Moins de cyberintimidation au Québec que dans les autres provinces

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne

La cyberintimidation est moins fréquente au Québec que dans les autres provinces canadiennes. Et ce sont plus souvent les célibataires et les membres de minorités visibles qui en sont victimes.

Ces données ressortent d'une analyse effectuée par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) à même l'Enquête sociale générale, qui a été menée auprès de 19 422 personnes au Canada et de 3704 au Québec. L'ISQ a mené une analyse plus poussée des résultats touchant les Québécois et en a réalisé une étude d'une centaine de pages, portant entre autres sur la cybervictimisation - qui inclut non seulement la cyberintimidation, mais aussi l'hameçonnage, par exemple.

On y apprend ainsi qu'en 2009, 5,3 pour cent des internautes québécois âgés de 18 ans et plus se sont déclarés victimes de cyberintimidation.

À titre de comparaison, c'était le cas de 7,3 pour cent des Ontariens, de 6,3 pour cent des citoyens de la région de l'Atlantique et de 8,2 pour cent de ceux de la Colombie-Britannique. Au Canada, la moyenne atteignait 6,9 pour cent.

En entrevue, l'analyste sur les conditions de vie Marie-Andrée Gravel souligne que le fait de parler français explique justement cette intimidation moindre au Québec. «Globalement, la cybervictimisation est plus faible au Québec et on peut associer ça à la langue française. Il y a moins d'intimidateurs en français qu'en anglais» à cause du plus petit nombre de personnes qui savent s'exprimer en français, explique l'auteure.

De même, les célibataires sont deux fois plus souvent cyberintimidés que les personnes en couple - soit 10 contre 4 pour cent. Mme Gravel explique cette statistique par le fait que les célibataires seront plus enclins à fréquenter les réseaux sociaux ou les forums de clavardage. «C'est juste une exposition plus forte chez les célibataires, comme chez les étudiants. Dans le fond, plus on est exposé, plus on est intimidé.» Et ce phénomène «n'est pas propre au Québec», précise-t-elle.

Et les membres des minorités visibles sont aussi plus souvent victimes de cyberintimidation que ceux qui n'en sont pas - 9 contre 5 pour cent. Cette fois, ce n'est pas parce qu'ils sont davantage présents dans les réseaux sociaux, mais «ils sont intimidés parce qu'ils sont des minorités visibles; c'est la seule différence que je vois», note Mme Gravel.

Au Québec, 10 pour cent des personnes interrogées ont rapporté avoir eu connaissance du fait qu'au moins un enfant vivant dans leur ménage - et non pas dans leur entourage - avait été victime de cyberintimidation. Là encore, la forme la plus fréquente était la réception de courriels ou de messages agressifs ou menaçants, puis les commentaires haineux.

La sollicitation sexuelle par Internet a touché le tiers des enfants qui ont été cyberintimidés - il ne s'agit pas nécessairement de pédophilie, puisque cette donnée peut inclure par exemple une telle sollicitation entre deux jeunes, admet Mme Gravel.

Même si ces données datent de 2009, Mme Gravel ne croit pas qu'elles soient dépassées. Oui, dit-elle, l'utilisation d'Internet a crû depuis 2009, mais cela ne veut pas nécessairement dire que la proportion de cyberintimidation a crû d'autant. Les prochaines données s'appuieront sur l'année 2014, puisque l'étude est répétée aux cinq ans.

«Ce ne sont pas des choses qui bougent tant que ça. Les formes (de cyberintimidation) vont avoir changé - le texto en 2009 était moins fort, le courriel va avoir pris moins d'importance en 2014 -, mais ces phénomènes ne bougent pas assez vite pour que ça (les constatations) ne soit plus bon», avance-t-elle.

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