Grande Guerre 100 ans plus tard: une société québécoise en mutation

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La place Jacques-Cartier au tournant du siècle dernier, qui accueillait un grand marché.

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En 1914, le Canada français a déjà les pieds dans la modernité. L'exode rural s'est intensifié, de même que l'immigration. La province s'urbanise. L'électricité, le téléphone et le cinéma font partie de la vie quotidienne. Sur le front politique, l'idéologie nationaliste s'affirme. Et le mouvement des suffragettes, militant pour le droit de vote aux femmes, est de plus en plus actif. Portrait de la société québécoise à l'aube de la Première Guerre mondiale.

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Le Ouimetoscope, première salle de cinéma permanente au Canada, située rue Sainte-Catherine.

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Exode rural et urbanisation

À l'aube de la Grande Guerre, la société québécoise est encore majoritairement rurale. Mais cette réalité est sur le point de basculer. Depuis déjà quelques années, Québec et Montréal accueillent un nombre grandissant de travailleurs venus des campagnes en quête d'une meilleure qualité de vie. Avec ses activités portuaires, son chemin de fer et sa grande vitalité économique, Montréal est vu par beaucoup comme un eldorado. Le mouvement est irréversible. Entre 1911 et 1941, la population montréalaise passera de 460 000 à 903 000 personnes. L'apport de l'immigration n'est toutefois pas à négliger. La communauté juive, notamment, passe de 7000 à 60 000 personnes entre 1901 et 1931, alors que la communauté italienne voit sa population bondir de 2000 à 13 000 personnes entre 1899 et 1914. C'est le nouveau visage du Québec qui se dessine.

Nationalisme canadien

En 1914, le Canada est encore fortement assujetti à l'Empire britannique. Mais certains nationalistes, tel Henri Bourassa, remettent en question ce schéma politique. En plus de défendre les intérêts des Canadiens français dans la confédération, cet ancien député libéral devenu indépendant souhaite que le Canada ne soit pas impliqué dans les guerres de l'Empire, comme en Afrique du Sud. Ses idées rejoignent un nombre grandissant de Québécois, qui ont accumulé des frustrations à l'égard de la métropole et du gouvernement fédéral. Avec l'éclatement de la Première Guerre mondiale, cette résistance va s'accentuer dramatiquement. L'abcès crève pour de bon en 1917, avec la crise de la conscription, qui révèle l'ampleur du clivage entre le Canada anglais et le Canada français. Loin de s'éteindre après le conflit, le flambeau du nationalisme catholique canadien-français sera repris d'autres intellectuels, dont l'abbé Lionel Groulx.

Prospérité, libéralisme, capitalisme

Le Québec de 1914 est «dans une grande période de prospérité économique», souligne Yvan Lamonde, auteur de L'Histoire des idées au Québec. «Le libéralisme économique est à son apogée. C'est une belle période du capitalisme sauvage.»

Les villes moyennes se développent grâce au chemin de fer ou à l'industrie des pâtes et papiers. Des entreprises comme Redpath, dans le secteur du sucre, ou Montreal Light, Heat and Power, dans celui de l'électricité, en mènent large avec la création de trusts qui seront décriés quelques années plus tard.

«C'est la politique du laisser-faire au maximum qui sera encouragée par l'industrie de guerre», souligne Yvan Lamonde.

Dans ce monde de plus en plus urbanisé, la production de masse se développe. Les grands magasins poussent comme des champignons. Le secteur des services se développe avec l'essor de compagnies d'assurances ou d'entreprises comme Bell Canada, qui emploient en outre un nombre grandissant de femmes. La table est mise pour le Québec d'après-guerre.

Pour le suffrage féminin

En 1914, les femmes sont de plus en plus engagées dans la société. Première organisation féministe du Canada français, la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste travaille depuis 1907 à la cause des femmes et des mères québécoises. Chez les anglophones, la Montreal Suffrage Association milite de son côté pour l'obtention du suffrage féminin. Avec la guerre et l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail, le mouvement ira s'accélérant. En 1918, les femmes obtiennent gain de cause aux élections fédérales. En 1919, elles peuvent voter dans sept provinces canadiennes sur dix... mais toujours pas au Québec. Il faudra attendre 1940 pour que la Belle Province accorde le droit de vote aux femmes...

L'éclosion du spectacle

Avec les villes qui grossissent, le secteur du divertissement se développe.

À Montréal et Québec, des salles de spectacle comme le Monument-National et le Capitole deviennent des incontournables pour le circuit théâtral.

L'industrie du cinéma est par ailleurs en plein essor. Ouvert à Montréal en 1906, le Ouimetoscope est la première salle de cinéma permanente au Canada. Mais on assiste bientôt à l'ouverture de salles rivales comme le Nationoscope, Rochonoscope, Beaudetoscope ou Bennetoscope.

La musique n'est pas en reste. Le chanteur Hector Pellerin commence timidement sa carrière alors que la scène folklorique fleurit en milieu urbain grâce à l'apport de musiciens venus de la campagne. Établie à Montréal, la compagnie Berliner domine de son côté le marché du 78 tours et du gramophone au Canada.

À cette époque enfin, la tradition des hommes forts est encore très vivante. Même si Louis Cyr est mort en 1912, les démonstrations de force du Parc Sohmer sont toujours très courues et la vedette de l'heure a pour nom Victor Delamarre.

Enfin, une jeune équipe de hockey, âgée d'à peine cinq ans, remportera bientôt sa première coupe Stanley. Leur joueur vedette est le gardien Georges Vézina. On les appelle les Habitants...

La Grande Guerre en chiffres

65
millions
Nombre de combattants de 30 pays
8,5
millions
Nombre de soldats morts au combat. C'est l'équivalent de 1300 Allemands et 900 Français qui mourraient chaque jour. À ce nombre, il faut ajouter 5 millions de civils tués et 6 millions d'invalides.
40 200
km
Longueur approximative du réseau de tranchées du Front de l'Ouest, depuis les rives de la Manche jusqu'à la Suisse, soit l'équivalent de la circonférence de la Terre.

Le Canada en guerre

Environ 600 000 soldats ont participé à la guerre dans le Corps expéditionnaire canadien. Environ 430 000 se sont rendus en Europe. 61 000 ont péri, 172 000 ont été blessés.

35 000 francophones ont été enrôlés. Environ 25 000 ont participé aux combats. 10% d'entre-eux y ont laissé leur vie, soit 2500 Canadiens-français.

Sources: Jean Martin, historien à la Défense nationale, Musée canadien de la guerre, http://facts.randomhistory.com/world-war-i-facts.html)

«Si l'enfer est aussi abominable que ce que j'ai vu, je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi d'y aller.

»

Lieutenant-colonel Thomas-Louis Tremblay, qui a commandé le 22e bataillon canadien-français



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