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Caisse de dépôt et transport collectif: «nouvelle gouvernance» à l'horizon pour Québec

Robert Poëti et Denis Coderre... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Robert Poëti et Denis Coderre

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

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(QUÉBEC) Le projet de système léger sur rail (SLR) et celui de train de banlieue dans l'ouest de Montréal illustrent la « nouvelle gouvernance » envisagée par Québec en matière de gestion du transport en commun dans l'île de Montréal, explique le ministre des Transports, Robert Poëti.

Le ministre québécois, de concert avec le maire de Montréal, Denis Coderre, s'entend pour revoir la gouvernance du transport collectif : « On en voit aujourd'hui un exemple, ce sera géré d'une autre façon. » Cependant, la planification au départ incombe toujours au ministère des Transports et aux élus de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

« J'ai dit maintes fois que si on prend les mêmes moyens qu'il y a 20 ans, on aura les mêmes résultats », observe M. Poëti, rappelant les nombreux dépassements de coûts et le non-respect des échéanciers constatés au fil des ans. Il salue l'annonce de la Caisse de dépôt et du gouvernement touchant le développement de projets importants.

Le gouvernement québécois devra garder l'oeil sur le tracé des nouveaux lotissements. Il « faudra faire attention à la collusion, à la corruption, il ne faudrait pas qu'à certains endroits on commence à surévaluer les terrains », prévient le ministre, ancien policier, dans une entrevue accordée à La Presse. L'impact de ces nouveaux circuits sur le développement immobilier sera une source de revenus importante pour la CDPQ, qui s'ajoutera à la redevance sur le prix des passages, observe le ministre québécois.

M. Poëti se souvient avec précision d'un souper pour la Fondation du Musée McCord, en mai 2014. Son voisin de table était Michael Sabia, qui avait longuement expliqué que la Caisse de dépôt pourrait apporter une contribution fructueuse au développement des infrastructures de transport collectif au Québec. Les visées du président Sabia avaient vite été relayées au cabinet de Philippe Couillard. La décision d'aller de l'avant fait son chemin à Québec depuis des mois.

Le partenariat avec la Caisse « vient débloquer la possibilité d'avoir des infrastructures à des coûts que le gouvernement n'aurait pu se permettre ». C'est pourquoi, dans un premier temps, M. Poëti avait indiqué que le transport en commun sur le futur pont Champlain devait se faire par autobus, dans un premier temps, le coût d'un SLR étant prohibitif pour le gouvernement. « Je n'avais pas l'intention de mettre sur la carte de crédit des Québécois une dépense de 2 milliards. Là, cela devient un investissement, un levier économique au lieu d'une dépense », observe-t-il.

L'espace que vient de créer l'entrée en scène de la CDPQ permettra à Québec de choisir une technologie plus moderne, et par conséquent plus coûteuse. La Caisse envisage une participation de 2 milliards sur 5 - la fin des travaux des deux chantiers est prévue pour 2020.

Une fois le projet de loi adopté à l'Assemblée nationale, « l'engagement de la Caisse me paraît très clair. S'ils avaient pensé que les projets d'électrification des transports sur Champlain ou la liaison vers l'ouest n'étaient pas possibles, ils n'en auraient pas parlé à la conférence de presse », observe le ministre Poëti. Pour l'heure, ces deux projets sont « les piliers de l'entente » : pas de tramway pour Québec ou de prolongement du réseau de métro à l'horizon avec cette formule.

Les deux projets avanceront de concert. « D'ici peu, il y aura des gens qui travailleront à la réfection de Turcot, à la construction du train de l'Ouest et au projet de SLR. Imaginez les retombées économiques dont bénéficiera Montréal à court terme », se réjouit-il.

Des experts s'interrogent

«C'est une bonne nouvelle dans la mesure où la Caisse va examiner avec beaucoup d'attention les prévisions de clientèle de certains projets, qui pourraient peut-être se dégonfler.L'autre aspect positif, c'est que les retombées en matière de développement immobilier vont revenir à la Caisse de dépôt plutôt que dans les poches des promoteurs privés.Le changement sera radical pour le financement des projets de transport et risque de reléguer l'Agence métropolitaine de transport à un rôle de second plan, sinon de la faire disparaître complètement.»

- Jacques Roy, Chaire de recherche du Canada en logistique et en transport, professeur titulaire à HEC Montréal

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«C'est une bonne nouvelle, mais cela soulève aussi des questions. Les usagers auront-ils une garantie que les tarifs seront acceptables? Comment ces nouveaux services seront-ils intégrés au réseau de transport collectif? On n'a pas de garantie non plus quant à l'intégration urbaine de ces projets, qui seront élaborés par des planificateurs financiers.Cette façon pourrait devenir un prétexte pour que le gouvernement se retire du développement des transports en commun.»

- Philippe Cousineau-Morin, porte-parole de Transit Alliance pour le financement des transports en commun au Québec

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«Nous sommes à la fois surpris et sceptiques. Le modèle présenté prévoit que la Caisse aura toute discrétion pour l'établissement des tarifs. On ne pourra pas aller au conseil municipal pour les contester. Il n'y aura aucun espace démocratique pour débattre de cette question, et je pense que la population perd toute emprise sur les coûts des services.Nous craignons aussi qu'on privilégie désormais les projets rentables plutôt que les projets socialement utiles. Ça s'inscrit d'ailleurs dans la mouvance du gouvernement actuel.»

- Pierre-Guy Sylvestre, économiste au SCFP, qui compte 7100 membres syndiqués dans les transports publics au Québec

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«Il y a seulement quelques mois, le projet du train de l'Ouest n'était une priorité pour personne, à part quelques élus du West Island. Quant au SLR de la Rive-Sud, le ministre des Transports l'a remis en question dès qu'il est arrivé en poste. On change donc de priorité en fonction des circonstances, et les critères de sélection des projets ne sont pas toujours clairs.L'avantage avec la Caisse de dépôt, c'est que ses critères sont clairs, et on peut imaginer que les priorités ne changeront pas constamment.»

- Paul Lewis, doyen de la faculté d'aménagement de l'Université de Montréal

Propos recueillis par Bruno Bisson

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