Montréalaise détenue en Iran: l'opposition dénonce l'inaction de Couillard

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Homa Hoodfar

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
QUÉBEC

L'opposition dénonce l'inaction du gouvernement Couillard dans le dossier de Homa Hoodfar, cette professeure de l'Université Concordia qui croupit dans une prison iranienne depuis plus de trois semaines.

Contrairement à ce qu'il a entrepris pour le blogueur Raif Badawi emprisonné en Arabie saoudite, le gouvernement du Québec n'a toujours pas fait de gestes officiels en appui à cette Irano-Canadienne. Homa Hoodfar est née en Iran, mais vit à Montréal depuis 30 ans.

Cette professeure de sociologie s'est envolée vers la République islamique en février pour aller visiter sa famille et faire de la recherche à la bibliothèque parlementaire de Téhéran.

Elle a été arrêtée en mars, s'est fait confisquer son passeport et son ordinateur, puis a été incarcérée le 6 juin à la prison d'Evin, sans avoir accès à un avocat. Cette prison est tristement célèbre: c'est là où la photographe canadienne d'origine iranienne Zahra Kazemi a été enfermée et torturée à mort en 2003.

Selon les renseignements diffusés par la famille de Mme Hoodfar, le procureur de Téhéran a annoncé qu'elle faisait l'objet d'une enquête pour des activités à caractère féministe et d'autres activités qui auraient compromis la sécurité du pays. Des articles suggéreraient même qu'elle aurait tenté de fomenter une «révolution tranquille féministe» en Iran.

La nièce de Mme Hoodfar, Amanda Ghahremani, a affirmé que la famille ignorait si Mme Hoodfar était accusée d'un crime.

L'opposition officielle à Québec qualifie ce dossier de «pathétique». En entrevue avec La Presse canadienne mardi, la porte-parole du Parti québécois en matière de relations internationales, Carole Poirier, a demandé que le gouvernement Couillard cesse de s'en remettre uniquement au fédéral.

Le Québec doit parler directement au gouvernement Trudeau, par l'entremise de sa ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, et de son premier ministre, Philippe Couillard, a exigé Mme Poirier.

«Il faut que Mme St-Pierre parle à son homologue, M. Dion, qu'elle réclame des actions directes posées auprès des autorités iraniennes, a dit la députée d'Hochelaga-Maisonneuve au cours d'un entretien téléphonique. Dans un deuxième temps, il faut que M. Couillard intervienne auprès de M. Trudeau» à leur prochaine rencontre bilatérale, plus tard cet été.

«Il faut des gestes concrets pour libérer cette femme, cela n'a pas de bon sens, il ne faudrait pas attendre d'avoir un dossier comme le précédent (celui de Zahra Kazemi)», a-t-elle déclaré.

Mme Poirier s'inquiète d'ailleurs des conditions de détention de Homa Hoodfar dans l'établissement d'Evin. Québec solidaire se préoccupe aussi du sort de la professeure et fait des démarches auprès des autres partis afin de faire libérer l'Irano-Canadienne.

«Ça peut aller de conditions de détention très, très difficiles jusqu'à des conditions atroces, a commenté le député de Mercier, Amir Khadir, lui-même d'origine iranienne. C'est un trou, Evin. Les conditions sont choisies en vue d'être délibérément terrifiantes pour quiconque les subit. Et si en plus, il y a de la torture, vous vous imaginez? C'est une prison infâme depuis au moins 50 ans.»

La professeure est victime des jeux de pouvoir entre les différentes factions et elle est devenue un «levier de chantage» des conservateurs iraniens pour mettre dans l'embarras le président Hassan Rohani sur la scène internationale, estime M. Khadir.

Celui qui est habituellement prompt à critiquer le gouvernement Couillard se garde cette fois de le dénoncer, parce que la stratégie de la discrétion avait été choisie par la famille jusqu'à maintenant pour faire avancer la cause de Mme Hoodfar, a-t-il expliqué. Cependant, le député solidaire demande maintenant des gestes forts.

«C'est le temps de faire quelque chose que M. Couillard fasse des démarches auprès de M. Trudeau et écrive aux autorités iraniennes», a-t-il dit.

Un porte-parole du ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion affirme que le gouvernement fédéral est engagé activement dans le dossier de Mme Hoodfar et qu'il fait ce qu'il peut pour lui venir en aide. Amnistie internationale avait déjà demandé aux autorités iraniennes de libérer Mme Hoodfar.

À titre de comparaison, le gouvernement Couillard a plaidé régulièrement en faveur de la libération de Raif Badawi, dont la conjointe et les enfants vivent à Sherbrooke. Le blogueur saoudien a été arrêté pour avoir osé critiquer le régime wahhabite le 17 juin 2012, il y a donc maintenant quatre ans. Il a été condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet.

Le Québec lui a délivré un certificat de sélection pour motifs humanitaires, remis dans des circonstances exceptionnelles à une personne en détresse à l'étranger, afin d'accélérer les procédures d'immigration.

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