Droit de décréter les conditions de travail: le SCFP écrit aux maires

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne

De plus en plus inquiet devant les déclarations émanant du gouvernement Couillard, le plus grand syndicat d'employés municipaux au Québec vient d'écrire personnellement aux maires pour leur demander s'ils sont en faveur du droit de décréter les conditions de travail de leurs employés.

Dans cette lettre, dont La Presse Canadienne a obtenu copie, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) demande aux maires et mairesses du Québec de répondre à leurs syndicats locaux d'ici le 1er mars.

Le gouvernement du Québec a déjà exprimé sa volonté de corriger «l'asymétrie» dans le rapport de force entre les municipalités et leurs syndicats, en permettant aux villes de décréter les conditions de travail de leurs employés en cas de négociation infructueuse.

Le projet de loi à cet effet n'a toutefois pas encore été déposé; l'Union des municipalités s'attend à ce qu'il le soit au cours de la session parlementaire qui s'amorce.

Au cours d'une entrevue jeudi, le directeur québécois du SCFP, Marc Ranger, a justifié l'envoi de cette lettre aux maires du Québec en affirmant qu'il voulait que les maires prennent conscience des répercussions que le recours à un tel pouvoir pourrait avoir sur le climat de relations de travail dans le milieu municipal.

«Avec ce qu'on a entendu du premier ministre cette semaine, c'est clair qu'ils s'en vont vers le pouvoir de décréter. Alors, chacun des maires avec lesquels on négocie, on veut qu'ils aient le courage de dire à leurs employés «vous, là, est-ce que c'est ça que vous voulez? Est-ce que vous voulez vraiment, ultimement, faire une croix sur la négociation, faire une croix sur le climat de travail définitivement?'», a résumé M. Ranger.

«Ne vous faites pas complices d'une nouvelle atteinte qui, cette fois, menace définitivement la paix industrielle dans tout le secteur municipal en nous enlevant un droit fondamental, un droit constitutionnel... notre droit d'association», écrit le SCFP dans sa lettre.

Mais la mairesse de Sainte-Julie, Suzanne Roy, qui venait de lire la lettre du SCFP, ne s'est pas laissé impressionner. «Non», elle n'a pas l'intention de répondre au syndicat tel que demandé.

«Les municipalités doivent absolument avoir les outils nécessaires en termes de négociation et de relations de travail. Nous l'avons demandé depuis des décennies. Nous l'avons signé dans le cadre du pacte fiscal et maintenant, on va attendre le projet de loi», a répliqué Mme Roy, qui est également présidente de l'UMQ.

Joint au téléphone, le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, a affirmé avoir besoin de ce pouvoir d'imposer les conditions de travail «en espérant ne pas l'utiliser, mais en disant «regardez, négocions, et si effectivement on est dans les exagérations, nous, on aura recours à ça'; ce sera un juste retour des choses», a conclu le maire de Sherbrooke.

Le maire de Drummondville, Alexandre Cusson, qui venait de recevoir la lettre du SCFP, ne s'est pas laissé impressionner lui non plus. «Non, je ne crois pas devoir répondre au syndicat. Pour moi, ce qui est clair, c'est qu'on est actuellement dans un contexte de négociation qui n'est pas d'égal à égal, puisque les syndiqués ont entre autres le droit de grève, alors que l'employeur ne peut avoir recours à aucun moyen pour faire progresser les négociations», a-t-il dit.

Quant aux affirmations dans la lettre voulant que le fait de recourir à un tel pouvoir «menace définitivement la paix industrielle dans tout le secteur municipal», le maire Cusson y a vu une forme d'«intimidation».

Le maire de Rimouski, Éric Forest, a quant à lui souligné que l'écart de rémunération entre les employés municipaux et leurs équivalents dans le secteur public serait de 39,5%. «C'est une situation qui est anormale» et la corriger «passe par un rééquilibrage du rapport de force en négociation», a-t-il opiné.

«Cet élément-là qui est le pouvoir de décréter, moi je pense que ça va rééquilibrer. Mais ce n'est pas quelque chose qui va être utilisé... Il va falloir démontrer qu'il y a eu une négociation de bonne foi; il y a une instance qui va apprécier cette négociation-là. Et je ne pense pas qu'il va y avoir des élus municipaux qui vont vouloir négocier de mauvaise foi et se faire rebuter sur cette évaluation de la qualité de la négociation», a affirmé le maire de Rimouski.

La mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, a préféré attendre de voir le projet de loi avant de commenter la situation.

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