Alain Magloire: les policiers ont commis des erreurs, dit un expert

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Alain Magloire

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Sophie Allard
La Presse

Armé d'un marteau en pleine rue et refusant d'obéir aux ordres, Alain Magloire était visiblement en crise, le matin du 3 février 2014. Devant cet homme «dérangé», les policiers ont commis quelques erreurs, amenuisant les possibilités de désamorcer la crise, a expliqué hier l'expert-conseil en emploi de la force, Bruno Poulin. Il a scruté à la loupe l'intervention policière, seconde par seconde.

Ni taser ni ambulance

Lors de son premier appel pour du renfort, la policière Jeanne Bruneau aurait dû immédiatement demander un pistolet électrique et une ambulance, comme l'exigent les bonnes pratiques policières. «De toute évidence, l'homme n'allait pas bien. Quand on a affaire à une personne violente, qui a l'air en délire, on doit appeler l'ambulance le plus tôt possible, c'est ce qui est enseigné», a rappelé M. Poulin, de l'École nationale de police du Québec.

Communication inappropriée

Au lieu d'adopter un ton dur et péremptoire envers Alain Magloire, les policiers auraient eu avantage à se montrer calmes et secourables. «Avec une personne à la conscience altérée, il est recommandé de baisser le niveau sonore et d'éviter une confrontation directe. Il faut plutôt favoriser une approche de relation d'aide, une technique de désescalade verbale, tout en jouant de prudence», a indiqué l'expert. «Tirez-moi», répétait M. Magloire. Les policiers auraient dû insister sur le fait qu'ils ne voulaient pas le tuer, mais l'aider.

Empathie envolée

Qu'est-ce qui explique ces fautes? La peur, croit M. Poulin. Quand Alain Magloire a tenté de l'agresser avec son marteau, l'agente Bruneau a craint pour sa vie. «Quand tu as vraiment peur de mourir, l'empathie disparaît. C'est scientifiquement prouvé, a expliqué M. Poulin. Le cerveau reptilien prend le dessus et commande des gestes de défense primaire.»

Manoeuvre improvisée

Selon les circonstances et les outils à leur disposition, le travail des policiers a été adéquat dans l'ensemble, estime l'expert. «Ils se sont débrouillés comme ils ont pu.» Même la manoeuvre «peu commune» de l'agent Denis Côté, qui a foncé sur Alain Magloire avec sa voiture, se justifiait. Le policier aurait néanmoins dû annoncer son intention à ses collègues, croit M. Poulin.

Plus de simulations, plus de recherches

«Comment aurait-on pu éviter la mort d'Alain Magloire?», a demandé le coroner. La réponse n'est qu'hypothèse, selon l'expert. Il suggère néanmoins une formation améliorée des policiers (nombre accru de simulations en situation de stress) et davantage de recherches en intervention de crise. Depuis 1985, les policiers sont régulièrement appelés à intervenir auprès d'individus souffrant de problèmes de santé mentale, «un fléau partout en Amérique du Nord». «Tous essaient de trouver la meilleure façon d'agir, mais il n'existe pas de solution miracle.»

L'enquête publique reprendra le 9 mars avec le contre-interrogatoire de Bruno Poulin, avant que le coroner Luc Malouin ne se penche sur le volet des soins et de l'intervention psychosociale.

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