Des aides familiales dans les limbes administratifs

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«J'aurais pu avoir la résidence il y a longtemps. Maintenant, je n'ai plus rien.»

Les yeux tristes, Christine, 44 ans, a toujours du mal à croire qu'elle vit dans l'illégalité au Canada. Arrivée comme aide familiale résidante, elle est sans statut au Canada après avoir confié en 2011 son dossier d'immigration à Shirley Baltazar, propriétaire d'une agence de placement de Montréal.

Mme Baltazar n'est pas une consultante enregistrée au CRCIC et n'a donc plus le droit de traiter des dossiers d'immigration.

Originaire des Philippines, Christine s'exprime dans un anglais hésitant, et ignore tout des règles canadiennes.

«J'ai fait confiance à Shirley, parce qu'elle vient de la même région que moi», explique-t-elle.

Arrivée au Canada en 2008, Christine doit encore travailler six mois pour être admissible à la résidence permanente quand elle va frapper à la porte de Mme Baltazar, en janvier 2011. Elle a besoin d'un nouveau permis de travail. Selon elle, Mme Baltazar lui propose de remplir ces formalités. Elle paie 500$ en liquide, et n'a aucun reçu.

Mais le permis de travail n'arrive jamais. Et pour cause: on n'a jamais reçu son dossier.

«Je ne suis pas au courant de ce genre de problèmes», assure Shirley Baltazar. Dénoncée par des plaintes au CRCIC, Mme Baltazar soutient qu'elle ne remplit plus de documents d'immigration depuis 2010.

Christine est aujourd'hui sans statut.

«Elle a été trahie. La seule raison pour laquelle elle est sans statut, c'est Shirley Baltazar. Elle a pris l'argent pour des démarches qu'elle n'a jamais faites», accuse Evelyn Colugay, présidente de l'organisation des femmes philippines du Québec, PINAY.

«Ce genre de choses pourrait être évité facilement. Mais on n'a aucun moyen de contacter toutes les femmes qui arrivent ici, pour leur dire ce qu'il faut faire ou pas, quels sont leurs droits et leurs responsabilités. Quand elles viennent nous voir, elles ont déjà un pied dans la tombe et il faut presque un miracle pour régler leur situation.»

Sans statut, après avoir payé les services d'un vrai bureau de consultants

Mais il n'y a pas que les faux consultants qui peuvent mettre des immigrantes dans l'embarras.

Ainsi Monica*, 50 ans, a perdu son statut au Canada à la suite d'erreurs commises par un cabinet de consultation en immigration de Montréal.

Quand elle est arrivée au Canada, en 2004, comme aide familiale, Monica avait des rêves: travailler fort, oui, pour devenir résidente permanente, et permettre à son mari et ses enfants de quitter les Philippines.

Huit ans plus tard, c'est un tout autre scénario qui s'est produit.

La tête rentrée dans les épaules, elle est abattue par la tournure des événements.

À son arrivée à Montréal, Monica a 4 ans pour effectuer 24 mois de travail rémunéré. Mais elle change à plusieurs reprises d'employeur, et doit donc renouveler, chaque fois, son permis de travail. À l'échéance de ces quatre années, elle ne cumule pas assez de mois travaillés pour demander la résidence.

En 2008, elle repart donc à zéro. Mais cette fois, elle reste employée par la même famille montréalaise. Son permis de travail expire à l'été 2010. Monica doit le renouveler, mais ce sera la dernière fois, pense-t-elle, puisqu'elle est éligible, peu de temps après, à la résidence permanente.

Elle demande à un cabinet reconnu par les autorités de la représenter dans ses démarches pour obtenir un renouvellement de permis de travail.

C'est là que les problèmes commencent, dit-elle, essuyant ses larmes dans son bonnet.

Elle passe d'abord plusieurs mois sans nouvelles de son nouveau permis. Le cabinet lui répond de ne pas s'inquiéter, et lui recommande d'entamer sa demande de résidence permanente au cours de l'été 2010. À l'automne, on lui conseille de demander un rétablissement de permis de travail.

Pour toutes ces démarches, Monica débourse plus de 2000$.

Ce n'est qu'un an plus tard qu'elle apprend que les autorités n'ont jamais reçu sa demande de renouvellement de permis, et que la demande de rétablissement a été déposée trop tard, dit-elle.

Depuis, Monica est sans statut au Canada. Non admissible à la résidence permanente dans le cadre du PAFR, elle pourrait être expulsée. Elle travaille pourtant encore, de façon déclarée, pour la même famille montréalaise.

La Presse a joint le bureau de consultation en immigration qui s'est occupé du dossier de Monica. Notre interlocuteur a d'abord blâmé le gouvernement et les lenteurs administratives pour expliquer la situation de sa cliente.

À la suite de notre conversation, il a toutefois recontacté Monica et l'AAFQ, qui l'aident dans ses démarches, pour leur offrir son soutien, à condition que son nom n'apparaisse pas dans la presse.

Monica cherche maintenant à retrouver un statut légal. La route est longue, et incertaine, mais l'AAFQ espère que cette aide familiale pourra revoir ses enfants au plus vite et puisse obtenir la résidence permanente.

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