Centres d'injections supervisés: des voisins inquiets interpellent les élus

La ministre déléguée à la Santé publique du Québec... (Photo Robert Skinner, La Presse)

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La ministre déléguée à la Santé publique du Québec Lucie Charlebois, le député fédéral Joël Lightbound et le maire de Montréal Denis Coderre ont été apostrophés par des voisins de l'organisme Cactus, qui se plaignent de vivre « un enfer » depuis que les utilisateurs de drogues peuvent aller y faire leurs injections dans un lieu sécuritaire.

Photo Robert Skinner, La Presse

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Saluée par les élus, les responsables de la santé publique et la police, l'ouverture de trois centres d'injections supervisées à Montréal la semaine dernière est pourtant loin de faire l'unanimité. Après s'être réjouis de voir ce projet enfin devenir réalité, en conférence de presse hier matin, des élus des trois ordres de gouvernement ont été pris à partie par des voisins de l'organisme Cactus, au centre-ville, qui se plaignent de vivre « un enfer » depuis que les utilisateurs de drogues peuvent aller y faire leurs injections dans un lieu sécuritaire.

SANTÉ ET SÉCURITÉ POUR TOUS

Des centres « attendus depuis des années et des années », qui vont « sauver des vies » en prévenant les surdoses et les infections, a souligné le maire de Montréal, Denis Coderre. Qui entraîneront aussi « une réduction des méfaits », a fait valoir le député fédéral Joël Lightbound, secrétaire parlementaire de la ministre de la Santé. Qui permettront d'avoir dans l'espace public « moins de seringues et de personnes qui s'injectent », a ajouté la ministre déléguée à la Santé publique du Québec, Lucie Charlebois. Les élus ont applaudi sans réserve l'ouverture de trois nouveaux services d'injections supervisées à Montréal, où l'on retrouverait 4000 utilisateurs de drogues injectables : Cactus, au centre-ville, Dopamine, dans Hochelaga-Maisonneuve, et L'Anonyme, une unité mobile. Un quatrième site, celui de l'organisme Spectre de rue, dans le quartier Centre-Sud, doit ouvrir en septembre.

D'AUTRES CENTRES À VENIR

« Nous ouvrons plusieurs centres en même temps pour éviter que les gens se déplacent dans un autre quartier pour recevoir les services », explique le Dr Richard Massé, directeur de la santé publique de Montréal. « Cette approche multisites sera sans doute imitée par les prochains centres qui ouvriront ailleurs au Canada. » Le ministère fédéral de la Santé a autorisé ces dernières semaines huit autres sites d'injections supervisées (trois à Toronto, trois à Vancouver et deux à Surrey, en Colombie-Britannique). Un projet est également sur la table à Québec, mais il n'en est pas encore à l'étape des demandes d'approbation.

CONTRER LA CRISE DES OPIOÏDES

« On fait face à une crise de santé publique, en raison du nombre croissant de surdoses et de décès causés par les opioïdes, a souligné Joël Lightbound. Au moins 2458 Canadiens sont morts de surdose en 2016. Les données pour 2017 seront vraisemblablement plus élevées. » Les centres d'injections supervisées font partie des solutions permettant de prévenir ces décès, a-t-il noté. La crise, qui affecte surtout l'ouest du pays, est causée par le fentanyl, un narcotique très puissant. Quelques milligrammes à peine peuvent être mortels. Plusieurs toxicomanes en consomment à leur insu, puisque les trafiquants le mélangent à d'autres substances pour réduire les coûts. Le Québec a été peu touché par la crise jusqu'à maintenant, mais peut-être plus pour longtemps. « On se prépare pour être prêts quand ça arrivera », a souligné Lucie Charlebois. Par exemple, presque tous les ambulanciers sont formés pour traiter les surdoses, et l'accès à la naloxone, un antidote utilisé en cas de surdose, est plus facile.

VOISINAGE DIFFICILE

En allant visiter les locaux d'injections supervisées de Cactus, après la conférence de presse, les élus et autres responsables ont été apostrophés par des voisins en colère, qui habitent un HLM de l'autre côté de la rue. L'un d'eux a montré à Denis Coderre la photo d'un toxicomane s'injectant de la drogue devant le nouveau centre, il y a quelques jours. « Toi, tu dors bien sur tes deux oreilles, mais pas nous ! », a lancé Daniel Marengère au maire. « Ça se chicane, il y a des échanges de drogue en avant, des prostituées qui font des clients. On avait déjà des problèmes parce qu'on est à côté des Foufounes électriques, mais c'est pire maintenant. On voit plein de seringues sur la rue. » « On habite des logements sociaux, on ne peut pas déménager. On ne dort plus et on n'a plus de patience », a renchéri une autre voisine, Chantal Beauregard.

PAROLES EN L'AIR

Denis Coderre a demandé aux citoyens d'attendre que le service soit mieux rodé avant de porter un jugement. « Grâce au travail des professionnels, les gens qui se piquaient dehors vont maintenant se piquer en dedans », a-t-il dit. « Bullshit ! », a répondu Daniel Marengère, convaincu qu'il s'agit de paroles en l'air. « Ils leur donnent des seringues et ils vont se piquer dehors. Certains ont des comportements violents. Je suis assise sur mon balcon et je vois des gens vomir », dit Chantal Beauregard. La directrice de Cactus, Sandhia Vadlamudy, admet qu'il y aura une période d'ajustement suivant l'ouverture du centre, tout en assurant que les intervenants tentent d'agir quand les utilisateurs causent des problèmes. Si la police doit intervenir près du site, elle doit le faire « avec discrétion », note-t-elle toutefois, puisque la présence d'agents en uniforme risque de faire fuir les usagers.

CSDM : RECOURS AUX TRIBUNAUX ENVISAGÉ

Des parents dont les enfants fréquentent l'école primaire Marguerite-Bourgeoys, plus à l'est, s'opposent à l'ouverture du centre d'injections supervisées de Spectre de rue, en septembre, parce qu'il se trouve sur le trajet emprunté par de nombreux élèves pour se rendre en classe. La semaine dernière, la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Catherine Harel Bourdon, a indiqué qu'elle avait demandé à des avocats d'explorer un recours aux tribunaux pour empêcher l'ouverture du centre. Personne à la CSDM n'a pu nous dire, hier, où en étaient ces démarches. Le Dr Massé souligne que les autorités de la santé publique poursuivent le dialogue avec les parents inquiets. Mais il n'est pas question que le centre change de place, a-t-il affirmé. « En ce moment, les enfants voient des toxicomanes qui s'injectent de la drogue en public. À l'avenir, ça se produira moins souvent. »




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