Le nombre d'étudiants à besoins particuliers explose sur les campus

Ce ne sont plus les étudiants avec des... (Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse)

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Ce ne sont plus les étudiants avec des déficiences motrices, visuelles ou auditives que l'on accommode le plus, mais bien ceux qui ont des handicaps dits « émergents », comme le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles de santé mentale et les troubles d'apprentissage.

Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse

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Chaque début de session, Julie Martin reçoit un courriel lui indiquant quelles mesures d'accommodement scolaire elle devra mettre en place pour les étudiants qui entreront dans sa salle de classe. Ces mesures sont variées, adaptées aux besoins des étudiants et vont, par exemple, du temps additionnel pour faire un examen à l'exemption de faire des travaux en équipe.

Au fil des années, la chargée de cours à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) s'est pliée de bon gré aux demandes en provenance du Service d'accueil et de soutien aux étudiants en situation de handicap. Aujourd'hui, c'en est trop, dénonce-t-elle.

« Avant c'était un, deux étudiants par session. Cette session-ci, j'ai un groupe où je suis rendue à six étudiants sur cinquante. Au début, on accordait souvent plus de temps pour faire les examens. Maintenant, le type de demande varie », dit Julie Martin.

Son constat est juste : les demandes d'accommodement ont non seulement augmenté de manière exponentielle dans les universités, mais elles ont changé de cap.

Ce n'est plus avec les étudiants qui ont des déficiences motrices, visuelles ou auditives que l'on trouve le plus des arrangements, mais bien avec ceux qui ont des handicaps dits « émergents », comme le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles de santé mentale et les troubles d'apprentissage.

Dans le cadre de leurs études, la liste des écueils que peuvent vivre les étudiants avec ces troubles est longue : difficultés à suivre un horaire à temps plein, un cours de trois heures ou un cours du soir, à faire un examen dans le temps imparti, difficultés à planifier et à s'organiser, à se concentrer, à effectuer un examen à choix multiples, à prendre des notes, à travailler en équipe, à lire et à comprendre avec fluidité...

DU TRAVAIL SUPPLÉMENTAIRE POUR LES PROFESSEURS

Certaines demandes sont « insensées », estime la chargée de cours, comme le fait de déplacer un examen parce qu'un étudiant qui fait de l'anxiété ne peut en faire plus qu'un dans une journée.

«C'est un beau service qui peut aider beaucoup de monde, mais ça va tellement loin, ces mesures-là, que ça se fait au détriment des autres étudiants.»

Julie Martin,
chargée de cours à l'UQAM

Ce genre de situation n'est pas unique à l'UQAM. Le président du syndicat des professeurs de l'Université Laval rappelle que l'inclusion de tous les étudiants est un « droit fondamental », mais reconnaît que certaines situations peuvent être « difficiles ».

« On entend surtout parler de ces situations en période d'examens. Ça augmente le fardeau de travail pour un professeur qui est dans l'obligation d'écrire un deuxième ou un troisième examen, parce que [la première version] de l'examen peut être distribuée », dit John Kingma.

L'argent investi dans le réseau universitaire n'a pas été à la hauteur de l'augmentation de cette nouvelle clientèle, déplore pour sa part Jean-Marie Lafortune, président de la Fédération québécoise des professeurs et des professeures d'université. « Le signal est un peu ambigu. Il y a volonté d'ouvrir les portes des réseaux collégiaux et universitaires, mais il faut que ce soit en conjonction avec l'attribution de ressources », dit-il.

« Les pressions sont assez fortes de la part des institutions, plusieurs s'enorgueillissent de ne plus être la tour d'ivoire et d'être très accessibles, poursuit Jean-Marie Lafortune. On sait aussi que le mode de financement universitaire fait que plus on accepte d'étudiants et d'étudiantes, plus on augmente notre financement. »

« CHANGEMENT DE PERSPECTIVE »

Devant « l'explosion » du nombre d'étudiants ayant des besoins d'accommodement particuliers, l'UQAM a créé l'an dernier un groupe de travail pour se pencher sur la question. Un « changement de perspective » s'impose, dit la présidente de ce groupe, Monique Brodeur.

« Au fil des ans, on a vu que les services se sont individualisés. Avec l'augmentation des étudiants ayant des besoins particuliers, on n'avait plus les capacités de répondre sur cette base », dit-elle. L'éducation inclusive pour tous serait la réponse à cette surcharge. « Il faut voir ce qu'on peut aménager dans l'université qui va répondre aux besoins de tous les étudiants, dont les étudiants en situation de handicap. On complète au besoin par des accommodements individualisés », explique Monique Brodeur.

D'ici à ce que de nouvelles mesures soient mises en place, Julie Martin est bien consciente d'entrer en terrain miné. Elle a porté un cas précis qu'elle jugeait abusif jusqu'à l'ombudsman de l'UQAM, qui lui a réitéré qu'elle a l'obligation d'accéder aux demandes des étudiants. « S'attaquer à ça, c'est un calvaire, dit-elle. Tout le monde a peur, on ne veut pas dire non à l'étudiant, personne ne dit non. »

QUELS SONT LES TYPES D'ACCOMMODEMENT LES PLUS COURANTS À L'UNIVERSITÉ ?

EN CLASSE

  • Ordinateur, aides technologiques
  • Soutien à la prise de notes (enregistrement des cours, notes rendues disponibles par le professeur)
  • Temps additionnel pour les travaux
  • Nombre restreint de cours
  • Travaux dans un format alternatif (par exemple : exemption de travaux d'équipe, travail écrit en remplacement d'une présentation orale)

PENDANT LES EXAMENS

  • Locaux distincts
  • Temps additionnel
  • Ordinateur et aides technologiques
  • Un seul examen par jour
  • Examens en format alternatif

COMMENT OBTIENT-ON UN ACCOMMODEMENT ?

Avant de mettre en place des mesures d'accommodement pour les étudiants, les services d'aide aux étudiants handicapés demandent généralement que les étudiants aient une évaluation médicale. « On va prendre un rapport d'évaluation, une évaluation d'un médecin, en neuropsychologie, ça nous prend un papier, un document, une évaluation de ce qui a fonctionné pour l'étudiant », explique Philippe Labelle, coordonnateur du Service d'intégration des étudiantes et étudiants handicapés de l'Université de Sherbrooke. « Nous avons des étudiants qui doivent avoir un diagnostic fait par un spécialiste de la santé, un médecin. On croit à notre système de santé », dit pour sa part Dolorès Otero, directrice du Centre des services d'accueil et de soutien socioéconomique. 

LES UNIVERSITÉS SONT-ELLES OBLIGÉES D'ACCEPTER ?

Oui. Les chartes des droits et libertés reconnaissent aux personnes handicapées le droit d'être traitées de façon égale. Il s'agit d'une obligation de moyens, note-t-on dans un guide publié en 2016 sur la question. Les universités « n'ont pas de responsabilités à l'égard de la réussite des étudiants en situation de handicap, mais la responsabilité de leur donner des moyens de réussite équivalant à ceux des autres étudiants », y lit-on.




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