Les Blue Jays peuvent-ils influencer le vote?

Justin Trudeau en compagnie du gérant des Blue... (PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Justin Trudeau en compagnie du gérant des Blue Jays, John Gibbons.

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(Toronto) Oubliez le niqab, les déficits ou les programmes de garderies : si c'étaient les Blue Jays qui décidaient du vainqueur des élections ?

Pas impossible, à en croire une étude de l'Université Stanford, qui conclut qu'une victoire de l'équipe de football universitaire locale peut avoir un impact d'environ 1,6 point de pourcentage sur le vote récolté par des candidats du parti au pouvoir.

« Les électeurs récompensent et punissent les politiciens sortants pour des changements dans leur bien-être qui ne sont en rien liés à la performance du gouvernement », ont conclu les auteurs.

« Une victoire dans les dix jours précédant le jour des élections permet au politicien sortant d'obtenir 1,61 point de pourcentage de plus [...] avec un impact supérieur pour des équipes avec un fort soutien de leurs partisans ».

Les séries du baseball majeur ont commencé hier à Toronto pour l'« équipe du Canada », comme on surnomme les Blue Jays ces jours-ci, au beau milieu d'une campagne fédérale qui affiche une lutte très serrée à 10 jours du scrutin.

Selon le site web threehundredeight.com, qui fait la moyenne de tous les sondages publiés à l'échelle du pays, les libéraux récoltent 32,9 % des intentions de vote, et les conservateurs 32,4 %. La course est particulièrement serrée dans la grande région de Toronto, qui compte près du sixième des sièges de la Chambre des communes.

Or, dans une étude de 2010, des chercheurs américains ont voulu mesurer comment des facteurs totalement indépendants de la politique peuvent influer sur l'humeur des électeurs et avoir un impact sur leurs choix électoraux.

Trois chercheurs ont donc utilisé le très populaire football universitaire pour mener leur analyse. Ils ont examiné les résultats à des élections de sénateurs, de gouverneurs et de présidents aux États-Unis de 1964 à 2008, à la lumière des performances des équipes de football locales.

Leur conclusion est la suivante : en moyenne, un candidat du parti au pouvoir obtiendrait un appui supplémentaire de 0,8 point en cas de victoire et verrait ses votes décroître de 0,8 point en cas de défaite. D'où l'impact potentiel de 1,6 point sur son soutien populaire.

Cet écart pourrait même augmenter jusqu'à environ 3 points en fonction de facteurs comme l'importance des matchs, l'effet de surprise d'une victoire ou d'une défaite et la ferveur des partisans locaux.

Et les Blue Jays?

Le même phénomène pourrait-il être transposé au Canada en 2015, où la campagne fédérale bat son plein, alors que la fièvre des séries fait rage à Toronto et gagne les quatre coins du pays ?

La première ronde pourrait se terminer entre dimanche et mercredi prochains, soit de huit à cinq jours avant la date du scrutin. Ensuite, si les Blue Jays atteignent la deuxième ronde, des matchs sont prévus les 16 et 17 octobre et le jour même du vote, le 19.

Deux des auteurs de l'étude, le professeur Neil Malhotra de l'Université Stanford et le professeur Andrew Healy de l'Université Loyola Marymount à Los Angeles, n'excluent pas qu'un tel phénomène puisse se produire au Canada. Mais ils invitent tout de même à être prudent en tentant de transposer ces résultats.

D'abord, fait remarquer le professeur Healy, le football universitaire est un phénomène en soi qui attise les passions des partisans américains. « Je ne sais pas si c'est la même chose avec les Blue Jays à Toronto... Peut-être que si ça avait été les Maple Leafs ? », dit-il.

Ensuite, l'appui de ces équipes de football universitaire a souvent tendance à se manifester dans de petites localités, « tandis que dans une grande métropole comme Toronto, il peut avoir plus de facteurs qui ont une influence sur le bien-être des habitants », explique le professeur Malhotra.

Des experts canadiens estiment néanmoins que cette théorie sur l'impact que pourraient avoir des joutes sportives sur le résultat des élections n'est pas totalement farfelue. « Ça me semble raisonnable », croit Nelson Wiseman, professeur de science politique à l'Université de Toronto et lui-même partisan des Blue Jays.

« Si le sport vous intéresse, c'est important pour vous, et si votre équipe gagne - ce que font les Blue Jays -, ça vous donne un sentiment plus positif. [...] Et c'est le genre d'attitude qui peut aider un politicien sortant. »

Se faisant l'avocat du diable, le professeur Wiseman a cependant souligné que plutôt que de favoriser le statu quo, un tel sentiment pourrait aussi avantager un politicien porteur d'un message d'un message d'espoir ou d'un message positif, ce qui, dans cette campagne, correspondrait davantage à Justin Trudeau, selon lui.

Un tel impact pourrait aussi être localisé et jouer différemment selon les circonscriptions, ajoute M. Wiseman. La grande région de Toronto compte plus d'une cinquantaine des 338 sièges de la Chambre des communes.

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