Un cycliste défiguré par un «piège mortel»

Le cycliste Ariel Kincler a été projeté par-dessus son... (Photo Simon Giroux, La Presse)

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Le cycliste Ariel Kincler a été projeté par-dessus son vélo, pour tomber tête première sur la glissière de sécurité séparant la piste cyclable de la rue Saint-Jacques des véhicules.

Photo Simon Giroux, La Presse

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Un cycliste défiguré par une barre d'acier après qu'il eut heurté un obstacle sur une piste cyclable de Montréal dénonce la présence d'un « piège mortel ».

Le 28 juillet, Ariel Kincler revenait d'une balade à vélo le long du canal de Lachine quand il a décidé d'emprunter la piste cyclable de la rue Saint-Jacques, qui passe sous l'autoroute 20, pour rentrer chez lui. C'était la première fois de l'été qu'il circulait dans cet étroit passage. En s'engageant, l'homme de 36 ans n'a pas remarqué que le grillage aménagé pour protéger les passants des fientes d'oiseaux nichant dans le passage était déchiré sur plusieurs mètres et pendait dans la voie.

Soudain, le guidon d'Ariel Kincler s'est empêtré quand un coup de vent a soulevé la toile déchirée. Arrêté net, le cycliste a été projeté par-dessus son vélo, pour tomber tête première sur la glissière de sécurité séparant la piste des véhicules.

Comble de malchance, son visage est tombé directement sur l'une des barres d'acier qui maintiennent la glissière en place, celles-ci ne dépassant que de quelques centimètres. « Ça tranche comme un couteau », dit-il. Deux semaines après l'accident, les barres sont encore bien présentes.

« Le grillage déchiré, l'étroitesse de la piste et les barres en métal :  c'est un piège mortel. » - Ariel Kincler

En se relevant, Ariel Kincler a eu peur de mourir, tant il perdait de sang. « C'était comme une rivière », relate-t-il, deux semaines jour pour jour après l'accident.

Il a rapidement exercé de la pression sur la plaie pour freiner le flot et a couru vers un restaurant voisin pour faire nettoyer sa blessure.

DES IMAGES EFFRAYANTES

Le gérant, Pierre Roy, se rappelle avoir vu le cycliste ensanglanté arriver. « Je voyais l'intérieur de sa bouche », se rappelle-t-il encore, grimaçant en évoquant ce souvenir.

L'entaille s'étendait du bas du menton au haut de la joue, tout près de l'oeil gauche. Un nerf du visage a été sectionné et affecte sa capacité à sourire. Nous avons choisi de ne pas publier la photo montrant la blessure avant l'opération en raison de son caractère effrayant. Ariel Kincler refuse d'ailleurs de voir l'image, ne se sentant pas prêt.

Les photos de son visage après son opération lui font déjà assez mal. Les médecins ont dû lui faire pas moins de 55 points de rapprochement. « Je vais avoir cette cicatrice toute la vie », se désole Ariel Kincler.

Dans sa malchance, le jeune homme s'estime tout de même un peu chanceux. Quelques centimètres plus haut, et il perdait son oeil gauche. Ou, pire, quelques centimètres plus bas, et c'est son cou qui aurait été atteint.

Encore ébranlé par l'accident, Ariel Kincler a envoyé une mise en demeure à la Ville de Montréal pour qu'elle sécurise la piste cyclable. Malgré son étroitesse - elle fait environ un mètre de large - , il s'agit bel et bien d'une voie en bonne et due forme de Montréal.

Celle-ci apparaît sur la carte du réseau cyclable comme une « piste-trottoir ». Le marquage au sol est défraîchi, mais on voit bien une ligne jaune au sol, la silhouette d'un vélo et une flèche qui invite les cyclistes à s'engager sur le trottoir. Lors de la visite de La Presse, plusieurs cyclistes ont emprunté le passage.

« Oui, c'est une piste cyclable, mais ce n'est clairement pas réglementaire. C'est très dangereux. Quant à moi, ça devrait être condamné », dit Pierre Roy, qui emprunte à pied ce passage tous les jours pour se rendre à son travail. Il conçoit toutefois que fermer le passage aux cyclistes leur imposerait un important détour. Il espère que le réaménagement de l'échangeur Saint-Pierre corrigera la situation.

STATU QUO

La Ville de Montréal a renvoyé nos questions au ministère des Transports du Québec (MTQ), qui gère la structure. Invité à commenter l'affaire hier après-midi, Québec n'avait pas encore réagi au moment de publier.

Ariel Kincler estime que les barres d'acier ressortant de la glissière devraient à tout le moins être recouvertes, sinon raccourcies pour ne plus dépasser. « Si mon visage avait frappé la glissière, ça aurait fait mal, mais j'aurais subi beaucoup moins de dommages », constate-t-il.

Quant au grillage installé pour protéger les passants des fientes d'oiseaux, Ariel Kincler estime que le MTQ devrait ne plus l'utiliser s'il se déchire aussi facilement et représente un tel danger. 

Lors du passage de La Presse, un employé du Ministère était sur place pour constater l'état de la toile, mais aucun correctif n'avait encore été apporté.




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