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L'école obligatoire de 4 à 18 ans, clame une étude

La maternelle pour tous à 4 ans et... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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La maternelle pour tous à 4 ans et l'école obligatoire jusqu'à 18 ans font partie des mesures proposées par les chercheurs de HEC Montréal Robert Gagné, Jonathan Deslauriers et Jonathan Paré.

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Louise Leduc
La Presse

Tous les enfants québécois devraient fréquenter la maternelle dès l'âge de 4 ans, et l'école devrait être obligatoire jusqu'à 18 ans, à moins d'avoir décroché un diplôme valable avant cela. Et cela n'inclut pas le diplôme d'études secondaires général, qui ne mène nulle part.

C'est ce qu'avancent trois chercheurs de HEC Montréal, Jonathan Deslauriers, Robert Gagné et Jonathan Paré, dans le bilan 2015 Productivité et prospérité au Québec, dans lequel ils dénoncent vertement le peu d'égard du gouvernement envers l'éducation et ce que cela suppose en retards en matière de productivité et d'innovation pour le Québec.

La maternelle pour tous à 4 ans ? Combien cela coûterait-il? «On s'en fout. Ça coûtera ce que ça coûtera», répond en entrevue Robert Gagné, professeur titulaire d'économie appliquée.

Venant d'un professeur d'économie de HEC, voilà qui étonne. C'est pourtant le coeur du plaidoyer que les trois chercheurs livrent ici. Ils écrivent: «Au lieu de financer le système d'éducation en fonction de ses besoins, le gouvernement a plutôt choisi de le financer à hauteur de sa capacité de payer.»

Et c'est bien à tort, selon M. Gagné, qui déplore que le gouvernement du Québec - le gouvernement actuel comme les gouvernements qui l'ont précédé - n'en ait «que pour les hôpitaux».

«Certes, la santé est un mal nécessaire, mais cela ne peut pas être un projet de société», ajoute M. Gagné.

Comme d'autres experts avant eux, Robert Gagné, Jonathan Deslauriers et Jonathan Paré osent une estimation du retard du Québec en dépenses liées à l'éducation par rapport à d'autres gouvernements. Au Québec, évaluent-ils, «depuis le début des années 2000, la croissance des dépenses budgétaires réelles par habitant de moins de 30 ans en éducation n'a été que de 4%, soit une croissance annuelle moyenne de 0,43%. Seule l'Alberta a fait pire que le Québec à ce chapitre».

M. Gagné précise que les idées qu'il avance aujourd'hui - les maternelles universelles, l'école obligatoire jusqu'à 18 ans - ne devraient en aucun cas se traduire par une augmentation des impôts. Il faudrait plutôt, dit-il, que le gouvernement se recentre sur ses missions principales et qu'il cesse de s'éparpiller dans des centaines de microprogrammes.

«Par exemple, en culture, on pourrait peut-être aller chercher 250 ou 300 millions. Parce qu'avant les arts, il y a l'éducation.»

Entrer à l'école plus tôt...

S'ils assurent ne pas chercher ici à désavouer le réseau des CPE, les chercheurs déplorent que «les enfants issus des CPE et garderies - sans compter ceux qui évoluent hors du système - arrivent en maternelle 5 ans avec un bagage de connaissances et d'habiletés inégal [...]».

Dans les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les enfants de 4 ans sont déjà à l'école et non dans un système parallèle, plaident les chercheurs en évoquant notamment les petits Français.

Si c'était le cas ici aussi, les enfants pourraient être mieux suivis et leurs problèmes d'apprentissage ou de langage, par exemple, pourraient être dépistés plus rapidement.

Jonathan Deslauriers, Robert Gagné et Jonathan Paré rejoignent ici plusieurs voix qui plaident pour une multiplication des classes de maternelle 4 ans (sans pour autant dire, cependant, qu'elles devraient à cet âge-là se substituer totalement aux CPE). Le gouvernement Couillard dit lui aussi croire aux maternelles 4 ans, bien qu'il les crée au compte-gouttes.

... et rester en classe plus longtemps

Quant à l'idée de rendre l'école obligatoire jusqu'à obtention d'un diplôme réellement spécialisé (professionnel, universitaire ou autre) ou jusqu'à 18 ans, les chercheurs font valoir que cela inciterait chacun à aller au bout de ses capacités.

La lutte contre le décrochage doit aller «plus loin que le simple fait de terminer le parcours général au secondaire, peut-on lire. Sans une formation spécialisée, que ce soit au niveau professionnel, technique ou universitaire, les jeunes ne sont pas outillés pour entrer sur le marché du travail, qu'ils aient obtenu ou non un diplôme d'études secondaires».

Les chercheurs de HEC Montréal observent que l'école est déjà obligatoire jusqu'à 18 ans à certains endroits - en Ontario, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, par exemple.

«Plutôt que de pouvoir décrocher à 16 ans comme c'est actuellement le cas, les jeunes non diplômés seraient tenus de fréquenter un établissement d'enseignement jusqu'à leur majorité», proposent-ils.

Les chercheurs expliquent qu'au Danemark, les chômeurs de moins de 25 ans n'ayant pas terminé le deuxième cycle du secondaire doivent intégrer un programme de formation de 18 mois, sans quoi leurs prestations risquent d'être abolies. «Les prestations sont en outre réduites de moitié pour inciter le retour aux études», écrivent-ils.

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