Des chauffeurs de taxi comptent bloquer «tous les ponts»

La concurrence directe d'UberX aux services de taxis... (PHOTO ARCHIVES BLOOMBERG)

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La concurrence directe d'UberX aux services de taxis traditionnels a soulevé la controverse dans plusieurs des grandes villes du monde.

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Bruno Bisson
La Presse

Des chauffeurs de taxi en colère projettent de « bloquer tous les ponts » de l'île de Montréal et les accès à l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau d'ici la fin du mois de janvier si le ministre des Transports du Québec, Robert Poëti, ne prend pas des moyens appropriés pour mettre fin aux services de « covoiturage commercial » offerts par UberX au Québec.

Selon un chauffeur qui s'est dit porte-parole d'un mouvement lancé spontanément il y a moins de deux semaines, Mouhcine El Meliani, au moins 800 chauffeurs de taxi de Montréal et de Québec auraient déjà assuré qu'ils participeront à cette journée de mobilisation, dont la date sera annoncée 24 heures à l'avance, vers la fin du mois. Selon lui, on espère recruter au moins 2400 chauffeurs de taxi pour cette journée de protestation.

« Tous ceux qui travaillent dans la rue, présentement, perdent au minimum 50 $ chaque jour, en manque à gagner, depuis l'arrivée d'UberX à Montréal, a affirmé M. El Meliani, hier. Ça peut représenter jusqu'à 15 000 $ par année de moins pour chaque chauffeur. »

Selon M. El Meliani, c'est « l'inaction » du gouvernement du Québec face aux services d'UberX qui alimente la frustration des chauffeurs, qui demandent « simplement que la loi soit respectée et qu'elle soit appliquée à tout le monde de la même façon ».

Uber est une application pour téléphone intelligent qui permet de mettre en contact direct des personnes qui se cherchent un moyen de déplacement et des chauffeurs disposés à leur offrir ce service, contre rémunération. À l'origine, cette application était réservée aux services de limousines et voitures de luxe, mais depuis 2012, UberX permet à n'importe qui de s'inscrire comme chauffeur auprès d'Uber, pour effectuer des courses contre un tarif déterminé par l'entreprise.

Cette concurrence directe aux services de taxis traditionnels a soulevé la controverse dans plusieurs des grandes villes où elle s'est implantée. À Paris, des émeutes violentes ont même marqué les manifestations de chauffeurs de taxi qui se disent victimes d'une concurrence déloyale.

Tarifs contestés

Cette dernière mobilisation locale contre UberX survient de plus à un moment où de nombreux clients de ce service affirment avoir payé des tarifs pouvant aller jusqu'à huit fois le montant normal d'une course, en raison de la rareté des chauffeurs disponibles, pendant les célébrations du Nouvel An.

Plusieurs médias ont rapporté ces derniers jours le cas d'une cliente qui a déboursé 97 $ pour une course entre le Vieux-Montréal et l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie, dans le centre de la métropole. En taxi, une course semblable pourrait coûter un peu plus de 30 $.

Dans un courriel envoyé à La Presse, Uber a justifié de tels tarifs en affirmant que « le réveillon du Nouvel An est la soirée la plus achalandée de l'année ». Lors de ces périodes, où la demande est forte, « les tarifs augmentent, selon un algorithme, pour inciter davantage de partenaires-chauffeurs à se mettre en ligne » pour répondre aux demandes des clients.

Uber assure toutefois que « lorsque les prix augmentent, cela est clairement indiqué : les usagers sont informés et invités à confirmer et accepter une augmentation des tarifs ».

«C'est un vol !»

Appelé à commenter le cas d'un client d'Uber qui aurait payé 625 $ pour une course entre Montréal et Laval, le ministre des Transports du Québec, Robert Poëti, a affirmé hier que « c'est un vol, c'est clair », et que de telles situations devraient convaincre la population de « prendre des taxis légaux » dont les tarifs ne sont pas modulés selon les lois de l'offre et de la demande.

