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Uber propose de payer une taxe

Le directeur d'Uber à Montréal, Jean-Nicolas Guillemette, veut... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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Le directeur d'Uber à Montréal, Jean-Nicolas Guillemette, veut «arriver à une entente avec le gouvernement québécois», et pour ce faire, il propose notamment une taxe spéciale pour l'utilisation de son service.

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Uber propose de verser à Québec une taxe spéciale de 10 cents par course pour l'utilisation de son service UberX à Montréal. En contrepartie, l'entreprise californienne souhaite obtenir le feu vert lui permettant de fonctionner en toute légalité dans la métropole.

L'idée de cette taxe spéciale, inspirée de la réglementation adoptée par la Ville de Chicago, où la taxe atteint 30 cents$US, fait partie d'un train de mesures qu'Uber suggère pour réglementer «l'économie du partage» au Québec.

Dimanche, le premier ministre Philippe Couillard s'est pour la première fois dit ouvert à l'idée de légaliser les services de transport semblables à Uber, dans la mesure où la réglementation favorise une compétition juste face à l'industrie du taxi traditionnel.

«C'est une bonne nouvelle. On est flexibles. On veut démontrer notre bonne foi, affirme le directeur général d'Uber à Montréal, Jean-Nicolas Guillemette, en entrevue avec La Presse. Le but, c'est de trouver un terrain d'entente qui va correspondre à ce que souhaite le Québec.»

La taxe spéciale serait probablement refilée aux clients, comme c'est présentement le cas à Chicago. En plus de cette taxe, Uber propose de remettre au fisc québécois et canadien un sommaire détaillé des revenus gagnés par ses chauffeurs sur la plateforme UberX. Actuellement, Uber ne récolte ni la TPS ni la TVQ sur les courses faites par ses chauffeurs au pays, puisqu'il s'agit dans la plupart des cas de petits fournisseurs et que l'entreprise ne les considère pas comme des chauffeurs de taxi. Revenu Québec a perquisitionné dans les bureaux montréalais d'Uber en mai dernier, jugeant que cette pratique contrevient aux lois fiscales en vigueur.

«Notre but, c'est d'arriver à une entente avec le gouvernement québécois, affirme M. Guillemette. On est prêts à aller plus loin, mais on ne va pas collecter la taxe au nom des chauffeurs, prévient-il. On n'est pas des comptables.»

Uber propose aussi de mettre un nombre minimal de voitures hybrides ou électriques à la disposition de sa clientèle montréalaise. «C'est une idée à laquelle je tiens personnellement, dit M. Guillemette. Ce serait la particularité de Montréal, et à chaque ville sa spécificité.»

Pas question cependant pour l'entreprise de mettre fin à sa pratique controversée des «prix dynamiques», par laquelle elle hausse momentanément ses tarifs - allant jusqu'à les doubler ou les tripler - lorsque l'affluence augmente subitement. «Nous considérons que c'est la façon la plus efficace de répartir les chauffeurs sur le territoire, en les incitant à se rendre là où il y a une forte demande», résume-t-il.

Campagne de relations publiques

M. Guillemette affirme avoir déjà présenté ces propositions au gouvernement québécois il y a plusieurs mois. L'entreprise les rend publiques quelques jours après avoir diffusé les résultats d'un sondage réalisé par la firme Léger, révélant que 85% des Montréalais connaissent Uber et que 74% souhaitent que de nouvelles lois encadrent ses services. À la demande de l'entreprise, plus de 1500 personnes ont envoyé un courriel à leur député, demandant une réforme réglementaire.

M. Guillemette affirme que ces derniers mois, Uber a sérieusement songé à installer son siège social canadien à Montréal, mais a finalement préféré Toronto «parce qu'il y a là-bas un maire qui nous supporte».

«On reconnaît qu'on a fait des erreurs. Quand je me suis joint à Uber, on était 300 employés dans le monde. On est 4000 aujourd'hui. On s'attaquait à des lobbies extrêmement puissants. C'est sûr qu'il fallait être arrogants, sinon, ils nous écrasaient. On a été trop lents à revenir à une attitude de collaboration», admet-il.

Maintenant, l'entreprise songe à implanter à Montréal un centre de service à la clientèle pour toute l'Amérique du Nord. «On pense à Montréal parce qu'on parle français, anglais et espagnol. Mais pour ça, il faut qu'il y ait une réglementation favorable», prévient-il.

La multinationale songerait aussi à lancer à Montréal le service Uber Pool, qui permet aux clients de partager une course avec d'autres utilisateurs, réduisant ainsi leurs frais de transport. Plus de la moitié des déplacements faits par les clients d'Uber à San Francisco passent par cette nouvelle plateforme.

«À Montréal, on a définitivement la bonne grosseur pour ce service. Mais ça demande beaucoup d'investissements et on attend d'avoir une entente avec le gouvernement. C'est sûr qu'une entente avec le gouvernement, c'est la clé», insiste le directeur général d'Uber Montréal.

Le modèle de Chicago

En septembre dernier, l'État de l'Illinois et la Ville de Chicago ont adopté le Transportation Network Providers Act réglementant les services de transport d'Uber et de ses concurrents, Lyft et Sidecar. Voici quelques-unes des balises.

  • Taxe spéciale de 0,30$US par course (0,20$ par course versé à la Ville de Chicago + 0,10$ par course consacré à un fonds de financement des véhicules adaptés).
  • Les chauffeurs doivent obligatoirement afficher sur leur pare-brise le logo de l'entreprise à laquelle ils sont affiliés.
  • Inspection mécanique annuelle obligatoire, couvrant 22 points pour chaque véhicule âgé de plus de deux ans.
  • Interdiction pour les chauffeurs de travailler plus de 10 heures par période de 24h.
  • Obligation pour l'entreprise de tenir un registre détaillé des accidents de la route et des indemnités versées aux victimes.
  • Obligation pour l'entreprise de tenir un registre du nombre d'heures travaillées et de kilomètres parcourus par ses chauffeurs.

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