L'allongement des prestations de compassion: de la poudre aux yeux?

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Le ministre des Finances Joe Oliver

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne

La prolongation des prestations de compassion de l'assurance-emploi, annoncée dans le budget Oliver mardi, n'est que de la poudre aux yeux, selon des organismes de défense des chômeurs, qui affirment qu'un nombre «marginal» de travailleurs y ont accès.

Les critères qui donnent accès à ces prestations de compassion sont si restrictifs que seulement 6102 personnes dans l'ensemble du Canada y ont eu droit en 2012-2013, a rapporté en entrevue, jeudi, Marie-Hélène Arruda, coordonnatrice du Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE), qui regroupe des organismes de défense des chômeurs.

Cette année-là, 9580 demandes avaient été présentées, pour un taux d'admissibilité de 63,7 pour cent, note-t-elle.

Dans son budget, le ministre des Finances, Joe Oliver, a annoncé que ces prestations pour compassion, qui ont une durée de six semaines, passeront à six mois en janvier 2016.

Bien des observateurs ont cru qu'il s'agissait de prestations pour épauler les aidants naturels en général, mais dans les faits, les règles stipulent que le demandeur de ces prestations de compassion doit fournir des soins à un membre de sa famille souffrant d'une maladie grave «qui risque de causer son décès au cours des 26 prochaines semaines».

En plus de cette référence au décès prochain, il faut avoir accumulé 600 heures d'emploi assurable au cours des 52 dernières semaines.

De même, le demandeur doit démontrer que sa rémunération hebdomadaire normale est réduite de plus de 40 pour cent pour avoir droit à ces prestations de compassion.

«À prime abord, c'est une belle annonce qui démontre la compassion du gouvernement. Ça a l'air d'un bonbon qui est donné comme ça, mais si on regarde dans les faits, c'est vraiment une mesure qui ne touchera pas beaucoup de gens», juge Mme Arruda.

Pour se prévaloir de ces prestations de compassion, il faut qu'il y ait un risque de mort. Donc, «pour un parent qui voudrait s'occuper d'un enfant malade, le risque de mort n'est souvent pas là ou dur à établir, alors ce sont celles (les demandes) qui sont le plus souvent refusées», rapporte Mme Arruda.

Elle souligne un autre aspect intéressant. «La moyenne du nombre de semaines de prestations qui est versé est de quatre virgule quelque chose. Avant c'était six semaines et là, ça va être six mois. Mais, dans les faits, les gens utilisaient en moyenne uniquement quatre semaines. Pourquoi? Parce que souvent la personne décédait avant. Il ne s'agit pas d'une mesure pour les aidants naturels en général, mais vraiment pour aider un mourant. Donc les six mois, c'est un petit peu futile, aussi, si les gens utilisaient en moyenne uniquement quatre semaines», commente-t-elle.

Elle ajoute que certains médecins sont réticents à signer un certificat médical attestant qu'une personne va mourir durant les 26 prochaines semaines.

Pour toutes ces raisons, Mme Arruda croit que la mesure annoncée n'est que de la poudre aux yeux.

Elle rappelle qu'à cause des restrictions apportées au programme d'assurance-emploi au fil des ans, seulement 40 pour cent des chômeurs ont maintenant droit aux prestations lorsqu'ils quittent leur emploi.

«Il faudrait vraiment un programme social, une reconnaissance par l'État du travail des aidants naturels. Et il faudrait que ce soit à notre avis à l'extérieur du régime d'assurance-emploi et plus généreux que la mesure actuelle», dit-elle.

Le budget Oliver prévoit que cette prolongation des prestations de compassion coûtera «jusqu'à 37 millions $ par année». Or, selon le rapport du Comité parlementaire sur les soins palliatifs et les autres services d'accompagnement, les soins prodigués à domicile sont assurés en grande partie par les proches aidants et leur valeur est estimée à 25 milliards $ par année.

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