-il.

***

Centres de pédiatrie sociale

Au Québec, 22 centres de pédiatrie sociale en communauté (CPSC) oeuvrent actuellement auprès d'environ 5000 enfants.

Fondation du Dr Julien (sites Hochelaga-Maisonneuve, Côte-des-Neiges et le Garage à musique)

  • CPSC Gatineau-Vieux-Hull
  • CPSC Gatineau-Vieux-Gatineau
  • CPSC Laval-Saint-Paul
  • CPSC Laval-Place Saint-Martin
  • CPSC Brome-Missisquoi
  • CPSC Saint-Hyacinthe
  • CPSC Centre-Sud
  • CPSC Québec
  • CPSC Drummondville
  • CPSC d'Argenteuil
  • CPSC Haut-Richelieu
  • CPSC Whapmagoostui-Kuujjuarapik
  • CPSC Saint-Laurent
  • CPSC Trois-Rivières
  • CPSC Lévis
  • CPSC Lanaudière-Joliette
  • CPSC Lanaudière-Chertsey
  • CPSC Verdun
  • CPSC Haute-Gaspésie
  • CPSC des Appalaches
  • CPSC Saint-Laurent-Chameran




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