Trois mois au bas de l'échelle chez Walmart...

Notre journaliste Hugo Meunier a passé trois mois... (Photo: Ninon Pednault, La Presse)

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Notre journaliste Hugo Meunier a passé trois mois à travailler chez Walmart.

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Hugo Meunier
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La Presse

VOL DE TEMPS!

«On vous demanderait d'aller porter votre manteau au vestiaire AVANT de puncher. Faire le contraire constituerait un vol de temps ET un retard sur la productivité», lance un patron au début du meeting, avant d'entamer le mythique cri de ralliement de la compagnie. Travailler trois mois chez Walmart permet d'en voir de toutes les couleurs. Un cadre qui vous déconseille de frapper à la porte de la CSST en cas de blessures, une collègue qui vous accuse de voler du temps, des clients qui se croient parfois tout permis, sans oublier le travail dur et pénible pour le salaire minimum. Aperçu d'un long séjour dans le ventre de Walmart.

DONNEZ-MOI UN W!

Aujourd'hui, c'est la journée d'orientation, une sorte de Walmart 101. Les échauffements sont cruciaux au début de chaque quart de travail, explique-t-on d'entrée de jeu. D'abord les étirements du cou, puis des poignets, des bras, des jambes. Il y a aussi le cri de ralliement, adopté en 1975 par le fondateur de Walmart, Sam Walton. À notre tour de nous époumoner en choeur, en tapant des mains:

Donnez-moi un W!

Donnez-moi un A!

Donnez-moi un L!

Et ainsi de suite...

Qu'est-ce que ça fait? WALMART!

Je ne vous entends pas! WALMART!

Qui est le numéro un? LE CLIENT!

LE PATRON, C'EST LE CLIENT

Aux murs de la petite salle de formation, des citations célèbres du fondateur Sam Walton: «Il n'y a qu'un patron: le client. Et il peut licencier tout le personnel, depuis le directeur jusqu'à l'employé, tout simplement en allant dépenser son argent ailleurs.» Mais si le client est roi, il est parfois aussi malpoli, exigeant, frustré, ingrat ou même violent, comme si certains étaient trop conscients de leur statut de «patrons». L'associé a du mal à faire un pas sans se faire assaillir de toutes parts. Il sert un client, un autre l'apostrophe. Pendant qu'il se dirige vers l'article demandé par le premier client, le deuxième suit, puis il ramasse deux autres clients en chemin, si bien qu'il finit par traîner un groupe. Avez-vous des pneus? La liqueur en spécial n'est plus là, en avez-vous à l'arrière? Me faites-vous un rabais puisqu'il n'est pas sur la bonne tablette? Où sont les machines à café? Les chiffons J? Le jute pour protéger les arbres? Avez-vous 600$ (!) d'huile à moteur W5/30? Où sont les toilettes? Égalez-vous le prix d'IGA? Travaillez-vous ici? Plusieurs clients vont jusqu'à ouvrir les boîtes pour vérifier la marchandise avant de l'acheter. Un homme transvide même un échantillon de vinaigrette avant d'abandonner la bouteille en plastique entamée sur la tablette. Ces deux clientes dans la cinquantaine ouvrent un sac de craquelins et se mettent à en manger. «Je fais toujours ça, goûter de nouveaux produits. Quand j'aime, j'achète, et quand je n'aime pas, je laisse le sac sur la tablette. T'en veux?», lance-t-elle.

LA CSST? TROP CHER!

«Votre santé et votre sécurité sont notre priorité», répètent les patrons. Pourtant, lors d'une formation, un cadre déconseille aux employés d'aller cogner à la porte de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST). «Venez nous voir, on va vous trouver des tâches légères le temps de récupérer de votre blessure», encourage le formateur. L'ouverture d'un dossier, suivie de l'aide de spécialistes, générerait des coûts de plusieurs milliers de dollars pour l'entreprise, explique-t-on. Une somme retranchée du boni collectif. Le boni: le nerf de la guerre. Le magasin nage dans les profits: le boni est élevé. Le magasin traverse une période de disette... Les blessures et les congés de maladie menacent la productivité, donc le fameux boni. La négligence aussi. Exemple: l'employé oublie de faire mention d'un dégât sur le plancher dans le registre à cet effet, un client glisse et se blesse. Walmart risque de perdre de l'argent au terme d'une poursuite ou d'une plainte à la CSST. Et c'est le boni qui écope alors, répète-t-on comme un mantra. Un cadre annonce que les profits de la veille ont diminué de 20% par rapport à la même journée l'année précédente. On a «seulement» fait 207 000$ de ventes brutes hier. «Ça regarde mal pour le bonus...», dit en soupirant un collègue.

CLIMAT DE PEUR

Un climat de peur est palpable, tant chez les employés que chez les cadres, qui font des courbettes chaque fois qu'une grosse gomme de Toronto ou du district visite la succursale. Certains employés ont si peur de se faire prendre en défaut qu'ils n'hésitent pas à dénoncer tout comportement suspect. Le représentant de La Presse en a fait les frais après avoir commis la faute de boire un lait au chocolat au mauvais moment. «Tu n'as pas le droit d'acheter ça ici! , lance sèchement une jeune collègue aux caisses. Tu n'as pas encore punché, et ça serait du vol de temps.» Inutile de plaider le ridicule de traverser le magasin pour pointer, puis de retraverser la grande surface pour payer l'achat, pour ensuite traverser de nouveau le magasin vers la salle de repos. «C'est la politique, désolée, tranche-t-elle. Je n'aurai pas le choix de te rapporter à un gérant.»

***

Notre journaliste a reçu un total de 4150$ en salaire net pendant ses trois mois à temps complet chez Walmart. Cet argent sera versé aux organismes montréalais Mères au pouvoir et Déclic, qui viennent respectivement en aide aux mères de famille monoparentale à faible revenu et aux jeunes en difficulté.

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