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SPVM : des compressions de 20 à 30 millions suscitent l'inquiétude

Les enquêtes de meurtre nécessitent souvent des interventions... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les enquêtes de meurtre nécessitent souvent des interventions ou des arrestations en dehors des heures normales de bureau.

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Daniel Renaud
La Presse

Les compressions au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) menacent de retarder, et même de compromettre, des enquêtes et des arrestations, craignent des enquêteurs des escouades spécialisées.

Les enquêtes spécialisées, ce sont notamment les escouades des homicides, des agressions sexuelles, des fraudes, des incendies criminels et du crime organisé, toutes regroupées à la Place Versailles, dans l'est de Montréal.

Selon nos informations, il y a deux semaines, leurs grands patrons ont réuni les enquêteurs et leurs commandants, et ils leur auraient annoncé qu'à partir de maintenant, ils ne pouvaient plus faire d'heures supplémentaires comme par le passé. Dorénavant, chaque demande est évaluée à la pièce et doit obtenir une autorisation spéciale.

«Les décisions qu'ils veulent prendre vont infailliblement réduire nos résultats, et c'est la population qui va s'en ressentir», a confié à La Presse, sous le couvert de l'anonymat, un membre des escouades spécialisées du SPVM.

«Il y a inévitablement des heures supplémentaires dans les enquêtes de plus grande envergure. Les enquêteurs ne travaillent pas seulement durant les heures de bureau, quatre jours par semaine. Les escouades ne pourront plus mener autant d'enquêtes de front. Cela aura un impact sur les dossiers en attente aux agressions sexuelles, sur certaines enquêtes d'homicides, sur les dossiers de la Division du crime organisé», ajoute-t-il.

Il semble que depuis la rencontre de la semaine dernière, au moins une arrestation aurait été reportée en raison de la nouvelle directive.

Les enquêtes de meurtre nécessitent souvent des interventions ou des arrestations en dehors des heures normales de bureau. Des enquêteurs se demandent si l'encadrement serré des heures supplémentaires pourrait, par exemple, compromettre des offensives comme celle mise en branle à la section des agressions sexuelles à la suite de la dernière vague de dénonciations, ou la lutte contre le fentanyl menée par la Division du crime organisé.

«Quand la sécurité de la population est en danger, c'est non négociable et tous les efforts et ressources seront mis de l'avant», affirme André Durocher, inspecteur et porte-parole du SPVM, confirmant les informations parvenues à La Presse.

«À moins que ce soit absolument nécessaire, on va essayer de voir d'autres alternatives. On essaye de faire plus avec ce que l'on a. Il y a une réalité budgétaire et une capacité de payer des contribuables, il faut gérer de façon responsable», affirme l'officier, selon qui la réduction des heures supplémentaires touchera toutes les escouades du SPVM.

Au moins 20 millions

D'après nos informations, même si les patrons des escouades spécialisées ne se sont pas avancés sur une somme d'argent qui devra être récupérée à la Place Versailles, le SPVM doit supprimer entre 20 et 30 millions de dollars cette année sur un budget total de près de 650 millions.

Le directeur par intérim et administrateur provisoire du SPVM, Martin Prud'homme, a réuni les hauts gradés du service au quartier général de la rue Saint-Urbain, il y a trois semaines, pour leur annoncer la nouvelle. Il leur a alors demandé de retourner chacun dans leur section et de revenir avec des solutions. C'est dans ce contexte que les patrons de la Place Versailles ont rencontré leurs enquêteurs il y a deux semaines.

Ces compressions seraient nécessaires, car le SPVM n'aurait pas atteint des objectifs de réduction de postes prévus dans l'actuel plan quinquennal de l'organisation. Le SPVM doit supprimer une cinquantaine de postes par année, mais l'objectif n'a pas été atteint en 2016, et encore moins durant la deuxième année, l'an dernier.

Pour remplir les exigences de la Ville de Montréal, le SPVM doit donc réaliser les compressions qu'il aurait dû faire l'an dernier en plus de celles de cette année.

La moyenne de policiers par tranche de 1000 habitants serait supérieure à Montréal que dans les autres grandes villes canadiennes, et Martin Prud'homme a déjà dit qu'il ne voulait pas faire de coupes dans les appels et les services directs aux citoyens.

À la fin du mois de janvier, le chef intérimaire du SPVM a aboli tous les postes d'assistants-directeurs, et on s'attend à ce qu'il fasse de même incessamment avec des postes d'inspecteurs et d'inspecteurs-chefs. En coulisse, on entend des gens penser tout haut et émettre des idées, notamment la fusion de certaines escouades, comme les Groupes tactiques d'intervention (GTI), alors que chaque grand corps de police possède ses propres équipes.

Des enquêteurs spécialisés craignent que la réduction des budgets mène, à moyen ou à long terme, à leur annexion à la Sûreté du Québec, mais M. Prud'homme a rejeté ce scénario du revers de la main en entrevue avec La Presse en décembre dernier.




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