Adil Charkaoui au coeur d'un incident au Collège de Maisonneuve

Adil Charkaoui... (PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

Agrandir

Adil Charkaoui

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le Collège de Maisonneuve a de nouveau maille à partir avec Adil Charkaoui, avec qui le cégep avait rompu ses liens l'an dernier après le départ de certains de ses jeunes émules vers la Syrie. Dimanche, le prédicateur a été au coeur d'un incident avec un agent de sécurité qui a nécessité l'intervention de la police.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a dû intervenir dans un gymnase de l'établissement scolaire où une altercation avait éclaté entre un groupe dont faisait partie M. Charkaoui et un agent de sécurité du collège, a appris La Presse.

L'incident a eu lieu vers 18 h. Le groupe avait loué le local pour jouer au soccer. Mais lorsque le gardien est arrivé, il a remarqué que les hommes - ils étaient une dizaine - s'adonnaient plutôt à la prière. L'employé les a interpellés et un conflit a éclaté. Des membres du groupe, dont certains sont dans la trentaine et la quarantaine, ont cerné l'agent de sécurité et lui ont lancé des ballons. Il s'est senti suffisamment menacé pour appeler la police, ont raconté à La Presse deux sources indépendantes au courant du témoignage de l'employé.

Ces sources ont demandé à ce qu'on taise leur nom, car elles ne sont pas autorisées à commenter le dossier. Une de ces sources a indiqué craindre des représailles de la direction du collège.

Le SPVM confirme être intervenu au cégep à la suite d'un appel d'urgence, mais refuse d'expliquer les circonstances de l'événement, puisqu'il s'est conclu sans arrestation pour l'instant. 

« Les policiers se sont présentés pour ce qui ressemblait à une querelle et ça s'est terminé sans mise en accusation », a précisé Abdullah Emran, porte-parole du SPVM.

La direction du cégep a confirmé qu'un individu - qui n'est pas Adil Charkaoui - a récemment commencé à louer un gymnase pour des activités sportives. La porte-parole Line Légaré affirme ne pas avoir entendu parler de prières et rappelle que la politique de l'établissement n'admet pas les activités religieuses non supervisées.

« Des gens jouaient au soccer. L'agent de sécurité s'est installé pour regarder et une des personnes s'est avancée pour l'intimider. Il est parti appeler la police », a-t-elle dit. Elle a confirmé qu'Adil Charkaoui était présent.

« Il y avait une demande pour revenir dans les semaines suivantes, mais des démarches sont maintenant entreprises pour mettre fin au contrat », a ajouté Mme Légaré.

Le Collège souhaite que Québec aide rapidement les cégeps à se doter de règles claires en matière de location de locaux.

« On n'admet aucune activité religieuse qui n'est pas encadrée par un membre du personnel, mais c'est une ligne très mince, que nous nous sommes donnée nous-mêmes. Le Ministère devait mettre sur pied un comité pour encadrer tout ça, il y a eu une rencontre, mais pas de suivi. On espère que les travaux vont reprendre avec la nouvelle ministre, qu'on puisse donner un cadre et des droits aux établissements », a expliqué Mme Légaré.

Adil Charkaoui n'a pas donné suite à notre demande d'entrevue.

Charkaoui de retour

Jusqu'à l'an dernier, Adil Charkaoui louait des salles de classe et des plateaux sportifs au collège de Maisonneuve pour y tenir les activités de l'École des compagnons, un organisme affilié au Centre communautaire islamique de l'est de Montréal, dont il est le président. Le cégep avait suspendu le contrat de location le 26 février après qu'il eut été révélé qu'au moins deux des six jeunes Montréalais partis vers la Syrie en janvier avaient des liens avec le prédicateur. La direction de Maisonneuve avait aussi trouvé « une vidéo qui faisait la promotion de valeurs différentes des [siennes] et dans laquelle on tenait des propos inappropriés » sur le site internet du centre islamique.

La suspension avait été levée quelques semaines plus tard à cause d'« obligations contractuelles », avait expliqué une porte-parole, précisant qu'un observateur assisterait toutefois aux activités de l'École des compagnons pour s'assurer « qu'aucun propos haineux, discriminatoire ou incitant à la violence ne soit tenu dans ses locaux ». Le contrat a pris fin le 14 juin 2015. Le prédicateur n'a pas demandé de renouvellement.

