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«Une école à deux vitesses»

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Louise Leduc
La Presse

«Pourquoi les enfants n'ont-ils pas droit aux mêmes services? Qu'est-ce que cette école à deux vitesses?»

Rose-Marie Charest, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, dénonce le fait que les parents n'aient souvent pas d'autre choix que de se tourner vers le secteur privé pour déterminer la nature du problème de leur enfant (TDAH? Dyslexie? Autre chose?) à l'école.

«Les parents qui ont de l'argent vont dans le privé, tandis que les enfants de parents moins fortunés sont laissés-pour-compte, se désole-t-elle, en relevant le manque criant de psychologues scolaires. Le discours officiel veut que les parents n'aient pas besoin d'aller chercher un diagnostic pour obtenir des services spécialisés. Ce n'est peut-être pas nécessaire pour commencer un plan d'intervention, mais dans les faits, quand tu arrives avec un diagnostic, t'as plus facilement accès à des services à l'école.»

Manque de professionnels

Catherine Harel-Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal, est la première à penser qu'il manque de professionnels. «C'est particulièrement vrai en psychologie et en orthophonie, et c'est sûr que ça nous amène à faire des choix difficiles, à prioriser les enfants.»

Ceux qui ne sont pas mis en priorité se retrouvent par exemple dans le cabinet du neuropsychologue Benoit Hammarenger. Bien que les tarifs de sa Clinique d'évaluation et de réadaptation cognitive soient prohibitifs - environ 1500$ pour la seule évaluation -, entre 600 et 700 jeunes patients y sont vus chaque année.

Trois exemples

William Provost-Micheletti est de ceux qui voulaient en avoir le coeur net. L'impossibilité d'avoir un diagnostic dans le système public sans délai indu l'a amené à s'adresser à une clinique privée. La facture pour chaque enfant (des jumeaux ayant un possible trouble de l'attention): 1575$, et cela, «c'est uniquement pour l'évaluation».

«En l'absence de diagnostic précis, on tire dans tous les sens et on perd du temps. Nous voulions avoir l'heure juste, et étant moi-même enseignant, je savais bien que nous ne l'aurions pas en nous en remettant au système public.»

Alain, lui, a bien compris que le fait d'obtenir un diagnostic en psychologie était incontournable. «À l'école, c'était un prérequis pour avoir droit à des mesures d'accompagnement. Mais c'est cher...»

«Il y a vraiment deux sortes d'écoles», déplore à son tour Judith Noël-Gagnon.

Voyant que sa fille éprouvait de réelles difficultés, le personnel de l'école a incité Mme Noël-Gagnon à obtenir un diagnostic dans une clinique privée. «L'orthopédagogue nous a même dit: «Allez-y, rapportez la facture et l'école va vous rembourser.» C'est ce que j'ai fait, mais sans jamais recevoir de remboursement.»

L'évaluation dans une clinique privée d'orthophonie a coûté 900$. Le suivi supposait d'allonger 95$ l'heure. «Nous avons trois enfants, nous ne pouvons pas payer cela.»

Dans les circonstances, Judith Noël-Gagnon s'est mise à chercher une autre école, et elle a trouvé: l'an prochain, même si sa fille aimait beaucoup son école axée sur les arts, elle changera d'école pour aller dans une école d'Hochelaga-Maisonneuve qui a une orthophoniste à temps plein. «Les milieux défavorisés ont plus de services spécialisés», dit-elle.

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