Une rentrée à l'école de la vie

Matthew apprendra au cours de l'année à vivre... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE)

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Matthew apprendra au cours de l'année à vivre avec des enfants ordinaires, des «neurotypiques», qui auront tôt fait de lui permettre de maximiser ses grandes capacités.

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Marie Michèle Sioui
La Presse

Aujourd'hui, c'est jour de rentrée pour Matthew, un jeune autiste de 4 ans qui fera partie d'un grand groupe «d'amis» dans un centre de la petite enfance (CPE) pour la première fois de sa vie. Le défi est énorme pour le petit, qui espère ainsi améliorer ses chances d'intégrer la maternelle ordinaire l'an prochain.

Ce matin, Matthew sera entouré de sept autres garçons et filles de son âge. Aucun d'eux n'aura sa «brillante intelligence atypique», comme on aime appeler l'autisme au CPE Youpi, à Laval. Pendant la journée, Matthew pourra jouer avec son jeu préféré, le garage, et peut-être même revoir le plancher Mickey Mouse qu'il a remarqué quand il est venu visiter son nouveau CPE pendant l'été.

Surtout, il apprendra au cours de l'année à vivre avec des enfants ordinaires, des «neurotypiques», qui auront tôt fait de lui permettre de maximiser ses grandes capacités.

Intégrer des enfants autistes au CPE «régulier»

Depuis 2009, près d'une trentaine d'enfants lavallois ont suivi le programme qu'entreprend Matthew. Le service, mis sur pied par le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDITED) de Laval, permet d'intégrer des enfants atteints de troubles du spectre de l'autisme (TSA) dans des services de garde standards - hors des groupes réservés aux enfants vivant avec des difficultés.

«Un groupe restreint, ce n'est pas la réalité», a résumé la mère de Matthew, Nathalie Michel, quand La Presse l'a rencontrée. Cette maman, une infirmière de formation, est certaine que son fils pourra bénéficier du contact avec des enfants «réguliers». Jusqu'ici, les expériences cumulées au CRDITED de Laval lui donnent de bonnes raisons d'espérer.

«Quand un enfant avec un TSA intègre un groupe régulier, une éducatrice spécialisée est présente dans son groupe pendant deux à huit heures par semaine», explique Monique Boissonneault, spécialiste en activités cliniques au CRDITED de Laval. L'enfant, qui fréquente le CPE à temps plein, bénéficie de cette «liberté», assure-t-elle. Dans un milieu moins structuré, les enfants comme Matthew apprennent l'autonomie et la spontanéité. Chez les autres petits, ils découvrent des partenaires d'interaction ou encore des modèles pour développer le jeu symbolique, une activité difficile à acquérir pour bien des enfants autistes.

Gros changements

«On a remarqué de gros changements dans le langage, le comportement et la manière de se tenir en groupe de notre fils», atteste Martin Gagnon, dont le petit Samuel, 6 ans, a suivi le programme l'an dernier. «Mon fils apprend beaucoup par imitation. C'était bon qu'il soit avec des enfants neurotypiques. Ça lui a permis d'adopter des comportements comme eux.» La transition entre le groupe d'intervention L'Étincelle, au CRDITED de Laval, et le CPE ordinaire, ne s'est pas faite sans grands questionnements. «On sentait que Samuel perdait des services, qu'il aurait moins d'ergothérapie, moins d'orthophonie, de temps passé en un pour un [seul avec un éducateur]», se rappelle Martin Gagnon.

La famille a mis environ deux mois avant de se raviser. «On perdait un peu d'intervention, mais le gain d'être avec des enfants normaux était tellement énorme que ça en valait la peine», confirme maintenant le papa. «Samuel a perdu plusieurs comportements inadéquats. Il ne marche plus sur le bout des pieds [comme d'autres enfants autistes], il ne bat plus des mains quand il est excité et ses façons de jouer ont changé.»

À voir les données recueillies par le directeur général du CPE Youpi, Jean-Pierre Germain, Samuel est loin d'être une exception. «Les enfants atteints de TSA intégrés aux groupes réguliers apprennent à mieux gérer leurs frustrations, à suivre la routine d'un groupe, à résoudre des conflits, à participer au jeu symbolique avec leurs pairs et à créer des liens d'amitié», explique-t-il, tableaux et graphiques à l'appui.

Le programme, «c'est l'application même du principe d'égalité des chances», selon le directeur. «Je serais déçu si on arrêtait», affirme-t-il, à l'aube d'une rentrée prometteuse pour la famille de Matthew.

Aujourd'hui, Matthew commence le processus qui devrait lui permettre d'intégrer la maternelle ordinaire à la prochaine rentrée. Exactement comme l'a fait Samuel mercredi dernier.




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