Se procurer des billets de loto, un jeu d'enfant

La campagne «Ici on carte» lancée par Loto-Québec... (Photo: Hugo-Sebastien Aubert, La Presse)

Agrandir

La campagne «Ici on carte» lancée par Loto-Québec ne semble pas porter ses fruits dans tous les dépanneurs.

Photo: Hugo-Sebastien Aubert, La Presse

André Noël

André Noël
La Presse

Deux fois sur cinq, les adolescents de moins de 16 ans peuvent acheter des billets de Loto-Québec dans les dépanneurs du Grand Montréal sans même avoir à présenter une carte d'identité, indique une étude qui vient de paraître. Or, les jeux de loterie sont souvent la première étape menant à des jeux de hasard susceptibles d'entraîner une dépendance, notent les chercheurs.

Depuis l'an 2000, la loi interdit la vente de billets de loterie aux mineurs. Elle oblige les vendeurs à demander une carte d'identité aux jeunes qui semblent avoir moins de 25 ans.

Mais enfreindre la loi n'est pas très risqué. La société Loto-Québec fait des vérifications et suspend des permis seulement lorsqu'elle a la preuve qu'il y a récidive. Depuis 2006, une vingtaine de permis sont suspendus annuellement, sur un total de 8670 points de vente. L'année dernière, il y a eu six suspensions: deux de 15 jours, deux d'un mois et deux d'un an. Loto-Québec n'a pas le pouvoir d'infliger une amende aux contrevenants.

Dans ce contexte, rien d'étonnant à ce que 40% des dépanneurs violent la loi, du moins à Montréal, selon l'étude parue dans le numéro du mois d'août d'International Gambling Studies, revue spécialisée jouissant d'une grande crédibilité.

«Malgré les mesures législatives visant à restreindre l'accessibilité des produits de loterie aux mineurs, les recherches montrent une forte prévalence des jeux de loterie parmi les adolescents», indiquent les auteurs de l'étude, rattachés à l'Université McGill et à l'Université de Sherbrooke.

Un terrain glissant

Les chercheurs ont recruté six adolescents, trois garçons et trois filles, qui avaient en moyenne quinze ans et demi. Chaque jeune a tenté d'acheter un billet de loterie instantanée (un «gratteux») ou une bière ou les deux (la loi interdit aussi la vente de boissons alcoolisées aux mineurs). Ils ont fait près de 500 tentatives d'achat. «Les résultats ont révélé que seulement une proportion modérée de vendeurs (60%) respectaient la loi en vigueur», rapporte l'étude.

«Il est bien établi que les jeux de hasard, longtemps considérés comme une activité d'adulte, sont maintenant pratiqués par une proportion significative de mineurs, soulignent les auteurs. La popularité des billets de loterie et des gratteux est probablement le résultat de leur très grande disponibilité, ainsi que de leur promotion active et de leur soutien par les gouvernements et l'industrie (du jeu).»

Les chercheurs ajoutent que de nombreux adolescents ont des problèmes de jeu compulsif. Des preuves indiquent qu'ils ont, la plupart du temps, commencé par acheter des billets de loterie émis par les gouvernements provinciaux. «Les jeux de loterie peuvent agir comme une passerelle vers d'autres jeux, parce que c'est grâce à la loterie que les jeunes découvrent les propriétés excitantes du jeu. Les gratteux peuvent engendrer la dépendance, car ils ont les caractéristiques propres à développer des problèmes de jeu compulsif», notamment en faisant miroiter des gains rapides.

Publicité très visible

D'autres études montrent que les adolescents constituent une part importante de la clientèle des dépanneurs, souvent situés près des écoles. Une recherche a montré que 77% des adolescents vont dans les dépanneurs au moins une fois par semaine; 73% d'entre eux se disent influencés par les éléments promotionnels qui s'y trouvent. Or, la publicité de Loto-Québec est très visible dans tous les points de vente.

Malgré la loi, 17% des jeunes des écoles secondaires du Québec affirment acheter des billets de loterie instantanée. Loto-Québec se défend de porter une part de responsabilité.

«Nous n'avons aucune tolérance quant à la vente de billets de loterie aux mineurs, déclare Marie-Claude Rivet, porte-parole de la société d'État. Nous prenons cette problématique très au sérieux. Nous avons lancé le programme "Ici, on carte" et nous envoyons nous-mêmes des adolescents dans les points de vente pour nous assurer que la loi est respectée. Dès le premier avertissement, le commerçant est obligé de suivre une formation. Au troisième avertissement, nous suspendons le permis de vente pendant 15 jours; au cinquième avertissement, pendant un an.»

S'il y a eu si peu de suspensions de permis l'année dernière, ajoute Mme Rivet, c'est justement parce que ce programme fonctionne. «Loto-Québec sensibilise activement les commerçants à l'interdiction de vendre des billets aux mineurs», dit-elle. Les auteurs de l'étude restent dubitatif?: «La pratique en cours, qui consiste à faire des vérifications annuelles ou intermittentes, ne suffit pas à elle seule à entraîner une diminution des ventes prohibées», concluent-ils.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer