Réfugiés syriens au Canada: un problème religieux, suggère Amnistie

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La question des réfugiés syriens a provoqué de houleux débats à Ottawa au cours des derniers mois.

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
OTTAWA

Amnistie internationale formule l'hypothèse que des enjeux d'ordre confessionnel pourraient expliquer la timidité du Canada à accueillir un plus grand nombre de réfugiés syriens - des allégations «non fondées», a dénoncé le gouvernement.

Le groupe humanitaire s'est demandé vendredi si le fait que la majorité des citoyens syriens sont de confession musulmane pourrait être à l'origine du faible nombre de Syriens acceptés au pays.

Le Canada a «tous les droits, bien sûr», de procéder à des contrôles de sécurité pour s'assurer que les demandeurs d'asile ne sont pas dangereux, a tenu à préciser Béatrice Vaugrante, directrice générale de la section d'Amnistie internationale au Canada francophone.

«Mais ce que l'on craint, l'hypothèse que l'on met sur la table, c'est dire: «Est-ce que c'est parce que ces groupes de réfugiés surtout très vulnérables sont de confession musulmane, serait-ce la raison pour laquelle le Canada hésite à les accueillir'?», a-t-elle lancé.

Le gouvernement s'était fixé pour objectif d'offrir l'asile à 1300 d'entre eux d'ici la fin de 2014. On a appris jeudi que le Canada en a accueilli 457 jusqu'à présent.

En conférence de presse, Amnistie internationale a déclaré que cela était loin d'être suffisant et suggéré qu'il faudrait accueillir quelque 10 000 de ces réfugiés, soit 5000 par année d'ici 2016.

Car la capacité d'accueil des pays frontaliers de la Syrie - le Liban, la Turquie, la Jordanie, l'Égypte et l'Irak - est dépassée, a prévenu l'organisation.

«La Turquie a accueilli 1,6 million de réfugiés et a dépensé 4,5 milliards de dollars pour eux. Et au Liban, près d'un quart de la population est maintenant syrienne», a illustré Anna Shea, conseillère juridique pour Amnistie internationale.

Le Canada n'est cependant pas le seul mauvais élève: les États-Unis, l'Union européenne et l'Australie, pour ne nommer qu'eux, n'ont pas non plus de quoi être fiers, a signalé le groupe humanitaire.

Ottawa n'a pas voulu spécifier, vendredi, s'il était réaliste de fixer à 5000 la capacité d'accueil du Canada pour les réfugiés syriens d'ici 2016.

«Nous en ferons plus et les détails seront disponibles en temps et lieu», s'est contenté d'écrire dans un courriel Kevin Ménard, l'attaché de presse du ministre fédéral de l'Immigration, Chris Alexander.

Il a déploré au passage les hypothèses soulevées par Amnistie internationale concernant le lien présumé entre la confession musulmane des réfugiés syriens et leur arrivée en faible nombre au Canada.

Ces allégations «non fondées» en «disent long» sur la crédibilité de l'organisation et de ses porte-parole, et «nous n'accorderons aucun poids à de tels commentaires en leur répondant», a déclaré M. Ménard.

La députée néo-démocrate Hélène Laverdière juge pour sa part l'objectif d'accueillir 5000 réfugiés syriens annuellement «réaliste», mais demeure «très préoccupée» en raison de l'incapacité du gouvernement à avoir rempli «ses petits engagements» en 2014.

Elle n'a par ailleurs pas écarté l'hypothèse que les conservateurs puissent s'adonner à une forme de «profilage».

Le gouvernement «aime beaucoup mieux se baser sur des idéologies, souvent des préjugés, que sur des faits réels, donc, c'est possible», a exposé Mme Laverdière.

La question des réfugiés syriens a provoqué de houleux débats à la Chambre des communes au cours des derniers mois.

L'opposition officielle a talonné le gouvernement pour tenter d'obtenir des informations sur le nombre de réfugiés syriens qui ont été accueillis au Canada.

En Chambre, les députés se faisaient invariablement rabrouer par le ministre de l'Immigration, Chris Alexander, lorsqu'ils l'interpellaient.

«Nous avons accueilli 1800 réfugiés syriens dans ce pays. (...) Qu'est-ce que le NPD ne comprend pas dans ces chiffres?», a-t-il lancé aux Communes le 18 novembre dernier

On a assisté à une véritable guerre de chiffres entre les partis dans ce dossier - l'absence de mise en contexte temporelle dans les réponses du gouvernement attisait la confusion.

Excédé, le député néo-démocrate Paul Dewar avait finalement décidé d'acheminer une question écrite en Chambre pour en avoir le coeur net.

Il s'est dit «affolé», jeudi, d'apprendre qu'ils étaient seulement 457 réfugiés syriens à avoir obtenu l'asile au Canada depuis le début de l'année.

«Cela démontre deux choses: premièrement, que le gouvernement ne disait pas la vérité (...) et deuxièmement, que le Canada est à la traîne lorsque vient le temps de faire sa part», a-t-il laissé tomber en point de presse à l'issue de la période des questions.

Une conférence de donateurs sur la crise des réfugiés syriens se tiendra à Genève mardi prochain.

Le secrétaire parlementaire du ministre de l'Immigration, Costas Menegakis, a signalé vendredi que le gouvernement canadien serait représenté à l'événement.

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