Décès d'un présumé criminel de guerre nazi résidant au Québec

Vladimir Katriuk... (Photo La Presse Canadienne)

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Vladimir Katriuk

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Peter Rakobowchuk
La Presse Canadienne

Un Québécois d'origine ukrainienne qui était numéro deux sur la liste des criminels de guerre les plus recherchés par le Centre Simon-Wiesenthal vient de mourir, a soutenu jeudi son avocat.

Me Orest Rudzik a indiqué jeudi dans une entrevue téléphonique que Vladimir Katriuk, d'Ormstown, en Montérégie, était décédé - «vendredi dernier, je crois» - à l'âge de 93 ans «d'un accident vasculaire cérébral ou quelque chose de lié», après une longue maladie.

M. Katriuk, qui était arrivé au Canada en 1951, s'était ensuite consacré à l'apiculture. Il avait déjà nié toute implication dans des crimes de guerre.

Un professeur d'histoire suédois soutient toutefois qu'un certain Vladimir Katriuk, Ukrainien, a participé, en 1943, au Massacre de Khatyn, en Biélorussie (NDLR: à ne pas confondre avec Katyń, village russe situé près de Smolensk, où plusieurs milliers de Polonais furent abattus, au printemps 1940). Le 22 mars 1943, les 149 habitants de ce petit village - des civils - sont morts brûlés dans une grange où les Allemands les avaient enfermés, en représailles à une attaque de résistants.

Après l'annonce de sa mort, l'ambassade russe à Ottawa a déclaré qu'il était «malheureusement» impossible, désormais, qu'il soit traduit en justice, et a blâmé Ottawa.

«Malheureusement, le gouvernement canadien a ignoré de nombreux appels des organisations canadiennes juives et les efforts des autorités russes pour assurer que justice soit faite, permettant à Vladimir Katriuk de garder sa citoyenneté canadienne en résidant paisiblement dans ce pays», a déploré dans un courriel le secrétaire de presse Kirill Kalinin.

«Le fait d'utiliser des vides juridiques ou politiques pour éviter de faire le procès ou d'extrader des criminels de guerre nazis est totalement inacceptable», a-t-il poursuivi.

Dans un article publié au printemps 2012 dans la revue internationale Holocaust Genocide Studies, le professeur d'histoire Per Anders Rudling, de l'Université de Lund, en Suède, écrit qu'un homme répondant au nom de Volodymyr Katriuk se tenait à l'extérieur de la grange où les Allemands avaient mis le feu, et qu'il tirait de sa mitrailleuse sur les civils qui tentaient de fuir le brasier. Le professeur Rudling écrit aussi que ce Katriuk a dérobé sur le corps d'une femme sa montre, son bracelet et son arme.

«Selon un témoin, Volodymyr Katriuk a pris une part active dans le massacre - tuant d'une salve de mitrailleuse quiconque tentait d'échapper aux flammes», écrit le professeur d'histoire, qui attribue ces informations aux notes d'interrogatoires menés par les services secrets soviétiques (KGB), des documents dévoilés en 2008.

«Les gens ont beau dire»

Dans une entrevue à La Presse Canadienne, en 2012, M. Katriuk refusait catégoriquement de parler de lui, si ce n'est de sa passion pour les abeilles. Lorsqu'on lui a demandé comment il se sentait après avoir appris qu'il était sur la liste des criminels de guerre les plus recherchés par le Centre Simon-Wiesenthal - il était numéro quatre à l'époque -, il s'est arrêté un instant, puis est revenu à ses abeilles, avant de lancer: «Les gens ont beau dire».

En 1999, la Cour fédérale concluait qu'afin d'obtenir sa citoyenneté canadienne, M. Katriuk avait menti sur son passé de volontaire au sein des forces allemandes. Selon la cour, il avait été membre d'un bataillon ukrainien impliqué dans plusieurs massacres dans ce pays - mais aussi dans le génocide de milliers de Juifs en Biélorussie entre 1941 et 1944.

En 2007, cependant, le gouvernement canadien a renversé, faute de preuves suffisantes, une précédente décision qui dépouillait M. Katriuk de sa citoyenneté.

Il y a quelques semaines, la Russie, en conflit ouvert avec l'Ukraine depuis la crise de Crimée en 2014, demandait au gouvernement canadien sa collaboration afin que Moscou puisse intenter des poursuites criminelles contre M. Katriuk.

Jeudi, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes relançait l'affaire, en demandant au gouvernement canadien de se pencher sur le cas. L'organisme souhaitait aussi que le Canada prenne «les mesures nécessaires» afin de veiller à ce que M. Katriuk, s'il devait être reconnu coupable, «soit tenu responsable des crimes de guerre commis en collaboration avec le régime nazi» pendant la Deuxième Guerre mondiale.

«Alors que nous soutenons la position du Canada concernant l'intégrité de l'Ukraine et la nécessité de s'opposer à toute atteinte à sa souveraineté, nous devons absolument nous assurer que justice soit faite concernant les atrocités perpétrées par les nazis contre les Juifs et beaucoup d'autres au cours de la Seconde Guerre mondiale», a écrit Shimon Koffler Fogel, directeur général du Centre consultatif des relations juives et israéliennes.

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