« Ma position sur Uber n'a jamais changé depuis le début, j'ai toujours été clair, a dit le ministre Poëti. Le transport illégal au Québec, ce n'est pas toléré. »

Pressé de questions sur les moyens qu'il entendait utiliser pour mettre fin à ces activités, qu'il considère comme illégales, le ministre a rappelé que près de 1000 véhicules ont déjà été saisis à ce jour, relativement aux activités d'UberX. Il a refusé de s'avancer sur la possibilité que Québec demande une injonction, comme l'a fait la Ville de Calgary, ou de suspendre les permis de conduire des particuliers qui prêtent leurs services à UberX.

« Je suis content de voir qu'il encourage la population à utiliser des services de taxis légaux. Mais c'est lui qui possède les moyens d'arrêter ceux qui ne sont pas légaux. Et ça, il ne le fait pas », a commenté pour sa part l'ex-ministre des Transports Guy Chevrette, porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi, créé l'an dernier par l'industrie en réaction directe à l'implantation d'Uber au Québec.

Selon M. Chevrette, le mouvement de contestation qui s'organise chez les chauffeurs de Montréal et de Québec n'est cautionné ni par l'industrie, ni par son comité, ni par aucun syndicat. Il témoigne toutefois, selon lui, d'une « certaine impatience » à l'endroit de Québec.

« Il n'y a que le gouvernement qui ait le pouvoir de calmer le jeu », conclut-il.

UberX en cinq dates

Juillet 2010

Uber fait sa première course, à San Francisco, en tant que simple système de réservation de taxis de luxe. Les deux cofondateurs, Garrett Camp et Travis Kalanick, en ont eu l'idée deux ans plus tôt, en 2008, alors qu'ils assistaient à une conférence technologique à Paris : la difficulté qu'ils ont eue à héler une voiture les a convaincus de la nécessité de moderniser le secteur du transport individuel partout dans le monde.

Juillet 2012

L'entreprise lance UberX, qui deviendra rapidement le grand ennemi de l'industrie du taxi. Le service permet à tout automobiliste de s'enregistrer comme chauffeur afin d'effectuer des courses contre rémunération. Le service est d'abord lancé aux États-Unis, puis Paris devient la première ville européenne à être couverte. UberX atterrit au Canada, à Toronto, en septembre 2014.

Octobre 2014

Le service UberX est lancé à Montréal, après une campagne de recrutement de chauffeurs sur les réseaux sociaux. Rapidement, l'industrie du taxi traditionnel sonne l'alarme et le gouvernement qualifie d'« illégal » le service. « J'encourage, je salue le covoiturage : c'est une très bonne idée, affirme le ministre des Transports, Robert Poëti. Cependant, quand vous utilisez du covoiturage à des fins commerciales [...], vous allez suivre les mêmes règles que tout le monde, sinon, ça devient de la concurrence déloyale. »

Février 2015

Le Bureau du taxi de Montréal, qui encadre le transport rémunéré de personnes, procède à ses premières saisies de véhicules UberX. Dans les deux mois qui suivront, ce sont au moins 37 automobiles que confisquera l'administration municipale. « Nous allons augmenter la cadence chaque semaine », menace alors le Bureau. La multinationale ne se laisse toutefois pas impressionner et défend ses « partenaires » devant la justice, en plus d'assumer le coût des amendes imposées.

Août 2015

Philippe Couillard inquiète les chauffeurs de taxi en ouvrant la porte à une réglementation - et donc une légalisation - du service UberX. Après une prise de position favorable des jeunes libéraux, le premier ministre qualifie ce type de service de « bonne idée ». « Je pense qu'on est intéressé. Notre ministre est intéressé à regarder ça », ajoute-t-il. L'industrie traditionnelle réplique rapidement et demande des assurances au gouvernement. Le ministre des Transports maintient la ligne dure envers l'entreprise californienne.

- Philippe Teisceira-Lessard

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