La légalisation du cannabis inquiète les Canadiens

Le gouvernement fédéral devrait redoubler de prudence dans... (Ron Ward, archives PC)

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Le gouvernement fédéral devrait redoubler de prudence dans l'élaboration de la législation pour légaliser la marijuana et s'assurer d'être bien préparé dans sa mise en oeuvre, indique un rapport de la Fondation de recherches sur les blessures de la route publié également lundi.

Ron Ward, archives PC

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Vicky Fragasso-Marquis
La Presse Canadienne

Alors que les Canadiens se disent inquiets des effets sur la route de la légalisation de la marijuana, des intervenants de plusieurs milieux soulignent l'importance pour le gouvernement fédéral de mieux se préparer dans la mise en oeuvre de cette politique qui aura des impacts multiples.

Selon un sondage publié lundi matin par l'Association canadienne des automobilistes (CAA), près des deux tiers des Canadiens estiment que leurs routes seront plus dangereuses si la marijuana devient légale au pays comme l'a promis le gouvernement libéral de Justin Trudeau.

« À quelques jours du dévoilement (du rapport) du comité mis en place par les instances fédérales (pour) analyser le dossier de la légalisation de la marijuana, on a réellement une inquiétude parmi les citoyens canadiens », a indiqué Annie Gauthier, porte-parole de CAA Québec.

Ce qui ressort également de ce coup de sonde, c'est que les Canadiens sont préoccupés par le fait qu'il n'existe pas vraiment de balises mises en place pour gérer ce nouvel enjeu, remarque Mme Gauthier.

« Oui, il existe, entre autres au Québec, des agents évaluateurs qui sont formés pour détecter, analyser et conclure qu'une personne aurait conduit avec les facultés affaiblies par la drogue. Par contre, c'est un processus beaucoup plus complexe et long que pour l'alcool et pour l'instant, on n'a pas développé de technologie comme on le fait avec l'alcootest », a-t-elle soutenu.

Le CAA relève aussi une statistique qui lui apparaît importante : 26 pour cent des Canadiens âgés de 18 à 34 ans croient que leurs capacités sur la route sont inchangées et même s'améliorent en consommant de la marijuana. Pourtant, le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies a conclu que l'usage de cette drogue doublait le risque d'accident parce qu'elle altère la conduite.

Le sondage a été réalisé en ligne auprès de 2012 Canadiens. Comme il s'agit d'un échantillon non probabiliste, la marge d'erreur ne s'applique pas.

Pour répondre à ces inquiétudes et à ces perceptions erronées, le gouvernement fédéral devrait redoubler de prudence dans l'élaboration de la législation pour légaliser la marijuana et s'assurer d'être bien préparé dans sa mise en oeuvre, indique un rapport de la Fondation de recherches sur les blessures de la route publié également lundi.

Pour rédiger ce document, l'organisme a interrogé plusieurs dizaines d'intervenants des milieux policiers, de la santé et du transport qui ont répondu à un questionnaire sur ce sujet.

Ceux-ci se sont dits particulièrement inquiets du manque de ressources et de formation pour faire face à cette nouvelle mesure.

« Le financement inadéquat représente l'obstacle le plus important à la mise en oeuvre de la stratégie de sécurité routière visant à prévenir et réduire la conduite sous l'influence de drogues », est-il écrit dans le rapport.

Les organismes concernés devront notamment procéder à l'embauche de nouveau personnel, accroître la formation chez les intervenants et acheter plus de dispositifs de dépistage et investir dans la sensibilisation et la recherche, sans compter qu'il y aura une augmentation des admissions dans les urgences.

« Sans l'appui financier du gouvernement fédéral, il sera impossible pour les organismes d'entreprendre raisonnablement ces tâches sans risquer de nuire à l'exécution d'autres tâches en raison des réaffectations nécessaires », ont remarqué les auteurs.

Il sera aussi important d'élaborer des balises claires qui seront communiquées à tous les intervenants, selon la porte-parole de CAA. « Ça nous prend des balises claires maintenant, rapidement. Est-ce qu'elles devraient être uniformes pour tout le pays ? Peut-être que ce serait plus simple et efficace. Quitte à nous permettre par la suite (...) d'ajuster en cours de route », a précisé Mme Gauthier.

Le rapport souligne aussi l'importance de poursuivre les recherches sur les effets de la marijuana, qui demeurent peu nombreuses par rapport à celles sur les effets de l'alcool, et de faire de la sensibilisation auprès de la population, qui selon le sondage, ne connaît pas assez bien les effets d'une telle substance.

Pour ce faire, le ou les gouvernements devront notamment user de prudence pour ne pas faire la promotion du cannabis, diffuser des messages neutres sur cette substance pour éviter les jugements de valeur et insister sur les effets affaiblissants de la drogue sans faire de parallèle avec l'alcool.

« À l'heure actuelle, des perceptions erronées sont largement répandues au pays en ce qui concerne l'utilisation du cannabis et les dangers qui y sont associés pour la conduite automobile. Il y a lieu d'y remédier résolument et sans tarder en communiquant au public de l'information fiable et pertinente », indique le rapport.

Le gouvernement de Justin Trudeau prévoit présenter sa législation sur la marijuana en 2017.

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