Itinérance: les refuges montréalais débordent-ils?

Le ministère de la Santé chiffre en moyenne... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Le ministère de la Santé chiffre en moyenne à 3,6% le «taux de refus pour cause de débordement» dans les lits d'urgence des refuges montréalais

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Katia Gagnon
La Presse

Les grands refuges montréalais débordent-ils en hiver? C'est la question que pose le premier portrait de l'itinérance réalisé par le ministère de la Santé, puisqu'on y établit que le taux d'occupation des grands refuges - sauf ceux destinés aux femmes - ne dépasse jamais les 100%, même au plus fort de la saison froide.

Mais ces statistiques d'occupation, calculées sur une base mensuelle, ne veulent pas dire que les grands refuges ne refusent jamais de clients: le Ministère établit un «taux de refus pour cause de débordement» dans les lits d'urgence de ces ressources, qui se chiffre en moyenne à 3,6% à Montréal. Cela veut dire que sur un an, 3600 personnes ont été refusées dans les refuges montréalais sur 103 000 nuitées disponibles.

Comment interpréter ces données qui semblent contradictoires? Difficile à dire puisque le Ministère s'est borné à mettre le portrait en ligne, en refusant de répondre aux questions des journalistes. On renvoyait les médias au point de presse de la ministre Lucie Charlebois, prévu pour... demain.

«Le taux d'occupation ne reflète pas toutes les fluctuations journalières que peuvent vivre les refuges», nous a fait savoir le Ministère dans un courriel. «Cela ne veut pas dire que les refuges ne débordent jamais.»

Méthodologie «incorrecte»

Le directeur de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce, s'insurge contre la publication de ces données. «Sur cette question précise, on a dit au Ministère il y a six mois que sa méthodologie n'était pas bonne. Je constate qu'ils n'ont pas corrigé leur erreur», dit-il.

Selon M. Pearce, le calcul du taux d'occupation devrait exclure les premiers jours du mois, période où les sans-abri, munis de leur chèque d'aide sociale, se paient souvent quelques nuits à l'hôtel.

«Le premier du mois, notre taux d'occupation peut être de 60%. Les gens dépensent leur chèque. Après, ils n'ont plus rien et ils arrivent chez nous. C'est l'effet pervers du chèque d'aide sociale et de l'utilisation incorrecte de cette source de revenus. On peut aider les gens à faire un budget, mais on ne contrôle pas leur chèque!»

Selon lui, il est totalement faux de dire que les grands refuges ne débordent pas en hiver. «Oui, on déborde! L'an dernier, certains soirs, on avait 80 matelas par terre dans la cafétéria et ils étaient tous occupés! dit-il. On refuse que les gens qui prennent les décisions sur l'allocation des ressources les prennent sur la base de ces données.»

Un premier portrait de l'itinérance au Québec

Afin de pallier le manque de données sur l'itinérance - les derniers chiffres datent de 1998 - , le Ministère a pris contact, au cours de la dernière année, avec 45 ressources qui oeuvrent en hébergement d'urgence pour les sans-abri partout au Québec. De ce nombre, 41 ressources ont accepté de participer à l'opération et ont transmis l'ensemble de leurs données à Québec.

Il en ressort qu'à l'échelle de la province, sur les 453 483 nuitées disponibles en hébergement d'urgence dans ces organismes, 357 495 nuitées ont été occupées. Le taux d'occupation s'établit donc à 78%.

À Montréal, en mars 2014, le mois le plus occupé, ce taux d'occupation atteint 94,1%. En juin, le taux d'occupation des refuges montréalais diminue à 81%. Dans la région de Québec, le taux d'occupation est encore plus bas: il s'élève au maximum à 81% pour le mois de janvier 2014 et chute à 64% en février. Dans le reste des régions, jamais le taux d'occupation ne dépasse les deux tiers des places, même au plus fort de l'hiver.

Chose certaine, la situation est très critique dans les refuges réservés aux femmes, beaucoup moins nombreux. Mois après mois, le taux d'occupation de ces établissements dépasse les 100%. En mars 2014, ils ont atteint 114,7%, établit le Ministère. Constat: «Ces données font écho au constat fait par les ressources sur le terrain: il y a une augmentation du nombre de femmes en situation d'itinérance.»

Le Ministère a également sondé les organismes qui offrent des places en transition. Ce type de lits est offert à une clientèle de sans-abri qui désire sortir de la rue et qui est en recherche d'un logement ou d'un travail.

Là encore, le scénario est le même: les taux d'occupation sont très loin des 100%. À l'échelle du Québec, une place sur quatre est vacante. La proportion est la même à Montréal.

Chiffrer l'itinérance

Avec ce portrait de l'itinérance, le Ministère ne cherche pas à connaître le nombre exact de sans-abri. Les ressources peuvent cependant chiffrer le nombre de personnes différentes qui utilisent chaque mois leurs services. Les données du dénombrement des sans-abri, qui sera réalisé cet hiver, viendront compléter ces chiffres et suppléer au manque de données récentes sur l'itinérance.

De plus en plus de femmes

La grande majorité des sans-abri sont encore des hommes. Cependant, de plus en plus de femmes se retrouvent à la rue. À preuve, le taux d'occupation des refuges pour femmes, qui dépasse les 100% à longueur d'année. Des 1263 lits d'urgences disponibles au Québec, seulement 130 sont réservés aux femmes.

L'itinérance présente partout

On retrouve 58% des lits d'urgence du Québec à Montréal. À Québec, on en dénombre 7,8%, et 33% dans les autres régions. «Cette situation permet de prendre conscience que l'itinérance touche l'ensemble des régions, et pas seulement les grands centres», en conclut le Ministère.

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