Un ancien sans-abri rédige la meilleure thèse de doctorat au pays

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M. Weissman, âgé de 53 ans, est le plus vieux lauréat de l'histoire de ce prix.

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Sue Bailey
La Presse Canadienne
SAINT-JEAN

Un ancien sans-abri toxicomane a reçu mardi un prix pour la meilleure thèse de doctorat rédigée au Canada cette année en sciences humaines ou en arts.

Eric Weissman a reçu de l'Association canadienne pour les études supérieures le Prix d'excellence de 2014, pour sa thèse de doctorat soumise à l'université Concordia, sur la question de l'itinérance qu'il présente comme son «propre désastre».

La thèse, qui constitue «une étude riche et concrète sur les communautés intentionnelles de sans-abri comme les bidonvilles et les camps de tentes», examine le problème à partir de multiples perspectives comme les sciences politiques, les politiques publiques, l'urbanisme, et la santé mentale, indique l'association.

M. Weissman, âgé de 53 ans, est le plus vieux lauréat de l'histoire de ce prix. Il a reçu officiellement sa récompense mardi à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador, lors du congrès annuel de l'Association canadienne pour les études supérieures.

Pendant une dizaine d'années, alors qu'il avait entre 20 et 30 ans, M. Weissman a lutté contre des dépendances à l'alcool et à la cocaïne, et a connu des épisodes d'itinérance à Toronto.

«Je viens d'un bon milieu, mais j'en suis venu à ne pas être capable de m'occuper de moi-même», a expliqué celui qui est passé d'un diplômé universitaire avec un bon salaire à un toxicomane sur l'aide sociale.

Il a finalement accepté d'aller chercher de l'aide à 33 ans, lorsque sa soeur l'a convaincu. Il s'est rendu dans plusieurs centres de désintoxication avant de se rétablir complètement. Il a finalement réussi à se reprendre en main dans une maison de transition financée par le gouvernement ontarien. Là-bas, il avait accès à de l'aide psychologique et des thérapies de groupe, notamment.

Après avoir été guéri, il a commencé à filmer des gens qu'il avait connus dans le village de tentes, à Toronto, qui lui ont raconté leurs histoires de vie.

Le documentaire de M. Weissman a été projeté au Musée royal de l'Ontario, ce qui lui a permis de reprendre ses études de doctorat.

Lors de ses recherches doctorales, il s'est demandé s'il y avait un endroit au Canada où les sans-abri sont bien accueillis.

«Si on ne s'engage pas à investir de l'argent pour sortir ces gens de la rue et les placer sous un toit, alors, pour les 20 prochaines années, il y aura toujours des gens dans la rue (...) Quelle place y a-t-il pour ces espaces alternatifs? C'est ce que je demande», a expliqué celui qui enseigne maintenant au Collège de la Nouvelle-Calédonie, en Colombie-Britannique.

Il a souhaité mardi qu'on en fasse davantage pour les itinérants, notamment en matière de logements abordables pour les toxicomanes et les gens souffrant de maladie mentale.

«La plupart des gens que je rencontre dans la rue ont besoin d'aide et d'une maison. On ne peut pas aller mieux sans ces deux éléments et ils ne les ont pas», a-t-il analysé.

Stephen Gaetz, un professeur à l'Université York et directeur de l'Observatoire canadien sur les sans-abri estime lui aussi qu'il faut «penser autrement».

«Nous devons d'abord nous concentrer à éviter que les gens deviennent des sans-abri. Mais, de façon aussi importante, nous devons aussi accommoder et supporter ceux qui sont dans la rue pour les aider à s'en sortir rapidement», a-t-il souligné.

Les solutions d'urgence, comme les refuges, peuvent aggraver les problèmes de santé mentale et de toxicomanie, selon M. Gaetz.

«Nous devons plutôt penser à une approche où on offre un système de soins, avec des services intégrés, qui permettent aux gens d'avancer», a-t-il précisé.

Au moins 30 000 Canadiens vivent dans la rue chaque soir, selon un rapport intitulé «L'état des sans-abri au Canada en 2013». Plusieurs autres démunis dits «cachés» ne sont pas comptés dans ces statistiques, puisqu'ils se réfugient chez des amis ou de la famille.

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