La Presse en Alberta: «C'était terrifiant»

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Un policier circule dans un quartier en ruine de Fort McMurray.

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(PRÈS DE FORT McMURRAY) Sur l'autoroute 63, la seule à relier Fort McMurray au reste de la province, les traces de la fuite de mardi soir se multiplient à mesure que la ville se rapproche, à mesure que les champs blonds cèdent le pas aux conifères.

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De nombreuses voitures ont été abandonnées en bordure de la route au cours de l’évacuation de Fort McMurray. Les autorités ont fixé à la hâte un ruban jaune sur les véhicules afin d’éviter les accrochages.

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Des réfugiés à Lac La Biche regardent les... (PHOTO NINON PEDNAULT, LA PRESSE) - image 1.1

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Des réfugiés à Lac La Biche regardent les nouvelles.

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Des dizaines et des dizaines de voitures abandonnées en bordure de la route, sur lesquelles un ruban jaune a été fixé à la hâte par les autorités, afin d'éviter les accrochages. D'autres n'ont pu éviter l'accident : une carcasse de motorisé renversé fait face à une camionnette au capot renfoncé, de part et d'autre de la voie.

À quelques kilomètres de la ville désertée, où au moins 1600 maisons ont brûlé, les policiers filtrent les arrivants, ne laissant passer que les services d'urgence.

Au-dessus de leur tête, la ligne d'horizon est complètement occupée par la fumée. Une volute gigantesque s'élève : une nouvelle zone dévorée par les flammes.

La progression de l'incendie de forêt - 85 000 hectares avaient brûlé au moment de publier - bloquait toujours des milliers de personnes dans les camps de travail pétroliers au nord de Fort McMurray, hier. À la radio locale, leur exaspération s'entendait clairement.

Mais les pompiers ne peuvent rien faire, ou presque. « C'était extrêmement intense », a relaté Terran, un pompier autochtone rencontré à la dernière station-service avant Fort McMurray. Avec son collègue Francis, tous deux vêtus de combinaisons de travail jaunes tachées de noir, ils attendent de nouveaux ordres. « Hier, nous avons dû nous-mêmes évacuer devant la force du feu, d'abord vers l'aéroport, puis vers notre centre d'incendie, puis en dehors de la zone. »

Le Québécois Simon Bélanger a réussi pour sa part à quitter l'un de ces camps de travailleurs dans des conditions éprouvantes.

«C'était une question de vie ou de mort. Je pensais que je ne pourrais plus revoir ma femme et mes enfants. C'était terrible.»

Simon Bélanger

Le travailleur de la pétrolière Suncor était pris au piège mercredi dans un camp de travail à 90 km au nord de Fort McMurray, où des centaines de citoyens avaient trouvé refuge. « On avait plus d'eau et de nourriture. C'était l'enfer. Les batailles au camp éclataient, ça n'allait pas bien. On aurait tous pu brûler là. J'ai décidé que je voulais voir ma famille », raconte-t-il, au téléphone, de sa résidence d'Edmonton.

Mercredi après-midi, Simon Bélanger a quitté le camp en catastrophe avec un collègue dans un hélicoptère loué par sa soeur, une dépense de 5000 $, laissant derrière lui collègues et résidants évacués. « On s'est sauvé juste à temps. Il y avait tellement de boucane, il neigeait de la cendre. Aucun avion, aucun hélicoptère ne pouvaient voler, mais le vent a tourné, donc on a eu de la place », explique-t-il, heureux comme « jamais » d'être enfin auprès de ses proches. « Ce coup-là, je pensais que ça y était ! C'était même plus drôle ! » 

Chad Morrison, chargé de la coordination de la lutte contre l'incendie, a affirmé hier à la CBC qu'il s'attendait à ce que les flammes continuent à se propager jusqu'à ce que la pluie s'amène dans la région.

PAS DE « HAVRE DE PAIX »

Dans le petit village de Lac La Biche, à deux heures de route au sud du brasier, le centre sportif a été transformé en foyer d'accueil pour les familles évacuées. Les bénévoles sont omniprésents, des boîtes de dons arrivent en grande quantité.

Sur place, plusieurs réfugiés errent en attendant de recevoir des nouvelles de leur maison, se déliant les jambes sous les grands panneaux de commandite des sociétés pétrolières.

Une distribution en continu de vêtements et de produits hygiéniques permet aux familles sinistrées de retrouver le nécessaire pour leurs besoins immédiats : les vêtements sont étalés un peu comme dans un marché. Des compagnies d'assurances se sont installées dans le bâtiment afin de permettre l'ouverture de dossiers. « Nous sommes pratiquement de la famille », a fait broder l'une des compagnies sur le ventre des oursons de peluche qu'elle distribue.

« On est arrivés ici mercredi après-midi », a expliqué Ricky, qui venait de finir de manger avec sa petite Ella. « On ne sait pas encore si notre maison a brûlé. »

Sur un banc, des exemplaires du Fort McMurray Today d'une ironie tragique : le titre « Havre de paix » surplombe une photo du village d'Anzac, lui-même évacué devant l'avancée des flammes tard mercredi soir. Plusieurs centaines d'évacués s'y étaient réfugiés.

Dave McDonald et sa femme Candy sont visiblement encore ébranlés. « C'était terrifiant, Les policiers cognaient aux portes et il fallait y aller », a relaté l'homme sous sa chemise à carreaux, les yeux rougis.

«On vit à Fort McMurray depuis 42 ans. Avant que ça ne grandisse beaucoup. [...] On n'aurait jamais cru qu'une ville de cette taille puisse être évacuée.»

Dave McDonald

Quelques minutes plus tard, ils s'étaient réunis devant un grand téléviseur. CBC News Network, le RDI anglophone, se faisait menaçant : « Fort McMurray Fire Moves South ». Mais Lac La Biche est loin et devrait s'en tirer.

Dave et Candy n'auront pas à dormir sur la grande patinoire transformée en dortoir cette nuit : un bon Samaritain leur offre le gîte.

Tout le monde n'a pas cette chance. Lise Rouleau, une Montréalaise installée en Alberta depuis un peu plus d'un an, coordonne la recherche de logements pour les familles évacuées.

« On a beaucoup de gens qui offrent des chambres autour de Lac La Biche », a-t-elle eu le temps d'expliquer à La Presse entre deux appels urgents. « On a aussi 300 lits ici, 300 places dans des camps. [...] Remax a aussi parlé à ses clients qui vendent leur maison sans y demeurer afin de les faire ouvrir. »

- Avec Louis-Samuel Perron

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