Niqab: le cégep Saint-Laurent avait raison

La Presse a révélé que le cégep Saint-Laurent... (Photo: François Roy, La Presse)

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La Presse a révélé que le cégep Saint-Laurent avait, avec le feu vert de Québec, expulsé une élève qui refusait de retirer son niqab en classe.

Photo: François Roy, La Presse

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Louise Leduc
La Presse

Professeurs de droit et de philosophie, auteurs et présidents d'association de toutes sortes interrogés par les médias étaient tous d'accord: le cégep Saint-Laurent a bien agi en expulsant de son cours une femme qui tenait mordicus à garder son niqab en classe, comme l'a relaté La Presse mardi.

«Il n'y a pas de compromis possible avec des personnes qui ont des attitudes aussi rigides par rapport à leur religion», a déclaré Yolande Geadah, chercheuse indépendante et auteure de Femmes voilées.

Elle signale par ailleurs que la niqab et la burqa indisposent bon nombre de musulmans eux-mêmes, comme en témoigne un incident survenu l'automne dernier à l'Université Al Azhar, au Caire.

Cette université avait émis un décret interdisant aux étudiantes et aux professeures le port du voile intégral dans l'établissement, d'autant plus qu'hommes et femmes y étudient dans des pavillons séparés.

Peu après, le ministre égyptien de l'Enseignement supérieur avait interdit le port du niqab durant les examens à l'université, selon Reuters, histoire d'empêcher les étudiants de se faire remplacer par d'autres personnes.

En janvier, un tribunal égyptien a cependant invalidé le décret de l'Université Al Azhar.

Au Canada, en octobre, le Congrès musulman canadien a pour sa part exhorté le gouvernement fédéral à bannir le port de la burqa et du niqab dans les lieux publics, au motif que ce symbole de l'islam extrémiste représente un risque pour la sécurité.

«Le niqab n'est pas compatible avec le mode de vie canadien, avec n'importe quel mode de vie, en fait», a déclaré mardi à La Presse Canadienne Sohail Raza, président du Congrès musulman canadien.

Raheel Raza, sa femme, militante pour les droits des musulmanes, rappelle que le Coran ne requiert pas de se couvrir le visage, mais seulement de se vêtir avec modestie.

«Quand nous venons au Canada, nous ne venons pas dans la République islamique du Canada. Nous venons ici parce que nous voulons de la liberté[ThinSpace]; nous voulons la séparation de l'Église et de l'État», a-t-elle fait valoir.

Impossible d'interdire

Pascale Fournier, professeure à la faculté de droit de l'Université d'Ottawa, signale que le Canada ne pourrait pas envisager de promulguer une loi contre la burqa ou contre le niqab comme l'a fait la France (avant de se raviser). C'est que, contrairement à l'Hexagone, la laïcité n'est pas constitutionnalisée au pays.

Cela ne signifie pas, poursuit-elle, qu'on ne peut rien faire. Elle cite deux décisions déterminantes qui pourraient apporter des balises.

La première de ces décisions est déjà connue. L'été dernier, dans un jugement divisé (cinq juges contre quatre), la Cour suprême a déclaré que les huttérites, pour des raisons de sécurité, devaient consentir à avoir leur photo sur leur permis de conduire.

Une autre cause, en Ontario celle-là, se dirige tout droit vers la Cour suprême. Une musulmane allègue avoir été violée par deux membres de sa famille quand elle était jeune. Au tribunal, elle refuse de retirer son niqab. Les deux accusés soutiennent, eux, qu'il est inacceptable d'être attaqué par quelqu'un qu'ils ne peuvent pas voir. L'appel interjeté par la femme, qui avait perdu sur ce point en première instance, est loin d'avoir vidé la question.

Ces deux causes viendront sûrement baliser les choses, croit Pascale Fournier. «Le rapport Bouchard-Taylor était intéressant à plusieurs égards, mais ce n'était pas un document juridique. En dernier ressort, ce sont les tribunaux qui détermineront tout cela.»

Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec, réitère pour sa part la position de son organisme: c'est oui au port de signes religieux - y compris pour les employés de l'État - mais le niqab et la burqa, c'est non.

---- «Au cégep Saint-Laurent, on a bien fait d'essayer de discuter avec l'élève. On a ainsi démontré de la bonne foi, mais on s'est heurté à un refus.»

- Avec La Presse Canadienne

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