Déneiger coûte plus d'un milliard par an au Québec

Les villes québécoises déclarent avoir dépensé 786 millions... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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Les villes québécoises déclarent avoir dépensé 786 millions en 2013 pour enlever la neige de leurs rues, selon les données compilées par le ministère des Affaires municipales.

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Déneiger coûte une fortune au Québec, particulièrement aux villes, qui doivent éponger le gros de la facture. Des données inédites obtenues par La Presse permettent de chiffrer à plus de 1 milliard le coût du déneigement dans la province.

Les villes québécoises déclarent avoir dépensé 786 millions en 2013 pour enlever la neige de leurs rues, selon les données compilées par le ministère des Affaires municipales. «C'est définitivement une grosse dépense», reconnaît Suzanne Roy, présidente de l'Union des municipalités du Québec. Celle-ci souligne que les municipalités sont responsables de l'entretien de la majorité des routes du Québec, soit 133 000 km.

Le ministère des Transports (MTQ) rapporte pour sa part avoir dépensé 260 millions l'an dernier pour déneiger les voies sous sa responsabilité. Celui-ci assure en effet l'entretien de 32 000 km de routes.

C'est dans la région de Montréal que le MTQ dépense le plus en déneigement. Chaque kilomètre de voie rapide lui a coûté 19 700$ sur l'île, l'an dernier. C'est deux fois plus qu'à Laval, où la facture par kilomètre de voie a été légèrement inférieure à 10 000$. La facture est encore plus basse en Montérégie, où le Ministère a déboursé moins de 6400$ par kilomètre. Cet écart s'explique principalement par la difficulté de réaliser de telles opérations dans un tissu urbain serré comme à Montréal, où il est impossible de simplement pousser la neige sur le côté des voies.

Facture salée pour Montréal

Tout comme au MTQ, c'est sans surprise à Montréal que la facture est la plus salée parmi les villes. À elle seule, la métropole a payé 191 millions en 2013, soit le quart de ce que toutes les municipalités ont dépensé. C'est d'ailleurs 32 millions de plus que ce que l'administration Coderre avait prévu à son budget.

Le déneigement coûte cher, mais la Ville ne peut y échapper, période d'austérité ou pas, dit Anie Samson, responsable des services aux citoyens. «C'est un service de base. Avec leurs taxes, les citoyens s'attendent à ce qu'on ramasse leurs déchets, qu'on leur offre des services de sport ou de loisirs, mais, surtout, qu'on déneige les rues.»

Montréal doit entreprendre sous peu la révision de ses pratiques de déneigement, mais, déjà, Anie Samson dit qu'il n'est pas question d'essayer d'abaisser la facture en réduisant le service. Elle refuse par exemple d'emboîter le pas à certaines municipalités qui ont choisi de cesser de déneiger les trottoirs sur un côté de rue pour économiser. «Non, on ne mettra pas la sécurité des citoyens en danger. De plus en plus, les gens circulent à vélo et à pied sur nos trottoirs. On a cette responsabilité qu'ils circulent correctement. La sécurité des citoyens n'a pas de prix.»

Écarts de prix

D'une année à l'autre, la facture pour le déneigement varie énormément. Outre que la quantité de neige varie beaucoup d'un hiver à l'autre, divers facteurs jouent sur le coût. «De plus en plus, on a des hivers avec beaucoup de changements de température. Ce n'est pas juste recevoir 15 cm de neige, on ramasse, et c'est fini: parfois, on commence le matin à -30 °C, mais à midi, il fait 0 °C et l'après-midi il vente et il pleut», illustre Anie Samson.

En 2006, chaque centimètre de neige tombé sur Montréal a par exemple coûté en moyenne 760 000$ à dégager. L'année suivante, la facture tombait à 425 000$ par centimètre. Depuis le début de 2014, chaque centimètre de neige a coûté 665 000$. Évaluer le coût du déneigement au centimètre peut toutefois être hasardeux puisque ce calcul ne tient pas compte des opérations d'épandage d'abrasifs et de fondants qui ont lieu beaucoup plus fréquemment que les déblaiements ou les chargements.

«Les tempêtes n'arrivent pas seulement entre 8h et 16h, alors c'est souvent en heures supplémentaires, ajoute de son côté Suzanne Roy, qui en plus de diriger l'UMQ est mairesse de Sainte-Julie. Un hiver peut être moins dispendieux et le suivant coûter 30 ou 40% de plus. Ç'a un impact important sur nos budgets.»

Les villes ont beau essayer de prévoir des réserves neige pour faire face aux imprévus, Dame nature leur joue souvent des tours. En 2008, par exemple, Montréal avait prévu 132 millions pour assurer son déneigement. Les précipitations records ont fait gonfler la facture de 93 millions, une hausse de 70%. Ce cas est extrême, mais depuis 10 ans, les coûts réels du déneigement ont plus souvent été supérieurs aux budgets prévus qu'inférieurs.

Quant à 2014, l'année s'annonçait moins onéreuse, avec des précipitations de neige inférieures à la moyenne, mais la tempête balayant la province depuis hier promet de faire grimper la note. À la fin octobre, la métropole disait avoir dépensé seulement 88 des 153 millions prévus au budget pour le déneigement.

Que peut-on faire avec 1 milliard de dollars?

  • Acheter le Canadien de Montréal, selon la valeur établie par Forbes.
  • Construire deux amphithéâtres et demi comme celui de Québec.
  • Payer le salaire de tous les policiers, pompiers, cols bleus et professionnels de la Ville de Montréal, soit près des deux tiers des employés de la métropole.
  • Couvrir toutes les dépenses effectuées pendant un an par les villes de Longueuil et Gatineau réunies.
  • Acheter la Place Ville Marie, et il resterait encore un peu plus de 100 millions à dépenser.
  • Cachet offert au groupe de musique ABBA pour effectuer une tournée retrouvailles; les Suédois ont toutefois refusé.

Montréal, capitale du remorquage

À Montréal, qui dit neige dit aussi remorquage. Chaque hiver, près de 30 000 voitures sont remorquées en moyenne pour éviter de nuire au bon déroulement des opérations d'enlèvement de la neige.

C'est dans Ville-Marie que les remorqueuses ont le plus de travail. On y recense en moyenne pas moins de 3500 remorquages par hiver. Les arrondissements du Plateau-Mont-Royal et de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce suivent de près avec respectivement 3350 et 3200 remorquages en moyenne. Ces trois arrondissements centraux représentent à eux seuls plus du tiers des quelque 29 000 remorquages effectués en moyenne chaque hiver.

Montréal espère réduire le nombre de remorquages avec le lancement cette année d'une nouvelle application pour téléphones intelligents qui permet de suivre le déroulement des opérations d'enlèvement de la neige.

ArrondissementRemorquages moyens
Ville-Marie3556
Plateau-Mont-Royal3351
Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce3238
Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension2890
Rosemont-La Petite-Patrie2823
Mercier-Hochelaga-Maisonneuve2288
Ahuntsic-Cartierville1835
LaSalle1489
Sud-Ouest1296
Montréal-Nord1251
Verdun1225
Saint-Léonard992
Saint-Laurent750
Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles650
Données trop faibles ou non disponibles pour les autres arrondissements
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