Un couple coupable d'avoir blanchi jusqu'à 100 millions

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Chun Sy Venq (à gauche) et sa femme Lech Leng Ky risquent jusqu'à 10 ans de prison.

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Selon les recherches des procureures de la poursuite, il s'agit de la plus importante opération de blanchiment d'argent prouvée dans l'histoire des tribunaux québécois: un couple de banquiers d'origine cambodgienne a été reconnu coupable lundi d'avoir recyclé jusqu'à 100 millions en argent sale pour le compte de trafiquants de drogue québécois.

Près de 10 ans après le début des procédures judiciaires, le juge de la Cour du Québec Patrick Healy a déclaré Leng Ky Lech et son conjoint Sy Veng Chun coupables de tous les chefs d'accusation qui pesaient contre eux.

«En son coeur, cette cause n'est pas compliquée. C'est que les accusés ont reçu les produits criminels de la vente de drogue et non seulement les ont possédés, mais les ont blanchis dans des transactions successives», résume le magistrat dans son jugement.

Dans les faits, la preuve a été «longue et difficile» à étaler devant le tribunal, concède-t-il. Et pour cause: une cinquantaine de témoins ont défilé, et plus de 450 pièces à conviction amassées par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont été présentées. Pour étayer leur preuve, les procureures de la Couronne fédérale Marie-Michèle Meloche et Fabienne Simon ont dû attacher les fils entre des événements et des transactions qui ont eu lieu au Québec, en Colombie, au Mexique, à Cuba, aux Bahamas, en Jamaïque, en Floride, en Israël, en Belgique et au Cambodge.

L'argent blanchi avait été remis aux accusés par Daniel Muir, un prolifique importateur de cocaïne né en Abitibi, qui était branché directement sur un cartel colombien. Muir, qui est mort le crâne fracassé à coups de hachette en pleine rue du centre-ville en 2004, aurait confié sa fortune au couple, qui gérait deux bureaux de change sur le boulevard Saint-Laurent. Ceux-ci devaient placer l'argent et verser des intérêts de 80 000$ par mois au trafiquant.

Les profits de la drogue ont été transformés en or, en diamants, en immeubles, ou encore transférés électroniquement ou physiquement vers le Cambodge.

«Même s'il n'y a pas de montant précis en preuve, il y a de la preuve selon laquelle le montant dépasse 100 millions de dollars», a résumé le juge.

Une banque financée par la drogue

Le couple a ouvert une banque dans son pays d'origine à cette époque. «Mis à part leurs activités à Montréal, la preuve établit que M. Chun et Mme Lech avaient de l'expérience comme banquiers au Cambodge et qu'ils souhaitaient reprendre ces activités. Et ils avaient besoin d'argent pour le faire», a expliqué le juge.

Les plaidoyers sur la peine à imposer auront lieu en octobre. Le couple risque jusqu'à 10 ans de prison. Les autorités veulent aussi saisir ses avoirs.

En entrevue à La Presse, M. Chun a dit vouloir écrire un roman basé sur son long feuilleton judiciaire après avoir reçu sa peine. Celui qui dit avoir fui «la guerre des Khmers rouges» dans son pays au début des années 80 affirme qu'il n'a aucune intention de quitter le Canada après une éventuelle peine de prison. «Je suis canadien, il n'est pas question de retourner», dit-il.

La poursuite s'est tout de même inquiétée lundi que le couple puisse tenter d'obtenir un passeport à l'ambassade ou au consulat du Cambodge d'ici le prononcé de leur sentence pour fuir le pays. Le juge leur a donc imposé de strictes conditions d'assignation à résidence tout en leur rappelant que la GRC serait «très vigilante» pour s'assurer qu'ils ne tentent pas de se dérober à la justice.




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