Entre-temps, six autres jeunes connaissances avaient été interceptées à l'aéroport de Montréal parmi un groupe de 10 Montréalais en route vers la Syrie et le djihad. El Mahdi Jamali, une autre de ses connaissances, avait été mis derrière les barreaux. Lui et sa copine attendent depuis leur procès pour avoir eu des substances explosives en leur possession dans un but terroriste.

Deux conflits en quelques mois

L'altercation impliquant Adil Charkaoui survient alors que plusieurs membres du personnel sont sur les dents au collège de Maisonneuve.

Comme l'a révélé La Presse la semaine dernière, le SPVM a confirmé que ses patrouilleurs sont intervenus le 7 décembre dans le stationnement de l'établissement après qu'une bataille qui a fait des blessés a éclaté devant la bibliothèque avant de se transporter dehors.

Selon nos sources, dont deux étaient présentes durant tout le conflit, l'une des personnes impliquées fait partie du groupe de 10 jeunes Montréalais arrêtés en mai dernier à l'aéroport de Montréal alors qu'ils tentaient d'aller grossir les rangs d'un groupe islamiste. Le jeune homme est un élève du cégep.

Dans un communiqué publié mardi, la direction du cégep affirmait que l'événement de décembre était « le seul du genre pour lequel les autorités policières ont dû intervenir au collège de Maisonneuve au cours de la dernière année ». Selon Line Légaré, c'est parce que l'incident de dimanche n'était pas une bagarre et n'impliquait pas les élèves.

Le Collège a aussi nié qu'un participant à la bataille du 7 décembre faisait partie du groupe de jeunes interceptés l'an dernier à l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau, qualifiant l'altercation d'« incident isolé ».

Cinq élèves du collège de Maisonneuve ont quitté le Canada en janvier 2015 pour se rendre en Syrie et en Irak. Quatre, incluant celui dont il est question dans cet article, ont été interceptés en mai à l'aéroport. Deux autres sont détenus en attendant leur procès pour avoir eu des substances explosives en leur possession dans un but terroriste et avoir eux aussi voulu partir faire le djihad.

Fil des événements

Janvier 2015

Plusieurs jeunes Québécois, dont quatre étudient au collège de Maisonneuve, quittent le Canada vers la Syrie pour rejoindre le groupe État islamique. Certains jeunes suivaient des cours sous la supervision d'Adil Charkaoui.

Février 2015

Lorsque La Presse révèle l'affaire, les collèges de Rosemont et de Maisonneuve suspendent les contrats de location qui les liaient à l'École des compagnons d'Adil Charkaoui. La directrice des communications du collège de Maisonneuve, Brigitte Desjardins, indique que des vérifications leur laissent croire que le projet d'Adil Charkaoui n'est pas compatible avec les valeurs de l'établissement scolaire. Dans les journaux, M. Charkaoui se dit « sidéré » par la décision. « C'est une vraie chasse aux sorcières », dit-il.

Mars 2015

Le Collège de Maisonneuve annonce qu'Adil Charkaoui pourra reprendre ses cours jusqu'à la fin de son contrat, le 14 juin, mais sous la supervision d'un membre du personnel du cégep. Le prédicateur accepte. Il ne demandera pas de nouveau contrat de location à la fin de l'année scolaire. Le cégep de Rosemont, lui, maintient la suspension du groupe définitivement.

Avril 2015

Deux élèves du collège de Maisonneuve sont arrêtés préventivement par la police. On les soupçonne d'avoir voulu partir en Syrie pour rejoindre les djihadistes, comme d'autres jeunes de l'établissement l'avaient fait en janvier. Le garçon a des liens avec Adil Charkaoui. Sabrine Djermane et El Madhi Jamali ont depuis été accusés d'avoir tenté de quitter le Canada en vue de commettre un acte terroriste à l'étranger, de possession d'une substance explosive dans un but criminel, d'avoir facilité un acte terroriste et d'avoir commis un acte au profit ou sous la direction d'un groupe terroriste.

Mai 2015

Craignant qu'ils quittent le Canada pour aller grossir les rangs de groupes djihadistes, la GRC met la main au collet de dix jeunes de la région de Montréal, dont quatre étudiaient au collège et six suivaient les enseignements d'Adil Charkaoui. Aucune accusation n'est déposée.

- Vincent Larouche

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer