Une vision critique des conclusions de Bouchard-Taylor

Djemila Benhabib, journaliste d'origine algérienne.... (Photo: Robert Mailloux, La Presse)

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Djemila Benhabib, journaliste d'origine algérienne.

Photo: Robert Mailloux, La Presse

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Après la fin de la commission Bouchard-Taylor, on a cru la controverse sur les accommodements raisonnables close. Alors que deux causes concernant la polygamie et le port du niqab ramènent la question devant les tribunaux canadiens, un nouveau livre, écrit par une Québécoise d'origine algérienne, propose de relancer le débat.

«Charles Taylor et Gérard Bouchard n'ont rien compris au Québec d'aujourd'hui. Ils ont convoqué les gens pour les écouter, mais leurs conclusions n'en ont pas tenu compte; ils avaient tout décidé d'avance», tonne Djemila Benhabib.

 

Devant la Québécoise d'origine algérienne, sur la table, se trouvent les premières épreuves de Ma vie à contre-Coran.

L'essai de 267 pages, qu'elle a décidé d'écrire après avoir lu le rapport final des deux intellectuels qui se sont penchés sur la question des accommodements à caractère religieux, sera publié la semaine prochaine aux éditions VLB dans la collection Partis pris actuels.

Dans cette longue lettre d'opinion, la fonctionnaire fédérale, mère d'une petite fille de 3 ans, raconte son enfance à Oran, en Algérie, la montée de l'islamisme à laquelle elle a assisté, les assassinats et les massacres qui ont suivi, ainsi que son exil, pour échapper aux islamistes qui lui pourrissaient la vie.

Parallèlement au récit de son enfance sur les bancs d'écoles d'une Algérie où certains professeurs l'obligeaient à réciter le Coran, elle décrit son malaise depuis son arrivée au Québec face aux demandes formulées par des groupes musulmans, demandes qu'elle qualifie d'islamistes et de «prosélytistes».

Elle range notamment dans cette catégorie la requête qu'ont faite des étudiants musulmans auprès de l'École de technologie supérieure de Montréal afin d'obtenir un local de prière en 2005, droit qui leur a été reconnu par la Commission des droits de la personne du Québec. «Leur geste n'était pas anodin, il était politique», soutient Mme Benhabib, en notant que la montée de l'islamisme en Algérie a commencé avec des demandes semblables dans les universités. «Des hommes demandaient aux professeurs d'arrêter leurs cours afin qu'ils puissent prier. Il n'y a rien dans le Coran qui dit qu'on doit prier à des heures fixes», s'indigne-t-elle.

Dans son essai, elle critique ouvertement les groupes qui revendiquent des passe-droits au nom de leur religion.

«Ces islamistes qui revendiquent benoîtement les auspices du respect de la religion et du droit à la différence, pervertissent l'idée de la démocratie. Qu'on se le tienne pour dit, il ne s'agit pas là de liberté individuelle, mais de prosélytisme, d'intégrisme, de fascisme vert. Car dès qu'une religion s'affiche ostensiblement dans la sphère publique, il y a confusion des genres», peut-on lire dans Ma vie à contre-Coran.

En faveur de la laïcité à la française, qui interdit notamment aux fillettes le port du voile islamique dans les écoles publiques, Djemila Benhabib croit que les commissaires Bouchard et Taylor ont eu tort de conclure que la crise des accommodements raisonnables, qui a occupé l'avant-scène du débat public de l'automne 2006 au printemps 2008 au Québec, n'en était qu'une de perceptions. «Ils n'ont pas voulu relever le problème. Pendant ce temps, les groupes islamistes radicaux continuent d'exister à Montréal. Ils embrigadent», s'insurge-t-elle, sans pour autant nommer une organisation spécifique.

Les deux commissaires ne sont pas les seules cibles des critiques de celle qui a été, pendant quelques années, une collaboratrice du journal algérien Al-Watan. Parce qu'elle a défendu le droit des musulmanes à porter le voile, la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Michèle Asselin, «a pris la responsabilité d'engager son organisation dans la voie de la compromission avec l'islamisme», écrit Mme Benhabib. Elle accuse la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, de la même faute.

Quand on lui demande si elle ne craint pas de heurter plusieurs personnes, voire d'être accusée d'intolérance ou d'islamophobie, notamment en écrivant dans son essai que ceux qui demandent des salles de prière sont des «esclaves aliénés» d'Allah, Djemila Benhabib répond d'un haussement d'épaules. «Je suis une femme de convictions et j'ai payé le prix fort pour ces convictions», conclut-elle.

 




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