Un haut gradé dénonce la surveillance accrue dans l'armée canadienne

L'un des soldats les plus hauts gradés au Canada a utilisé son dernier discours... (Photo archives Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Lee Berthiaume
La Presse Canadienne
OTTAWA

L'un des soldats les plus hauts gradés au Canada a utilisé son dernier discours en service, vendredi, pour dénoncer la quantité excessive de mécanismes de surveillance dans l'armée canadienne et l'ingérence d'acteurs externes dans la gestion des affaires militaires.

Quelques minutes avant qu'il ne quitte son poste de vice-chef d'état-major de la Défense, le lieutenant-général Guy Thibault a déclaré devant l'assistance que s'il avait une chose qu'il fallait améliorer, c'est bien les directives des dirigeants politiques.

Plutôt que d'imposer de nouvelles mesures de surveillance ou de contrôle dans l'armée, les politiciens devraient dire clairement les résultats qu'ils recherchent tout en fournissant un financement «prévisible et soutenu».

Le ton tranchant du lieutenant-général Thibault, qui a occupé le poste au deuxième rang le plus élevé de l'armée pendant trois ans, a résonné particulièrement alors que la confiance à l'égard de la Défense nationale a atteint des bas-fonds à Ottawa.

La gestion du dossier des avions F-35 a particulièrement affecté la relation entre les militaires et les politiciens canadiens. Ce sujet avait longtemps embêté l'ancien gouvernement conservateur et il pourrait maintenant embarrasser les libéraux.

D'autres enjeux ont envenimé les relations, dont le programme national sur la construction navale qui a suscité plusieurs inquiétudes et l'insistance de l'ancien premier ministre Stephen Harper, qui souhaitait avoir une armée «avec plus de dents et moins de queues».

En plus des nombreuses évaluations effectuées par des tierces parties, dont le directeur parlementaire du budget, plusieurs comités indépendants ont été mis sur pied pour revérifier le travail de l'armée, surtout en ce qui a trait au budget et à l'approvisionnement.

D'autres ministères se sont impliqués davantage dans des dossiers appartenant traditionnellement à l'armée, dont Services publics et Approvisionnement Canada.

Les commentaires de M. Thibault font écho à des critiques formulées par des experts et même des dirigeants de l'armée qui déploraient l'absence d'une stratégie de défense sous l'ancien gouvernement conservateur.

Les conservateurs avaient rédigé ce qu'ils qualifiaient de «première stratégie de défense du Canada» en 2008. Plusieurs experts ont décrit la politique comme une liste d'achats sans réelle vision.

Lorsque la stratégie de défense est devenue inabordable trois ans plus tard - alors que les conservateurs coupaient toujours plus dans le budget de la défense - cela a créé un vide sur le plan des attentes du gouvernement, ce qui pourrait avoir causé les problèmes d'approvisionnement.

Les libéraux révisent actuellement la stratégie de défense du Canada, qui, disent-ils, contribuera à créer la politique de défense la plus complète depuis 20 ans. Elle devrait être présentée au printemps prochain.

Peu de temps après que M. Thibault eut fait ses remarques, son successeur, le vice-amiral Mark Norman a lancé cet avertissement: il prévoit être très rigoureux dans sa gestion.

Il y a trois ans, la Défense nationale avait lancé une démarche pour trouver environ 1,2 milliard $ en surplus qui pourrait être réinvesti dans l'armée. Les progrès sont toutefois venus lentement, ce qui explique la frustration de l'ancien gouvernement conservateur.

M. Norman a dit clairement vendredi qu'il avait l'intention d'appuyer sur l'accélérateur. «Je vous donne un avertissement formel: vous ne ferez pas de quartier avec moi. J'ai l'intention d'éradiquer toute bureaucratie inutile et sans valeur ajoutée», a-t-il déclaré.

Le ministère et l'armée pourraient être plus efficaces, a reconnu Guy Thibault.

«Mais je rejette complètement la notion que nous, l'équipe de défense, ne sommes pas et n'avons pas été de bons intendants des ressources allouées pour nos tâches par le gouvernement», a-t-il tranché.

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