Fuites dans les médias: «J'étais en beau maudit», dit Denis Coderre

Le maire de Montréal, Denis Coderre, répond aux... (La Presse, Martin Chamberland)

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Le maire de Montréal, Denis Coderre, répond aux questions des journalistes.

La Presse, Martin Chamberland

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Le maire de Montréal a témoigné devant la commission Chamberland, lundi. Il a surtout dû expliquer pourquoi il était intervenu directement auprès du directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) quand il avait su que le journaliste Patrick Lagacé avait mis la main sur une contravention qu'il avait obtenue deux ans plus tôt. Son témoignage en cinq citations.

« J'AI PÉTÉ MA COCHE »

Le maire de Montréal a appelé le chef du SPVM, Marc Parent, le 17 décembre 2014. Son attachée de presse venait de lui faire lire un courriel du journaliste Patrick Lagacé, qui voulait savoir si le maire avait bel et bien payé un constat d'infraction reçu en 2012. Dans un courriel, Patrick Lagacé écrivait à l'attachée de presse de Denis Coderre que des « sources policières » lui indiquaient que la contravention n'avait pas été payée.

« J'étais assez furieux, a reconnu Denis Coderre. C'était rendu grave, on laisse sous-entendre qu'il y a eu trafic d'influence, que comme t'es maire, tu fais effacer le ticket. Trop, c'est comme pas assez. J'ai appelé M. Parent pour ventiler. Je me suis défoulé, j'ai fermé le téléphone, that's it. »

« J'ÉTAIS EN BEAU MAUDIT »

Cet appel, qui aurait duré tout au plus trois minutes, a été fait sous le coup de la colère, dit Denis Coderre. « C'est une réaction, tout simplement. J'ai 35 ans de vie politique, je n'ai pas de problème à ce que des journalistes sortent des nouvelles. Mais à un moment donné, c'est normal qu'on puisse avoir la mèche courte. J'ai pris le téléphone, j'ai parlé avec Marc Parent, j'ai dit que je n'étais pas content. »

« J'AI PAS DIT : "TU FAIS UNE ENQUÊTE, CHECKEZ-MOI ÇA" »

La police de Montréal a ouvert une enquête criminelle à la fin de 2014 pour savoir qui avait fait imprimer la contravention du maire pour la transmettre à Patrick Lagacé. Dans ce cadre, les enquêteurs ont obtenu les relevés téléphoniques des appels sortants et entrants du cellulaire du journaliste sur une période de deux semaines.

Denis Coderre affirme qu'il n'a jamais demandé explicitement à Marc Parent d'ouvrir une enquête. « J'ai pas dit : "Tu fais une enquête, checkez-moi ça" », a affirmé le maire. Il soutient également qu'il n'était pas au courant qu'une telle enquête avait été déclenchée avant que l'« affaire Lagacé » n'éclate au grand jour dans les médias, à la fin de 2016.

« C'EST LA TROISIÈME FOIS, TABARNAK »

Selon Catherine Maurice, qui était alors l'attachée de presse de Denis Coderre, le maire était « agacé » lors de son appel à Marc Parent et avait un ton agressif. « C'est la troisième fois, tabarnak », aurait dit le maire au chef de police.

Denis Coderre a expliqué que c'était la troisième fois en peu de temps qu'il était visé par une fuite. En juillet 2014, TVA avait notamment rapporté qu'il avait été escorté par le SPVM pour assister à un concert de Corey Hart. Une autre contravention qu'il avait obtenue à Laval avait aussi refait surface.

Pour le maire, les relations de travail tendues avec les policiers étaient une des causes de ces fuites. « On a compris qu'il y avait un contexte. On est à même de constater que la situation entre les relations syndicales et patronales a dégénéré », a-t-il dit. Denis Coderre s'est également interrogé pour savoir si les fuites n'étaient pas un « moyen pour négocier les conventions collectives ».

« EST-CE QUE J'AURAIS DÛ FAIRE AUTREMENT ? »

Selon Denis Coderre, il faut distinguer la proximité d'un maire avec le chef de police de l'ingérence politique. « Est-ce que j'aurais dû faire autrement ? Il y a des gens qui vont dire peut-être. Mais je ne regrette pas de l'avoir fait, ça, j'ai pas de problème », a dit Denis Coderre. Il ne voit pas pourquoi un maire ne pourrait pas appeler directement le chef de police de sa ville.

« C'est normal qu'on puisse s'assurer de la quiétude de la population. Tous les maires qui ont une police font ça. Est-ce que ça veut dire qu'on se mêle des opérations et des enquêtes ? Pas du tout », a-t-il dit.

Il estime par ailleurs que s'il devait passer par d'autres voies que le chef du SPVM, les médias seraient avisés en « moins de 30 minutes ». Il ne s'agit pas d'un manque de confiance à l'égard des policiers du SPVM, assure-t-il. « J'ai confiance, mais on n'a pas de chance à prendre à cause du contexte. Il y a une réalité qui fait en sorte qu'il faut être prudent », a-t-il dit.

Un « power trip », dit l'opposition

L'appel du maire au chef du SPVM s'apparente à un « power trip », dit pour sa part l'opposition à l'hôtel de ville.

« Le maire Coderre ne semble pas comprendre le principe de la séparation des pouvoirs, estime Alex Norris, conseiller de Projet Montréal. Il n'y a personne qui a davantage d'influence sur la nomination du chef de police que le maire de Montréal. Quand le maire appelle le chef de police en colère, quand il sacre, quand il insiste sur un ton agressif, le message est clair : c'est un message autoritaire. »

Selon lui, le maire de Montréal n'a qu'à contacter son poste de quartier s'il croit avoir été victime d'un crime. « Il n'a pas besoin d'aller interpeller le chef de police. Que le maire capote à cause d'une enquête journalistique, ça démontre qu'il ne comprend pas son rôle. Son rôle est d'être assujetti à des questions parfois difficiles de la part des journalistes », dit Alex Norris.




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